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Attendre, attendre, attendre: les soldats pro-russes tuent le temps à proximité du front.
Attendre, attendre, attendre: les soldats pro-russes tuent le temps à proximité du front.image: Pierre Crom/Getty Images (Donezky, 27.12.2015)

Paolo G., le Suisse qui a combattu pour Poutine

Un jeune homme de Lugano a été condamné par la justice militaire pour avoir rejoint des séparatistes pro-russes en Ukraine. Il s'était lancé dans une quête. Mais il n'a pas trouvé ce qu'il espérait.
10.05.2022, 05:4910.05.2022, 08:38
andreas maurer / schweiz am wochenende

Dans le flot d'images de la guerre en Ukraine, des croix suisses apparaissent régulièrement. Cette semaine, le ministère ukrainien de la Défense a diffusé un selfie sur Twitter. Sur la photo, on aperçoit un groupe de soldats appelant à se joindre à la lutte contre la tyrannie russe. Sur la poitrine d'un soldat figure une croix blanche sur fond rouge. Les spéculations sur sa possible nationalité suisse y sont allées bon train.

Sur cette image, qui s'est répandue de manière virale, des hommes qui combattent pour l'Ukraine. Mais la croix suisse en haut à droite ne veut rien dire.
Sur cette image, qui s'est répandue de manière virale, des hommes qui combattent pour l'Ukraine. Mais la croix suisse en haut à droite ne veut rien dire.image: Pierre Crom/Getty Images (Donezky, 27.12.2015)

C'est une fausse piste. L’image a été prise et diffusée pour la première fois deux jours auparavant par l'un des soldats sur Instagram. Il a identifié ses collègues sur la photo. Cela a permis de connaître l'origine de l'homme à la croix suisse: Il s'agit d'un Ukrainien qui soutient une organisation d'extrême droite et qui a passé les dernières années à Kiev.

Jusqu'à présent, les autorités suisses n'ont pu prouver qu'un citoyen était engagé dans le conflit ukrainien que dans un seul cas. Paolo G.* a rejoint les séparatistes pro-russes dans la région de Donetsk en 2015. En 2020, il a été condamné par la justice militaire pour service militaire étranger. Il est en effet interdit de rejoindre une armée étrangère sans autorisation du Conseil fédéral. Jusqu'à présent, l'affaire n'a fait qu'effleurer les médias. Mais qu'est-ce qui pousse un Suisse à tout abandonner pour partir à la guerre?

Paolo G. a une voix calme et des cheveux bouclés. Il n'a pas l'air d'un guerrier. Il se déclare prêt à parler de ce qu'il a vécu et de ses motivations, mais pas de sa situation personnelle. Des informations à ce sujet figurent dans l'ordonnance pénale exécutoire de la justice militaire, dont CH Media a obtenu une copie.

Un jeune de 20 ans qui aspire à l'apocalypse

Paolo G., né en 1994, grandit à Lugano et effectue un apprentissage d'employé de commerce. A l'âge de 20 ans, il se trouve dans une situation difficile. Il est au chômage et vit encore à la maison, mais ne s'entend pas avec ses parents. Il passe beaucoup de temps sur Internet, où il s'informe sur le conflit en Ukraine.

«Je pense tout simplement que la Russie est du bon côté cette fois-ci. C'est pour cela que je suis parti. C'est aussi simple que cela»
Paolo G., condamné pour service militaire étranger

Une guerre a commencé dans l'est du pays. Elle est alors perçue «que» comme un nouveau conflit parmi d'autres par la plupart des gens en Suisse. Les nouvelles ont un tout autre effet sur Paolo G. Il est pris dans un engrenage. Il trouve injuste que la minorité russe ne puisse pas décider pour elle-même. Il dit:

«Je pense tout simplement que la Russie est du bon côté cette fois-ci. C'est pour cela que je suis parti. C'est aussi simple que ça.»

Il n'a pas changé d'avis à ce jour, dit-il, même si l'on peut discuter de «certaines erreurs commises par la Russie». De son point de vue, l'Occident s'est incrusté dans les affaires d'autrui en Ukraine et a ainsi déclenché le conflit.

En mars 2015, Paolo G. fait ses valises et se rend à la gare de Lugano. Il se fait accompagner par un ami. Sinon, il n'informe personne. Son père ne remarque rien, car il est en vacances.

Paolo G. prend un bus pour Milan, puis un vol direct pour Moscou et continue vers la ville de Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie. Dans un taxi, il passe la frontière vers la zone de guerre de Donetsk. Il s'adresse à la première personne en uniforme et lui demande ce qu'il doit faire pour pouvoir «aider». Il est incorporé dans la brigade internationale Pjatnascka.

Le voyage de Paolo G.
Le voyage de Paolo G.

Il écrit à ses amis sur Facebook qu'il a conduit un char en Ukraine. Il leur raconte que des missiles se sont abattus à proximité et qu'un char a détruit un point de contrôle ennemi. Dans un communiqué, il se vante:

«C'est follement cool! Je comprends très peu de choses, mais le scénario est presque apocalyptique»

Un héros sur Facebook, un perdant dans la réalité

Il décrit son histoire de manière très différente lors de son interrogatoire par la justice militaire suisse et de son entretien avec CH Media. Il déclare:

«Tout était calme. Il ne s'est rien passé. Il m'a fallu un peu de temps pour comprendre que tout cela était une perte de temps.»

C'est pourquoi il serait revenu en Suisse à l'automne 2016, après plus d'un an. Les enquêteurs ont retrouvé sa trace parce que son père avait signalé sa disparition à son retour de vacances. Peu après, son fils l'a contacté sur Facebook. La justice militaire l'a ensuite condamné à une peine pécuniaire avec sursis et à une amende. Elle suppose qu'il a exagéré son histoire sur Facebook pour se vanter.

Paolo G. raconte qu'il a été hébergé dans une ancienne école. Il aurait participé à quelques marches et exercices de tir. Et à part ça ? «Rien», affirme-t-il. Il n'a pas combattu. Ils auraient surveillé leur territoire, mais il ne se serait rien passé.

La plupart du temps, il était simplement assis là, à parler avec les autres soldats et à apprendre le russe. Les Russes lui auraient demandé à plusieurs reprises pourquoi un Européen partait volontairement à la guerre. Il leur a répondu qu'il était un idéaliste et qu'il voulait aider. Il n'a pas reçu d'argent, mais n'a pas non plus eu de dépenses en dehors du voyage.

Souvent, les soldats étrangers sont surtout importants pour le moral d'une troupe. Ils doivent montrer aux indécis qu'il vaut aussi la peine de partir volontairement à la guerre. Les combattants internationaux agissent comme une propagande vers l'intérieur.

Travaillait-il pour les services secrets?

Paolo G. s'empêtre dans les contradictions. Lors de l'interrogatoire, il affirme ne pas avoir été formé et ne pas avoir utilisé d'arme. Lors de l'entretien, il parle, cependant, d'exercices de tir. La justice militaire ne peut, toutefois, pas prouver qu'il a participé à des combats. C'est pourquoi la peine n'est que conditionnelle. Il est condamné pour avoir violé la neutralité de la Suisse, car il s'est engagé dans le service militaire d'un pays étranger.

Le rôle de Paolo G. pour les séparatistes pro-russes aurait, toutefois, été plus important que ne le suppose la justice militaire suisse. C’est ce qu’affirme une source. Un site web ukrainien dresse la liste des criminels de guerre russes présumés. Il recueille leurs données personnelles et leurs photos, dans le but d'aider les autorités internationales de poursuite pénale dans leur travail. La liste se base sur des documents des séparatistes russes interceptés par les Ukrainiens.

Paolo G. y figure en tant qu'«officier supérieur de reconnaissance du département des renseignements». Les autres informations le concernant et sa photo sont authentiques. Paolo G. le confirme. Il dément, cependant, la fonction mentionnée. Il aurait eu le grade de simple soldat. La justice militaire l'a cru.

Un psychiatre explique qu'il veut aider, mais que lui-même a besoin d'aide

Un expert psychiatre a examiné Paolo G. à la demande de la justice militaire. Il le présente comme un «demandeur d'aide». Lorsque le Tessinois explique son voyage à la guerre par les mots «Je veux aider», il veut en fait dire «Aidez-moi!». Ce qui est compréhensible au vu de sa situation.

Le psychiatre lui a diagnostiqué un trouble de la personnalité schizoïde. Ce qui signifie que Paolo G. ne montre aucun intérêt pour les relations humaines. Les problèmes psychiques sont également la raison pour laquelle il n'a pas pu effectuer son service militaire en Suisse. Lors du recrutement, il n'avait pas réussi le test psychologique.

Ce qui est étonnant dans l'histoire de Paolo G., c'est que sa vie a entre-temps repris son cours normal. Il a refait un apprentissage et travaille aujourd'hui à 100% dans une autre branche. Il s'exprime certes toujours de la même manière, il critique l'Occident et fait preuve de compréhension envers la Russie. Mais il semble s'être accommodé de sa vie en Suisse. Il n'envisage plus de retourner à la guerre. Il dit avoir apporté sa contribution, même si elle était marginale.

* Nom d'emprunt.

(Traduit de l'allemand par Julie Rotzetter)

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