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Le président de la Confédération, Ignazio Cassis.
Le président de la Confédération, Ignazio Cassis. Image: KEYSTONE
Commentaire

Face au drame ukrainien, les vertus, quand même, de la neutralité suisse

La neutralité suisse peut paraître dérisoire au regard de la guerre en Ukraine et de ses conséquences, y compris en termes nucléaires. Et pourtant...
28.02.2022, 06:0328.02.2022, 16:16

Face au drame ukrainien, la neutralité suisse peut apparaître comme quelque chose de périmé. La manifestation de samedi à Berne en soutien au peuple ukrainien, appelant le Conseil fédéral à sortir de sa torpeur, le montre. La cause russe est à ce point indéfendable, que toute demi-mesure ou demi-déclaration passe pour de la pleutrerie, voire de la complicité avec l'envahisseur russe. La Suisse, «banquier de Poutine», comme elle fut autrefois le «coffre-fort d’Hitler», selon un récit (et des faits) à charge?

Le moment venu...

L’heure est d’une gravité inouïe pour l’Europe. C’est pour cette raison que la neutralité suisse, dont chacun comprend qu’elle ne vaut pas validation de la guerre déclenchée par Poutine, garde sa raison d’être. Nul ne sait de quoi demain, au sens premier comme imagé du terme, sera fait. Pour toutes les parties, il est important qu’un pays occidental puisse jouer, le moment venu et si ce moment arrive, les intermédiaires, les facilitateurs, les neutres, justement.

La situation rappelle celle de la guerre froide. Une époque tendue, qui rendait compte d’un rapport de force idéologique entre l’Est communiste et l’Ouest capitaliste, dont le fait majeur était l’équilibre de la terreur nucléaire. Ce dernier aspect des choses refait surface. A vrai dire, Poutine joue de cette corde désagréable depuis un bon bout de temps. Devant le fait accompli de l'attaque russe en Ukraine, l’Occident, rangé derrière l’OTAN, répond présent avec son arsenal nucléaire détenu par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

Le nucléaire et l'armement conventionnel

Mais il ne suffit pas de menacer implicitement la Russie d'un retour de flamme nucléaire et par-là tenter de la dissuader d'entreprendre quelque offensive que ce soit contre un membre de l’Alliance atlantique, il faut encore montrer que l’on est prêt à se battre, autrement dit, à mourir. La meilleure façon de l'indiquer, c’est encore en ayant une armée et en se dotant d'un armement conventionnel capable d’infliger de lourdes pertes à l'agresseur.

Poutine, tout à son virilisme civilisationnel, aura peut-être jugé l’Occident avachi, ramolli, affaibli, prêt à lâcher l’Ukraine pour pouvoir retourner danser en boîte après deux ans de Covid. Mais voilà que l'Occident répond par des sanctions sans précédent et des annonces de livraisons d’armes à l’Ukraine. L’Allemagne, maillon faible de la défense en Europe, mise devant ses responsabilités par le réveil de la guerre en Europe, vient de débloquer une enveloppe de 100 milliards d'euros et de fixer ses prochains budgets militaires au-delà de 2% de son PIB, contre pas même 1,5% jusqu'ici.

Une Suisse alignée sur l'Otan?

Dans ce contexte hautement critique, la neutralité suisse peut paraître sans objet. Ce serait une erreur de le penser ou de le vouloir. Il ne faut certes pas idéaliser, ni sanctifier la neutralité. Il convient de la considérer comme un outil que la Suisse met à disposition de parties en guerre, en l'espèce, un agresseur au visage autoritaire et un agressé qui a choisi la démocratie. Sans doute le président ukrainien Zelensky préfère-t-il, à tout prendre, une Suisse active dans sa neutralité, capable d'initiatives, plutôt qu'une Suisse officiellement alignée sur l'Otan.

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La neutralité, ce n'est pas la torpeur, ce n'est pas rester planqué, ni même la jouer loueur de salle pour un sommet entre belligérants à l'Intercontinental de Genève. C'est faire preuve de courage, d'un courage qui n'est pas celui des armes. Mais c'est aussi fixer des limites à la neutralité, au sens le moins noble de ce terme. La Suisse ne peut pas laisser l'argent russe passant par ses circuits financiers nourrir les ambitions guerrières de Poutine. Mais elle peut travailler à des scénarios de sortie de crise et se tenir le plus possible auprès des parties en conflit. Nous en saurons plus de ses premières intentions après la réunion du Conseil fédéral, ce lundi matin.

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