DE | FR
La RTS à Genève.
La RTS à Genève.image: antoine menusier
Exclusif

La SSR commande un audit au géant PwC. Montant du contrat: secret!

Sous pression, la SSR, l'audiovisuel public suisse, signe un contrat secret avec le cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers. Inquiétude parmi les salariés et réaction du Syndicat des mass médias.
22.02.2022, 20:5623.02.2022, 18:34

Le consultant international PricewaterhouseCoopers (PwC) a été mandaté par la SSR pour mener un audit sur la stratégie numérique de l'audiovisuel public suisse, a appris watson mardi de sources concordantes. La direction de la Société suisse de radiodiffusion et télévision confirme l'information par la voix de sa porte-parole romande, Sybille Tornay.

«Appel d’offres»

«Les modalités du contrat (liant la SSR à PwC) sont confidentielles», précise cette dernière. On ignore ainsi le coût du service fourni par le prestigieux consultant. Mais en interne, certains craignent qu'il ne soit élevé et se demandent s'il n'aurait pas été plus économique et plus judicieux de faire appel aux seules ressources de la SSR.

La mission du géant du consulting est ainsi formulée dans l'e-mail de confirmation envoyé par la direction à watson:

«La SSR travaille en permanence à la transformation de l'entreprise. Dans ce contexte, un projet interne est en cours pour harmoniser l'offre numérique et les ressources utilisées au sein de la SSR et évaluer les possibilités de mutualisation. Ce projet est mené par une équipe à l’interne. Après appel d’offres, PwC a été choisi pour apporter un soutien dans l'analyse stratégique et le benchmark.»
Communication de la SSR, 22 février 2022.

Backel Walden, le numéro 2

D'après nos informations, la personne en charge de ce projet est le directeur du Développement et de l'offre à la SSR, Backel Walden, le numéro 2 de l'entreprise après le directeur général, Gilles Marchand.

La tâche confiée à l'«équipe interne», épaulée par PwC, qui avait déjà prêté main-forte à la SSR lorsqu'éclata la crise sur des cas présumés de harcèlement sexuel à la RTS, en novembre 2020, laisse entrevoir une refonte des missions dévolues au secteur numérique de l'audiovisuel public. On ne parle pas ici de techniques informatiques, mais de contenus diffusés sur les plateformes digitales de l'entreprise, tel le site RTSinfo. Le benchmarking consiste en une analyse comparative de l'offre, ici numérique, en vue de l'optimiser, notamment en termes de coûts.

Pas rassuré

La nouvelle de cet audit ne rassure pas Jamal Al-Amine, secrétaire syndical au Syndicat des mass médias (SSM):

«D'une part, les ressources en interne existent, en particulier dans le domaine du développement et de l'offre, pour mener un tel audit. D'autre part, quand on connaît la vision du monde que porte en son sein PwC, on ne peut que s'inquiéter des conséquences de l'utilisation d'un tel audit pour les salariés, au moment où les salaires des cadres sont mécaniquement augmentés. Pourquoi, lorsqu'on est si bien payé, faire appel à une société extérieure à l'entreprise pour réfléchir à une stratégie entrepreneuriale qu'on devrait soi-même pouvoir mener?»
Jamal Al-Amine, secrétaire syndical au SSM.

Oui, pourquoi? La réponse serait dans la question: «Pour ne pas avoir à endosser la responsabilité des mesures que l'on s'apprête soi-même à prendre», philosophe Jamal Al-Amine.

Le couperet de la redevance

L'audit confié à PricewaterhouseCoopers ne manquera pas d'interpeller la classe politique, qui voudra certainement en savoir davantage sur les «modalités du contrat».

La SSR est actuellement sous pression des partis de droite, le PLR mais surtout l'UDC, qui menace d'une initiative populaire pour abaisser la redevance annuelle à 200 francs, contre 335 francs actuellement. Le parti populiste, de même que des voix au PLR, reprochent aux trois chaînes nationales un biais idéologique marqué à gauche.

A cette critique de type doctrinal, s'ajoutent, parfois chez les mêmes, des considérations sur les salaires des hauts dirigeants de la SSR, jugés trop élevés. Si cet aspect des choses peut servir d'argument à la droite en rapport avec ses préventions sur la redevance, il nourrit la réprobation parmi les salariés, comme entendu plus haut dans la bouche du syndicaliste Jamal Al-Amine. Le SSM a dernièrement manifesté son «ras-le-bol contre les salaires des cadres», après l'annonce que les bonus offerts à ces derniers seraient intégrés dans leurs rémunérations ordinaires, les augmentant d'autant.

En entamant ce qui ressemble fort à une restructuration interne, la SSR peut vouloir faire des économies, de façon à rassurer des milieux de droite, exerçant ces temps-ci sur elle une pression sans relâche.

Copin comme cochon: la fin des restrictions Covid

Plus d'articles sur la SSR et la RTS

Romaine Morard s'en va, La Matinale perd sa voix

Link zum Artikel

Harcèlement à la RTS: deux salariés réintégrés après avoir été suspendus

Link zum Artikel

Marchand défend les primes élevées: «Nous avons économisé 100 millions»

Link zum Artikel

Le personnel de la RTS a écrit à Simonetta Sommaruga

Link zum Artikel
4 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
4
Scarifié par des néonazis? Ce jeune Romand a inventé son agression
En janvier dernier, le récit de son attaque par des néonazis à Neuchâtel avait ému la toile. En fait, ce jeune homme a tout inventé... au point de se scarifier la joue lui-même avec une croix gammée.

Il y a quelques mois, l'affaire avait ému le canton de Neuchâtel, comme le rappellent, vendredi, nos confrères d'Arcinfo. Un jeune homme de 28 ans racontait s'être fait taillader une croix gammée sur le visage. Il aurait été la cible d'une bande de jeunes néonazis parlant allemand, pour des motifs, selon lui, «racistes». D'importants moyens avaient alors été déployés par la police pour découvrir le fin mot de cette histoire.

L’article