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Les activistes du climat vont-ils troquer les pancartes pour les explosifs?

Alors que le Conseil fédéral ne bronche toujours pas face au blocage de Zurich par Extinction Rebellion, une question se fait de plus en plus pressante: les activistes du climat doivent-ils se radicaliser pour se faire entendre? C'est en tout cas le chemin que certains semblent prendre.
08.10.2021, 05:5308.10.2021, 18:03
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Quatre femmes assises au milieu d'une rue. C'est avec cette action symbolique que, ce jeudi, Extinction Rebellion a poursuivi son objectif de bloquer Zurich pour forcer le Conseil fédéral à déclarer l'urgence climatique. En vain. Pour le moment, nos sept Sages n'ont pas bronché.

Mais que va-t-il se passer si le groupe n'obtient pas gain de cause? De manière plus générale, à force de ne pas être entendus, les militants pour le climat risquent-ils de se radicaliser et d'opter pour des actions plus agressives comme des sabotages ou pire?

La radicalisation comme solution

De son côté, Extinction Rebellion prône sans relâche la non-violence. Mais tous les activistes n'adhèrent plus forcément au concept. «A la Zone à défendre [ZAD] du Mormont, j'ai rencontré énormément de jeunes qui avaient fait partie d'XR et qui n'y croyaient plus», confie Dominique Bourg, philosophe et sympathisant des différents mouvements en faveur du climat.

«Face au désespoir de ne pas être entendu, une partie de la jeunesse va se radicaliser»
Dominique Bourg, philosophe

Celui qui dirige la revue La Pensée Ecologique assure que la radicalisation est déjà en cours. «Ce qui nous pend au nez, c'est qu'une minorité désespérée recourt à des moyens plus violents pour se faire entendre.» Prémisse de ce durcissement de la lutte, en avril dernier, le commando «Chico Mendes» avait revendiqué le sabotage de plusieurs véhicules de chantier appartenant à LafargeHolcim à Bière (VD).

«Il y a des signaux d'alerte de dingue, ça sent le souffre»
Dominique Bourg

Le phénomène touche aussi la France où les actes de destructions en faveur du climat se multiplient. «Manifester, arracher des publicités ou saboter quelques trottinettes électriques, c'est bien, mais ça ne suffit pas. Il faut aller plus loin, on n'a pas le choix. Quitte à courir le risque de la prison, je suis prête», explique une activiste du climat interviewée par le magazine Society.

La non-violence ne suffit pas

Une situation qui n'étonne pas Virginia Markus, militante antispéciste et cofondatrice de l'association Coexister. «C'est courant dans toutes les luttes. La non-violence dogmatique n'est pas suffisante et une partie des militants se mettent à mener des actions plus offensives. On a besoin de cette complémentarité.»

«Tant qu'on est dans la demi-mesure, le débat n'avance pas»
Virginia Markus, militante antispéciste

Elle affirme que la non-violence n'est pas la réponse à tout. «Pour le climat, on voit bien que la négociation ne suffit pas.» A ses yeux, les opérations coup de poing ont l'avantage d'accélérer le combat en forçant la société à se positionner. Et les actions de sabotage ont, selon elle, toujours fait partie du panel des méthodes militantes. «Il est risible de comparer les dégâts matériels d'une action aux dégâts occasionnés par les multinationales sur la planète.»

Mais jusqu'où peut-on aller pour faire avancer sa cause? «C'est un équilibre difficile à trouver. Si on est trop mou, rien ne bouge, mais si on va trop loin, la société se referme», analyse Dominique Bourg. Pour lui, il y a toutefois une ligne rouge à ne pas franchir: «On ne touche jamais à l'intégrité des personnes».

«Quand on proteste pour le climat, on proteste pour la vie, on ne va pas flinguer des gens»
Dominique Bourg, philosophe

Pour Virginia Markus, le débat n'est pas aussi tranché. «C'est très délicat, bien sûr dans l'idéal, il ne faudrait pas blesser quelqu'un mais cela dépend du contexte.» Et la militante de donner un exemple pour comparer: «L'offensive légitime est parfaitement illustrée dans le cadre des violences conjugales. Quand une femme qui se fait violenter et menacer durant des années finit par tuer le mari, ce n'est pas de la violence. Mais de la légitime défense».

Comment éviter le pire?

D'ailleurs, dans Society, un militant envisage le pire:

«Je pourrais participer à l'assassinat d'un PDG d'une grande entreprise. Je l'envisage sérieusement»
Activiste pour le climat cité par Society

«Il faut différencier les discours des actes. Ce sont aussi une manière de mettre la pression sur les politiques en leur disant: faites quelque chose, sinon je fais un malheur», nuance toutefois Pascal Viot, directeur de l'Institut suisse de sécurité urbaine et événementielle (Issue). Le spécialiste des mobilisations assure qu’un acte de violence sur des personnes au nom du climat aurait pour effet immédiat de disqualifier ses défenseurs. Pour éviter d'en arriver là, il invite à tenter de comprendre les revendications des militants:

«Il faut les écouter pour prévenir le risque d'isolement et d'une forme de radicalisation»
Pascal Viot, spécialiste de la sécurité et des mobilisations

Virginia Markus a connu ces moments difficiles. «A un moment, cela devient tellement insupportable que les gens en face refusent d'entendre la réalité subie par une catégorie de la population, qu'il est compliqué de rester calme», confie la militante. Pour ne pas tomber dans la dépression ou dans la colère noire, elle a préféré opter pour une troisième voie, celle du recul. «Puisqu'on ne peut pas changer le système, il faut se donner les moyens de créer des lieux où on peut vivre dans le respect des animaux et de la terre. En rendant réalistes, des utopies.»

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