«Un spéculateur financier» pourrait racheter la marque suisse Mammut
Pendant des années, la crainte a ressurgi régulièrement: le fabricant mondialement connu d’équipements outdoor Mammut allait-il quitter la Suisse? L'Argovie, et plus particulièrement la commune de Seon, seraient-ils devenus trop étroits pour cette marque internationale, détenue par des investisseurs en partie britanniques et dotée de sites de production et de bureaux en Asie?
Dernièrement, la situation s’est clarifiée. A la suite d’une annonce immobilière, nous avons découvert que Mammut quittera bien Seon à la fin de l’année. L’entreprise a vendu le bâtiment qu’elle occupait sur le site de Birren, lequel a été remis sur le marché locatif à partir de 2027 par sa nouvelle propriétaire. Pour autant, Mammut ne quitte pas la région: elle fait son retour à Lenzbourg, où elle a été implantée durant 114 ans, jusqu’en 1992. L’entreprise s’installera dans le nouvel immeuble «Virgin», sur le site de Traitafina, à quelques minutes à pied de la gare.
Le site de Birren souffrait d’une mauvaise desserte en transports publics. Le bâtiment était en outre devenu surdimensionné: la production de cordes, activité fondatrice de l’entreprise, créée en 1862, avait déjà été cédée en 2016. Dès 2012, la logistique avait été transférée dans le sud de l’Allemagne. L’été dernier, la chaîne régionale Tele M1 révélait encore la délocalisation de 14 postes à l’étranger, principalement au Vietnam.
Cette décision est due au taux de change:
Environ 800 personnes travaillent pour Mammut dans le monde entier, dont plus de 200 en Argovie.
Mammut coûterait 460 millions de francs suisses
Ces derniers jours, des rumeurs ont à nouveau circulé concernant une vente de Mammut. Le magazine économique suisse Cash s’est appuyé sur un article de l’agence de presse américaine Bloomberg: l’actuelle propriétaire de Mammut, la société financière Jacobs, présente à Londres et à Zurich, aurait mandaté, selon des sources proches du dossier, la banque d’investissement américaine Houlihan Lokey pour rechercher un acquéreur potentiel. Les entreprises concernées n’ont jusqu’à présent pas souhaité commenter ces rumeurs.
Mammut a déjà changé plusieurs fois de propriétaire par le passé. En 1968, c'est le groupe Wattwiler Heberlein qui a repris l’entreprise. En 1982, elle a été rachetée par Conzzeta, ancien groupe industriel zurichois appartenant à la famille Schmidheiny. En 2021, Mammut a ensuite été vendue à Telemos Capital, qui fait partie du groupe Jacobs, également propriétaire de la célèbre marque de café.
A l’époque, le prix de vente n’avait pas été rendu public, même si des rumeurs faisaient état de 230 millions de francs. Selon les informations relayées aujourd’hui par les médias, Mammut pourrait désormais être cédée pour 500 millions d’euros, soit environ 460 millions de francs, un montant près de deux fois supérieur à celui évoqué il y a cinq ans.
Un spéculateur financier en vue pour Mammut?
Peter Buri, ancien porte-parole du gouvernement cantonal argovien et ex-rédacteur en chef de l’Aargauer Zeitung, partenaire de watson, aujourd’hui domicilié à Lenzbourg, s’est penché cette semaine sur l’éventualité d’une nouvelle vente de Mammut dans une chronique publiée dans le Lenzburger Bezirks-Anzeiger. Il y décerne à Mammut ce qu’il appelle le «prix itinérant».
Selon lui, ce n'est pas seulement la clientèle de Mammut qui est toujours en mouvement, mais aussi l’entreprise elle-même. Les investisseurs du groupe Jacobs auraient eu pour objectif ces dernières années, «selon des spécialistes du secteur», de «rendre Mammut plus attrayante en vue d’une revente lucrative».
Un prix de 500 millions d’euros représenterait toutefois, toujours selon des sources internes, une valorisation élevée. «Ils estiment qu’il s’agira, quoi qu’il arrive, d’un nouveau “prix itinérant”, car compte tenu de la crise qui frappe l’ensemble du secteur de l’outdoor, seul un spéculateur financier pourrait entrer en ligne de compte comme acquéreur», écrit Peter Buri, qui souhaite à Mammut «tout le meilleur dans les temps manifestement orageux qui s’annoncent». (trad. anc)
