«J'ai honte qu'un pays riche comme la Suisse permette cette situation»
Une enquête de watson a révélé que les Ukrainiens à la retraite bénéficiant du statut S sont parfois contraints de vivre dans des logements exigus et inadaptés. Le budget logement qui leur est accordé par l'aide sociale est trop faible pour leur permettre de trouver un appartement sur le marché locatif traditionnel.
Un couple de réfugiés septuagénaires s'étonnait:
La juriste Zoë von Streng, du Service indépendant de conseil juridique en matière d'aide sociale, craint que ce problème ne s'aggrave dans les prochaines années, à mesure que davantage d'Ukrainiens atteindront l'âge de la retraite.
watson a interrogé des parlementaires afin de savoir s'ils estimaient nécessaire d'agir afin d'améliorer les conditions de logement de ces personnes.
Une élue parle de «honte»
Les témoignages des retraités ukrainiens ne surprennent pas la conseillère nationale Verte Irène Kälin. Elle déclare:
L'enquête de watson montre de manière particulièrement alarmante les conséquences concrètes de cette politique pour les personnes âgées et malades.
Selon l'élue argovienne, il a deux causes à cette situation, toutes deux liées à des décisions politiques. La première concerne le montant de l'aide sociale dans le domaine de l'asile. Irène Kälin explique:
Selon elle, les réductions constantes de cette aide ne permettent pas de réaliser des économies, mais ne font que déplacer les coûts vers les dépenses de santé des personnes concernées.
La deuxième cause réside dans les disparités entre les communes. Irène Kälin souligne:
Ainsi, la possibilité pour une femme de 74 ans d'obtenir un meilleur logement après une chute dans la douche dépend de la commune à laquelle elle a été attribuée. La conseillère nationale dénonce:
La Verte réclame donc plusieurs améliorations. Premièrement, l'instauration dans toute la Suisse de normes minimales contraignantes pour l'hébergement de réfugiés, avec une protection particulière pour les personnes âgées, malades et vulnérables. Deuxièmement, une harmonisation de l'aide sociale dans le domaine de l'asile à un niveau permettant de vivre dignement.
Et troisièmement, une révision du système d'asile pour les personnes qui, en raison de leur âge ou de leur état de santé, ne pourront jamais exercer d'activité professionnelle et resteront donc durablement privées de la liberté de choisir leur lieu de résidence. Irène Kälin assure:
Près de 9000 retraités potentiels
Les revendications d'Irène Kälin peuvent sembler pertinentes sur le papier. Reste à savoir qui serait chargé de les mettre en œuvre. Contactés, les parlementaires des autres partis se montrent hésitants quant aux améliorations qu'ils pourraient envisager dans ce domaine. Chacun renvoie la responsabilité aux cantons ou à la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS).
Dans le cadre de son enquête, watson a adressé toute une série de questions à de nombreux organismes officiels. Le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) n'a pas été en mesure de dire si les conditions de logement inadaptées constituaient un problème à l'échelle nationale. Et pour cause:
Le SEM a seulement pu préciser combien de personnes risquaient de se retrouver dans cette faille du système. Au 31 juillet 2026, le pays comptait 305 requérants d'asile et 8463 statut S âgés de plus de 65 ans. Selon le secrétariat, leurs conditions de logement varient d'un canton à l'autre et «le SEM n'a aucune influence sur ce point». Il renvoie lui aussi à la CDAS.
Tout le monde se renvoie la balle
Contacté, le service explique:
La CDAS n'élabore donc des recommandations ou des fiches d'information concernant l'hébergement des réfugiés que si ses membres en expriment le besoin. Il n'existe toutefois aucune norme minimale pour les réfugiés de plus de 65 ans. La raison? Jusqu'à présent, les cantons n'en avaient pas exprimé le besoin.
Au bout de cette chaîne de responsabilités se trouvent des personnes comme Vira, qui, malgré une douloureuse arthrose du genou, doit grimper sans rampe deux marches pour accéder à sa douche, alors qu'elle a déjà fait une chute. Ou encore Marina, qui doit partager une salle de bains avec quatre autres personnes malgré une insuffisance du plancher pelvien attestée par un médecin.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
