Suisse
Economie

La peur d’une pénurie suisse de gaz ravive le dilemme du mazout

La menace d’une pénurie ravive un vieux dilemme énergétique suisse.
Pas de grandes capacités de stockage: pour le gaz, la Suisse dépend des réserves à l’étranger.image: keystone

La crainte d’une pénurie ravive un dilemme énergétique suisse

Contexte géopolitique oblige, certains énergéticiens suisses demandent aux entreprises industrielles de constituer rapidement des réserves de mazout. Mais cette recommandation ne fait pas l'unanimité. Décryptage.
22.09.2026, 12:0022.09.2026, 12:00
Benjamin Rosch
Benjamin Rosch

Les températures estivales actuelles ont tendance à nous le faire oublier: il sera bientôt temps de rallumer le chauffage en Suisse. Et les ménages qui doivent encore faire leurs réserves pour l’hiver ont de quoi frissonner. Ces dernières semaines, les prix du mazout ont augmenté presque sans interruption.

La situation s'avère aussi extrêmement tendue pour le gaz. «L’approvisionnement pour l’hiver 2026-2027 s’annonce difficile», écrit l’Office fédéral concerné dans son dernier rapport de situation. Selon les derniers chiffres de la Confédération, les installations européennes de stockage de gaz ne sont remplies qu’à environ 70%.

Il s’agit du niveau le plus bas enregistré ces cinq dernières années. Il est même inférieur à celui de l’automne 2022, lorsque le Conseil fédéral avait mis en garde contre une situation de pénurie. L’écart par rapport à la moyenne pluriannuelle atteint désormais près de 16%.

La Suisse n'a pas de réserves de gaz chez elle

La raison est simple: au printemps dernier, les Etats-Unis ont attaqué l’Iran, entraînant un blocage du détroit d’Ormuz – un passage stratégique non seulement pour le pétrole, mais aussi pour les méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié. Les prix se sont alors envolés et l’Europe a tardé à reconstituer ses réserves.

La Suisse dépend, elle aussi, des grandes installations de stockage souterrain d’Allemagne ou de France, puisqu’elle ne dispose d’aucune capacité de stockage propre. Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, le Conseil fédéral a obligé les fournisseurs de gaz suisses à constituer à l’étranger une réserve correspondant à 15% des besoins du pays.

Des difficultés d’approvisionnement restent malgré tout possibles à tout moment. Début août déjà, la SRF indiquait que la task force compétente avait augmenté la fréquence de ses réunions. Depuis, elle se réunit chaque semaine pour discuter d'éventuelles mesures.

La Suisse a une option pour amortir le choc

Les possibilités restent toutefois limitées. Le principe demeure le même: dans un premier temps, la Confédération appellerait la population et les entreprises à économiser le gaz. Si cela ne suffisait pas, le ministre de l’Economie, Guy Parmelin pourrait recourir à une mesure particulière: les entreprises équipées d’installations bicombustibles pourraient passer du gaz au mazout.

Dans l’industrie, ces installations servent généralement au chauffage ou à la production. Elles fonctionnent normalement au gaz, mais peuvent, si nécessaire, être alimentées au mazout. La Suisse pourrait ainsi réduire rapidement sa consommation de gaz.

L’environnement en paierait toutefois le prix. Lorsqu’elles brûlent du mazout plutôt que du gaz, les installations bicombustibles émettent beaucoup plus de CO2 et d’oxydes d’azote. Pour permettre leur exploitation, le Conseil fédéral doit assouplir à court terme l’ordonnance sur la protection de l’air.

Réserves fortement conseillées

Selon nos informations, certains fournisseurs d’énergie incitent déjà leurs clients industriels à disposer de suffisamment de mazout pour faire face à une éventuelle pénurie de gaz l’hiver prochain.

Berne accueille favorablement cette initiative. «Un tel appel n’a pas été lancé sur mandat de la Confédération, mais il est tout à fait compréhensible», indique l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays. Les installations ne peuvent être utilisées en alternance «que si du mazout est effectivement disponible pour les faire fonctionner».

La faîtière de l'industrie Swissmem s’oppose à ce type de précaution. «L'association ne pense pas que ses membres se préparent actuellement à faire fonctionner leurs installations bicombustibles au mazout. Aux prix actuels des produits pétroliers, ce serait extrêmement coûteux», déclare son vice-directeur, Jean-Philippe Kohl. Et d’ajouter:

«Si la Confédération devait réellement l’exiger des entreprises, il faudrait alors une indemnisation des pouvoirs publics»

La Suisse risque-t-elle de se retrouver sur le carreau en cas de pénurie soudaine? La Confédération sait en tout cas que l’industrie souffre actuellement des prix élevés des dérivés de l'or noir. Parallèlement, les autorités mettent en garde contre des achats trop tardifs: «Ils pourraient entraîner des difficultés logistiques pour les fournisseurs d’énergie si, lors de la première vague de froid, la demande de mazout augmentait brusquement».

Un coup d’œil aux données météorologiques montre qu’on semble pour l'instant bien à l'abri d'une vague de froid. C’est une bonne nouvelle pour la Suisse. Le principal facteur déterminant pour la sécurité de l’approvisionnement reste par conséquent un élément sur lequel ni le gouvernement ni les entreprises énergétiques n’ont de prise: la météo.

(Adaptation en français: Valentine Zenker)

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