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Manifestation propalestinienne, Genève, 15 mai 2021. image: keystone

Juifs, Genevois et en total désaccord face au chaos israélo-palestien

Elle s'appelle Sylvie et tient à garder l'anonymat. Il s'appelle Victor Gani et il est le vice-président de l'Association Suisse-Israël. Tous deux sont des Suisses de confession juive. Sylvie condamne durement le gouvernement d'Israël. Victor lui apporte son soutien.



Sylvie (prénom modifié) et Victor Gani sont de nationalité suisse et de confession juive. Ils habitent le canton de Genève. Sylvie, la cinquantaine, de culture ashkénaze, une sensibilité de gauche, travaille dans le social. Victor Gani, 75 ans, né en Egypte, proche de la droite israélienne, est le vice-président de l'Association Suisse-Israël. Leurs positions sur le drame israélo-palestinien en cours sont diamétralement opposées. L'une et l'autre livrent à watson leur vision de ce conflit et leur rapport à Israël, où ils ont chacun de la famille et des amis.

Sylvie: «Chez ces gens-là, il y a des fachos»

«J’ai longtemps estimé que la critique d’Israël n’était pas de l’antisémitisme. Mais depuis quelques années, et là, à nouveau, avec les combats qui y font rage, il m’arrive d’en douter. Surtout lorsque j’entends des propos venant de la gauche. La gauche reste ma famille politique, même si aujourd’hui, je dirais plutôt que j’adhère à des valeurs humanistes.

La comparaison entre Israël et Hitler que font des personnes prétendument progressistes, ce n’est pas mieux que ce que dit la chaîne américaine de droite Fox News, chère à Donald Trump, sur certains sujets de société. Je constate un glissement idéologique d'une partie de la gauche vers des thèses détestables. Il y a, contre Israël, un mélange de révolte justifiée et de triste habitude à pointer du doigt un méchant comme on désigne un bouc-émissaire.

Je dis cela, mais moi-même, je suis, si j’ose dire, une fervente critique de la politique israélienne. J’ai vécu un temps en Israël quand j’avais 20 ans. C’était au début des années 90, en plein dans le processus d’Oslo, qui aboutira en 1993 aux accords du même nom entre Israéliens et Palestiniens. Accords torpillés deux ans plus tard avec l’assassinat du premier ministre Yitzhak Rabin par un jeune homme issu de l'extrême droite religieuse, forte parmi les colons. Les manifs de la droite israélienne contre ce processus de paix, je les voyais de mes yeux et j’y étais complètement opposée.

«Similaire à un apartheid»

Je suis contre la colonisation de la Cisjordanie. Je considère que la situation vécue par les Palestiniens en Cisjordanie occupée, s’apparente à un apartheid. Et je pense que les Arabes de nationalité israélienne sont des citoyens de seconde zone et que c’est bien dommage. Je suis horrifiée par certaines décisions du gouvernement israélien, prises en accord avec l’extrême droite religieuse alliée à Netanyahou. Chez ces gens-là, il y a des fachos.

J’ai des amis juifs en Israël et des amis arabes en Palestine, à Bethlehem notamment. Ma belle-fille vit en Israël. Tous militent par la paix et l’entente entre les communautés. Je me fais beaucoup de soucis pour eux.

Je suis attachée à ce pays sans être particulièrement sioniste, ni, d’ailleurs, religieuse, même si j’aime les rituels, je crois qu’ils ont leur importance. Je suis juive par ma mère et de culture ashkénaze (réd: juifs d'Europe de l'Est) Ma mère est originaire des Balkans. Elle a échappé à la Shoah, mais la plupart des membres de sa famille en sont morts.

«Je suis pour un Etat confédéral»

Là, j’ai un peu peur de ce qui pourrait arriver à des juifs vivant en Europe. J’ai un cousin qui va faire prochainement sa barmitsva en Allemagne. La synagogue sera protégée par la police. Est-ce que des mosquées sont pareillement protégées quand le président turc Erdogan bombarde les Kurdes? Non, et tant mieux, même si je conçois qu'être musulman en Europe avec les attentats islamistes qui y sont perpétrés ne doit pas être facile à vivre. Ce que je souhaite, c’est la fin du conflit israélo-palestinien et la recherche d’un nouvel accord, qui pourrait passer par un Etat commun sous une forme confédérale.»

Victor Gani: «Ce qu'on appelle la colonisation n'en est pas une»

«Je suis né en 1945, à Alexandrie, en Egypte. J’avais 12 ans, lorsque mes parents et moi avec eux avons dû quitter le pays, comme tous les juifs. Nasser le nationaliste arabe était au pouvoir et l’Egypte en guerre contre Israël. De là sans doute, j’ai la conviction que les juifs ne sont pas en sécurité sous domination arabe ou musulmane.

Mes parents ont choisi de s’installer en Suisse, certainement aussi parce que les conditions de vie y étaient alors meilleures qu’en Israël. En Egypte, dans ma famille, on parlait français. J’étais inscrit au lycée français d’Alexandrie. Mon père travaillait dans le secteur bancaire. Il avait monté une affaire dans le textile.

Mon soutien à Israël est total. Israël existe pour qu’il y ait sur terre un endroit où les juifs ne soient pas pogromables. Je ne considère pas que ce pays est en guerre avec les Palestiniens. Il l’est avec le Hamas, qui est une organisation terroriste. Israël doit se défendre. Ses citoyens vivent ces jours-ci dans la terreur, menacés par les missiles du Hamas, près de 4000 déjà tirés en sept jours seulement (réd: environ 3100, selon un décompte du lundi 17 mai).

«J'y vois de la haine»

Les manifestations anti-israéliennes de samedi dernier, à Genève notamment, je les vis très mal, j’y vois de la haine. L’existence d’Israël est une question de justice. Afin que le peuple juif ait le droit de vivre en paix là où il a des attaches historiques. Pour moi et pour d’autres, la Palestine est un Etat inventé dans les années 60 avec le soutien de l’URSS à l’OLP de Yasser Arafat.

Ce qu’on appelle la colonisation n’en est pas une. Historiquement et bibliquement, la Cisjordanie s’appelle la Judée-Samarie (réd: territoires occupés illégalement par Israël au regard du droit international). Une terre où vivaient des juifs, où les juifs ont le droit de vivre. Moi-même, je ne suis pas religieux. J’observe les fêtes juives, c’est tout. J'ai des cousins plus ou moins éloignés qui vivent en Israël même.

«Je suis pour le deal du siècle proposé par Donald Trump»

L’avenir d’Israël? Je l’espère dans la paix avec les Palestiniens. Je ne suis pas favorable à une confédération, autrement dit un seul Etat où les juifs pourraient être mis un jour en minorité. J’avais bien accueilli le "deal du siècle" de Donald Trump, qui donnait forme à un futur Etat palestinien, certes fait de parcelles, sans continuité territoriale entre elles (réd: une Pax americana rejetée par les Palestiniens). Les positions que je défends ne font pas toujours l'unanimité dans mon entourage, mais je ne note rien non plus de conflictuel dans les arguments. Ce qui n'est pas le cas, bien sûr, avec des organisations opposées à celle que je représente.»

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