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interview watson

Thomas Wiesel: «J'ai rêvé de Claude-Inga en pleine fièvre post-3e dose»

Thomas Wiesel: «Il faut relativiser mon impact réel dans le débat politique».
Thomas Wiesel: «Il faut relativiser mon impact réel dans le débat politique».Image: keystone
«L’affaire» Claude-Inga Barbey, Alain Berset, le Covid, la politique, la France, l'année 2021 et celles qui vont suivre: watson a profité de la trêve des Fêtes pour s'entretenir avec le patron de l'humour romand. Une chose est sûre: Thomas Wiesel remonte sur scène le 31 décembre, et «c'est déjà une bonne nouvelle».
27.12.2021, 18:5928.12.2021, 17:33
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«L'affaire» Claude-Inga

J’ai cru comprendre que vous étiez en plein contrecoup de la troisième dose, vous survivez?
Thomas Wiesel: Déjà, je m'isole un maximum pour ne pas choper le virus, parce que je tourne actuellement mon spectacle. En vrai, j'ai quand même été au fond du bac une nuit, un jour et des poussières. J’étais pas complètement en plein délire au point de ne plus rien comprendre. Mais pendant la première moitié de la nuit, dans ma tête, j’étais sur le plateau d’Infrarouge en train de discuter de Claude-Inga Barbey.

Et vous lui avez dit quoi à Claude-Inga dans vos rêves?
Mais je crois qu’elle n’était pas là! J’étais face à Alexis Favre et à tout ce que la Suisse romande compte de journalistes. Sans surprise, on se demandait si on peut vraiment dire «chintoque» et se brider les yeux avec les doigts. Je crois que j’ai répondu que, oui, on peut. Mais qu’il ne faut pas venir s’étonner ensuite si certaines personnes ne sont pas contentes.

Les réseaux ont d’ailleurs très vite cité votre nom pour que vous défendiez Claude-Inga publiquement, au nom de l’humour romand…
Ouais. Je me souviens qu’au moment de la polémique précédente autour d’un sketch de Claude-Inga, le journaliste Christophe Passer avait évoqué le silence des humoristes en baskets, un truc comme ça. J’ai tellement pas l’impression que l’humour avec un grand H est attaqué… Je ne crois pas que mes collègues ou moi-même nous nous sentons le devoir de défendre Claude-Inga. Sa liberté d’expression n’est pas remise en cause. J’ai l’impression qu’on a beaucoup parlé de cette histoire. J’ai témoigné publiquement de mon soutien pour elle et ce qu’elle traverse, c’est jamais cool d’être au milieu d’une polémique. Mais je comprends pas pourquoi on a appelé les jeunes humoristes à défendre ses propos.

«Si un journaliste est censuré ou emprisonné, ses confrères vont le défendre. Mais si c’est un article qui crée la polémique, il me semble pas qu’on appelle tous les autres journalistes à se positionner»

Reste qu’on vous appelle à la rescousse, tel un héros Marvel de l'humour!
Je trouve ça bizarre. Peut-être que ça rassurerait certaines personnes qui défendent ses propos de voir que les autres humoristes romands ont le même avis qu’eux.

Vous considérez que vous faites le même métier avec Claude-Inga?
Ce sont des courants très différents, mais j'ai l'impression que l'on fait le même métier, oui. On le fait simplement pas de la même manière. Et la vraie différence, sur la forme, c'est que Claude-Inga est une excellente comédienne qui incarne des personnages, alors que moi pas du tout. Ce qui m'évite peut-être justement certains problèmes qu'elle a rencontrés récemment en tombant dans la caricature.

Et sur le fond?
Il y a peut-être une déconnexion sur la manière de traiter des sujets. Nous n'avons pas les mêmes préoccupations, pas les mêmes inquiétudes. Sa génération est sûrement plus touchée par des sujets comme le «wokisme» et la «cancel culture». Je vois peu d'humoristes de mon âge en parler parce que, pour nous, ce n'est pas une source d'inquiétude digne d'intérêt.

Certaines critiques à l'encontre de Claude-Inga Barbey soulignent notamment le fait que l'époque semble évoluer sans elle. Vous êtes d'accord avec ça?
Je ne sais pas. Disons qu'à une époque, il y avait moins de canaux disponibles pour toucher les gens et propager son travail. Et lorsqu'on a moins de diversité médiatique, le discours dominant prend plus volontiers toute la place. Aujourd'hui, il y a plein de petits canaux, plein de petites niches. Ce qui fait que l'humour de Claude-Inga fonctionne toujours extrêmement bien avec son public, mais atteint désormais plus facilement des personnes qui peuvent se sentir choquées par ses propos.

«Je pense que les humoristes de la génération précédente n'ont pas appris à gérer les petits groupes de gens pas contents»

Et vous, vous avez appris à gérer les insultes?
J'en reçois depuis le début de ma carrière. C'est Internet qui veut ça. Il y aura toujours des gens choqués, en colère, qui voudront que vous vous taisiez. J'écoute les critiques. Si c'est argumenté, parfois je les prends en compte. Sinon, j'ai appris à passer outre.

Le nouveau rôle des humoristes

L’humoriste semble avoir aussi hérité d’un rôle plus important que celui de simple blaguiste de scène.
Effectivement, les frontières sont un peu brouillées, et honnêtement, je trouve ça dangereux. Quand des gens nous écrivent qu’ils sont contents de regarder nos trucs, parce qu’ils ne suivent plus l’actualité et qu’ils ne font plus confiance aux journalistes, c’est inquiétant. Un humoriste, c’est un humoriste. Un humoriste peut donner son avis, un humoriste peut être un lanceur d’alerte, mais ça reste un humoriste.

Vous êtes d’accord avec le fait que ceux qui font rire sont partout aujourd’hui, plus seulement dans les cases prévues à cet effet?
C’est un débat qu’on a effectivement depuis que toute émission a son humoriste. Faut-il avoir de l’humour partout? Je crois que tous les lieux ne sont pas propices à la rigolade. Ce n’est pas parce que ça marche qu’il faut succomber à la tentation d’en mettre partout. Mais dans cette industrie du clic, dans laquelle on évolue tous actuellement, je crois que ce n’est pas gagné.

C’est pas aussi un peu de votre faute, à vous les humoristes? Notamment quand vous défendiez les métiers de la santé ou encore le texte poétique de Yann Marguet pendant le semi-confinement.
Alors, il y a plusieurs choses, là. L’exercice de Marguet a eu énormément de succès, mais je sais qu’il avait pas mal divisé, jusque dans le cercle des humoristes d’ailleurs. C’était une période où on essayait tous vainement de faire rire avec des choses pas drôles, je me souviens avoir été un peu jaloux qu’il cartonne autant en émouvant, plutôt qu’en faisant rire. Tout le monde a bien sûr le droit de faire autre chose que des blagues, mais c’est important de pas oublier notre rôle principal.

Il vous arrive d’en faire d’ailleurs, des stories engagées.
Oui, je peux tout à fait m’exprimer sur un sujet politique, une votation, mais je fais toujours attention à ce qu’il y ait des blagues. Je ne veux pas donner mon avis sans essayer de faire rire.

«Si je m’engage pour une cause, je ne le ferai jamais au premier degré, parce que je pense que ça me décrédibilise»

Mais c’est vrai, parfois, je partage une pétition ou un truc qui me tient à cœur sans autre forme de commentaire, mais j’essaie de faire de plus en plus attention à la parole publique, pour éviter toute forme de confusion.

Plus que de la confusion, c’est du pouvoir que vous avez, non?
Mouais, je ne suis pas si sûr. Avant les votations pour le Mariage pour tous ou les soins infirmiers, tous les sujets que j’ai défendus se sont pris des claques, alors je crois qu’il faut relativiser mon impact réel dans le débat politique.

«Ce qui me gêne le plus, c’est le côté "fan". Ce truc exacerbé aujourd’hui par les influenceurs qui donnent des petits surnoms à leur communauté et qui essaient de les fédérer, alors que la plupart du temps, c’est d’abord pour gagner de l’argent»

C’est pourquoi, j’essaie toujours de conserver une certaine distance avec les gens que je ne connais pas. Je ne suis pas en mode «coucou l’armée Wiesel, on va faire ci, on va faire ça». Je ne me sens porte-parole de rien du tout.

L’idée de faire tenir toute une audience dans le même sac, c’est ça?
Oui. Quand je vois certains collègues humoristes s’adresser à leur public dans son ensemble, je suis personnellement très vite mal à l’aise. J’ai toujours douté du fait que mon public puisse avoir quoi que ce soit d’autre en commun que le simple fait d’apprécier mon travail. Je prends tout ça avec précaution.

Après tant d’années au sommet de l’humour en Suisse romande, vous devriez quand même être plus à l’aise avec l’image que vous projetez, non?
Bien sûr. Je m’excuse beaucoup moins d’exister aujourd’hui. Je suis plus à l’aise avec moi-même, je suis plus à l’aise avec ce que je suis. J’ai toujours un sérieux problème quand ça déborde. Cette frontière public - privé. De ce lien étrange avec des gens qu’on ne connait pas du tout et qui pensent tout connaître de nous.

«J’ai vu des gens être outrés parce qu’ils ont croisé Yann Marguet en soirée et s’attendaient à ce qu’il devienne leur meilleur pote, alors qu’ils ne se sont jamais croisés de leur vie»

Ce décalage, je ne m’y ferai jamais. Mais bon, heureusement que je dégage beaucoup moins de sympathie naturelle que Yann!

L'actualité de 2021

En parlant de trucs sympathiques.... Que doit-on retenir de l'actualité de 2021?
C’est une année très différente de 2020. Le même sujet est en toile de fond, mais ce qui a changé, c’est que tout le monde en a marre. L’année dernière, j’ai l’impression que tu parlais de Covid, tu captais l’attention de toute la population. Surtout qu’en 2021, les camps se sont vraiment polarisés. Et ça a été particulièrement délicat à gérer pour les humoristes. D’abord, pour réussir à se renouveler dans les blagues. Mais aussi dans son propre positionnement dans cette crise.

«Si tu critiques les mesures, tu t’en prends plein la gueule, si tu vises ceux qui ne respectent pas ces mesures, tu es considéré comme un suppôt du gouvernement»

Du coup, dès qu’un rare autre sujet arrivait à se faire une place dans l’actualité, on sautait littéralement dessus.

D'ailleurs, vous-même, vous faites de l'actu avec de l’humour dedans ou de l’humour avec un peu d’info?
Ah, ah, je crois que ça dépend. Sur les réseaux, ce que les gens voient beaucoup, c’est évidemment l'actualité. Mais sur scène, notamment dans le spectacle avec lequel je suis actuellement en tournée, je ne suis pas du tout dans les infos. Ce qui me permet d’ailleurs de continuer à jouer les mêmes sketchs après 18 mois de report, pour cause de Covid, sans retoucher une ligne de texte. A une époque, si je faisais une bonne blague à la radio, il y avait de bonnes chances pour qu’elles se retrouvent sur scène pendant un mois. Désormais, je sépare un peu mieux les choses. Mes deux mentors, Pierre Naftule et Nathanaël Rochat, le disent très bien: «Même si t’as un truc à dire sur l’actualité, quand la blague n’est pas drôle, ne la fais pas». C’est l’humour qui doit primer.

Et sinon, l'équipe de la Revue est-elle vraiment calée en «actu»?

Vidéo: watson

Et l'humour, il a primé sur quel sujet, autre que le Covid?
Le pouvoir du sport! L’Euro a démontré que le football est définitivement ce truc rassembleur qui permet de se changer les idées et d’oublier les tracas du quotidien. Les résultats de la Nati ont bien sûr aidé, mais j’ai rarement senti une telle communion autour d’une équipe. Bon, on était ensemble contre les Français, mais ça c’est un problème récurrent en Suisse romande.

C’est vraiment un problème? Les Français aiment bien se faire taquiner et ne se gênent pas pour nous envoyer des missiles en retour.
Ouais, mais ce qui me fait rire, c’est que les Français qui n’habitent pas ici en ont un peu rien à foutre de la Suisse, sauf quand ils réalisent soudain, et avec stupeur, le temps de l'Euro, qu’ils ne jouissent pas d’une image incroyable ici.

Berset et le reste de l'actu

Quel autre sujet a retenu votre attention en 2021?
Je trouve que la votation sur le Mariage pour tous a été une vraie bouffée d’air frais en Suisse. De réaliser qu’on arrive parfois à se mettre d’accord sur ce genre de sujet des deux côtés de la Sarine, ça fait beaucoup de bien. Et, bien sûr, les deux votations sur la Loi Covid qui ont été fascinantes à tout point de vue. Je suis beaucoup la politique américaine, on copie depuis toujours les Américains, et j’ai l’impression que même ces histoires de Qanon et de vérités alternatives, on a fini par les importer en Suisse. Cette idée d’une politique entre deux camps, deux partis, deux idéologies bien distinctes et plus rien ou presque au milieu. Les méchants et les gentils, quoi.

C’est le Covid qui a créé ça, ou c’est le début d’une nouvelle manière de faire de la politique?
Tout dépend de la longueur de cette crise à mon avis. Je crois que le Covid a fait que certaines personnes ont eu besoin de réponses simples et de coupables désignés pour parvenir à digérer l’incompréhension, la haine ou la frustration. Les Suisses ont tellement vécu dans un cocon doré qu’on n’a jamais eu besoin de s’intéresser à la politique pour que notre vie se déroule sans accroc majeur. J’ai longtemps eu des potes qui disaient «la politique j’m’en fous, moi je vote pas».

«Je pense qu'on n'était pas prêt à ce que, d’un jour à l’autre, en Suisse, toute la population s’intéresse à la chose publique»

On fait comment pour faire rire des camps irréconciliables?
Ah! En tout cas, ces derniers mois, d’après les commentaires que je reçois, je fais plus rire un camp que l’autre. Mes blagues passent par moi, donc mon opinion n’est jamais loin. Parfois, j’arrive à prendre un peu de recul pour railler mes propres convictions, ça ne fait jamais de mal un peu d’autodérision. J’ai toujours aimé réussir à faire rire les gens qui ne sont pas d’accord avec moi. C’est le signe qu’une blague est réussie. Tout est une question de distance, et je crois que nous avons tous manqué de distance ces derniers temps.

Si tu fais une blague sur les anti-vaccins, les principaux intéressés vont s’arrêter à l’énoncé sans attendre la chute. Mais jamais je me dirais «allez, j’en fais deux pour les pro, deux pour les anti, pas de jaloux». Et dans ce cas-là, si je voulais avoir un succès immense, je basculerais clairement du côté des antivax. Ce sont les plus virulents et les plus bruyants.

Et donc les plus visibles.
Exact. Les quelques humoristes qui se sont laissés emporter par la vague antivax, je pense notamment à Bigard, ont vu débouler un flot de fans prêts à tout pour les défendre. Des foules qui ont commencé à adorer leur humour simplement parce qu’ils étaient d’accord avec eux.

En même temps, quand vous commentez les conférences de presse d’Alain Berset, vous ne le caressez pas forcément dans le sens du poil...
Mais c’est pour ça que pour la première fois, ou presque, dans ma carrière, je plaisais au plus grand nombre! Durant la première année de pandémie, il y avait une sorte de consensus qui faisait que tout le monde trouvait son compte dans mes blagues, et c’était un peu nouveau pour moi. Aussi parce que je n'épargnais pas Berset, alors que c’est le conseiller fédéral qui est le plus proche de mes convictions politiques. Quand le vaccin est arrivé, c’est devenu plus compliqué, et certains ont recommencé à me détester, heureusement!

On pourrait penser que les conférences de presse vous ont permis de fédérer tout un nouveau public. C'est le cas?
Oui et non. Certains pensent que j’ai vécu la pandémie avec un énorme succès, point. Ce n’est pas vrai. Mon métier s’est arrêté net. Plus de boulot, plus de revenus. Ce fut très difficile à vivre. Moralement, aussi. Durant la première vague, tout le monde était logé à la même enseigne, mais ensuite, ils ont tous pu reprendre leur boulot, sauf les artistes de scène. Alors quand je trouve enfin le moyen d’occuper le vide à domicile avec de l’humour de conférence de presse, et que ça marche, c’est super. Mais le public n’est pas le même, et je pense que je n’ai pas gagné des fans assez longtemps pour qu’ils deviennent ceux de mes spectacles.

Thomas et sa carrière

Marina Rollman a annoncé qu’elle arrêtait l’humour. Vous y pensez vous-même?
Déjà, j’ai toujours eu de la peine à me projeter. Même vivre, je suis incapable de le projeter correctement. De me dire que je serai encore vivant dans quinze ans, c’est difficile à rendre concret. En ce qui concerne Marina, on la taquine toujours avec ça: j’adorerais aussi pouvoir utiliser cette stratégie marketing et annoncer tous les deux ans que j’arrête l’humour. Le problème, c’est qu’elle reste crédible, elle. Si moi j’annonce que j’arrête les blagues pour faire l’acteur, je serai immédiatement au chômage. Alors, oui, je me pose des questions sur l’avenir, mais proche.

Alors parlons plutôt du court terme. Comment sera Thomas Wiesel l'année prochaine?
Je sais simplement que la scène me manque. La scène sans mesure, sans masque, sans crainte. La vraie scène. Donc si je parviens à écrire un nouveau spectacle et à le tourner après la pandémie dans des conditions normales, je serai déjà très heureux. Si je pouvais être joueur de basket professionnel, je le ferai, mais il se trouve que je suis nul, donc voilà. L’humour c’est, je crois, ce que je sais faire de mieux.

Et la France? Le succès parisien, la TV, c'est fini?
On me parle toujours de la France, mais je dois avouer que j'ai toujours eu beaucoup moins de plaisir en France.

Simplement parce que c’est plus compliqué de se faire une place de choix?
C’est plus difficile, oui. Je n’ai pas l’énergie de jouer dans des salles devant quinze personnes pendant trois ans. J’ai des collègues qui le font, et j’ai beaucoup d’admiration pour eux. De mon côté, ce qui me pesait le plus, c'était les trajets. Je n'ai jamais réussi à me fondre dans une équipe, parce que j'arrivais pile pour l'émission et je devais repartir dans la foulée.

Vous parlez d'énergie, mais c’est surtout parce que vous avez d'abord été une star ici avant d’enjamber la frontière, non?
Peut-être, mais c’est une grande fierté pour moi d’avoir du succès dans mon pays, et pas du tout un plan B. J’ai beaucoup plus de plaisir et d’inspiration quand je joue dans un bled reculé de Suisse romande, de faire rire avec les spécificités d’une région que de faire la même chose à Lyon ou en Bretagne, où je n’ai aucune attache culturelle. Pour réussir à remplir deux Bataclan aux deux tiers à Paris, j’ai dû faire dix fois plus de promo que pour la totalité de la tournée en Suisse. Et je déteste dire aux gens qu’ils doivent venir me voir en spectacle. Je ne suis pas aussi conquérant que les autres à ce niveau-là.

Les Suisses ont-ils suffisamment côtoyé l'esprit de compétition pour jouer des coudes à Paris?
Quand tu débarques à Paris, les humoristes sur place sont plus volontiers contents quand tu te plantes. C’est féroce. En Suisse, on est à la cool, on se pointe sur le plateau des Vincent pour mettre des perruques, on fait des sketches tous ensemble, les uns font la première partie des autres, c’est bon enfant.

Y a un sujet qui vous titille et que vous n’avez pas encore empoigné sur scène?
Je suis hyper fier du spectacle que je tourne en ce moment, mais c’est le Thomas de 2018-2019. Il y a plein de trucs que je n’ai pas encore effleurés. Mais je ne sais pas encore si j’ai quelque chose à dire dessus. Le Thomas d’aujourd’hui est-il aussi drôle que celui d’avant la crise? Le syndrome de l’imposteur va certainement revenir mettre le souk dans tout ça très vite, je pense. On a aussi l’impression que tous les sujets sont empoignés par tout le monde autour de soi. Parler de son nombril reste une arme assez efficace, finalement.

Qui vous fait vraiment marrer aujourd'hui?
Disons que c'est assez compliqué pour moi: je ne peux pas simplement regarder du stand-up et rire. Quand je mate un autre humoriste, j'ai l'impression de bosser, parce que j'analyse sa manière de faire, j'essaie de comprendre pourquoi telle blague fonctionne, pourquoi une autre fait un four total. En revanche, je peux rire assez facilement en regardant des séries ou des films.

Et si je vous force à donner un ou deux noms?
Alors je dirais que Roman Frayssinet est pour moi au sommet de son art en ce moment. Thomas VDB est aussi un gars qui me fait beaucoup rire.

«Et je reste constamment impressionné par les deux Vincent. Cette espèce d'usine de l'humour romand de qualité. Cette cadence à laquelle ils parviennent à créer des sketches et des émissions»

Quand je bosse avec eux, je suis absolument admiratif de leur constance et de la structure qu'ils ont réussi à mettre en place. D'ailleurs, tout le monde disait que c'était impossible, avant qu'ils arrivent. D'accord, c'est de l'humour à personnages, ce qui n'est pas forcément ma came et vraiment pas ma force, mais quand ils m'appellent, je viens tout de suite.

Boomer de l'humour?

Les Vincent sont gentiment les boomers de l'humour romand, non?
J'en ai pas l'impression. Bien sûr, enfiler des perruques, c'est un peu l'humour de la génération d'avant, mais ils savent encore aujourd'hui faire le pont entre les générations. Ils ont cette réflexion toujours très actuelle, un recul sur le travail et une rigueur dingue.

Vous-même, vous avez l'impression d'être un «vieux» de l'humour face aux gamins qui ont du succès sur les réseaux?
Moi, je suis un boomer sur plein d'aspects. Je n'arrive pas à utiliser TikTok, par exemple. Je suis très peu à l'aise avec l'idée de se filmer soi-même en faisant des blagues. Twitch et le streaming en général... pareil. Quand les médias font des portraits de jeunes romands, comme Bruno Peki, on m'appelle parfois comme le vieux con qui doit parler des petits jeunes.

«Je sens que je ne suis plus le petit nouveau de l'humour romand»

Et vous gérez ce nouveau statut ?
Ouais, pour l'instant, ça ne va pas trop mal! La nouvelle génération qui débarque a un certain respect pour ceux qui les précèdent, et je ne pense pas qu'il y ait une fracture totale. Je ne suis pas dans leur équipe, mais ils ne se construisent pas en opposition.

Et vous faites aussi des mèmes sur Instagram. C'est une technique réservée à la nouvelle génération, non?
Oui. J'ai surtout remarqué que, sur Internet, quand tu fais de l'humour sous ton vrai nom, tu es considéré comme un professionnel du rire. Les jeunes qui font des mèmes sont souvent sous pseudo, ils bossent à plusieurs derrière des comptes Instagram, comme des gangs. Du coup, il a pu y avoir une certaine méfiance quand j'ai commencé à faire des blagues sur le foot avec des mèmes: «C'est qui ce trou du cul d'humoriste pro qui marche sur nos platebandes». Même si je faisais des mèmes bien avant qu'on les appelle comme ça, je vois que je ne suis parfois plus à la page. Les comptes de mèmes de Suisse romande sont souvent très bons.

En guise de conclusion, vous qui n'aimez pas faire de la promo, je vous laisse dix secondes pour donner envie aux Romands de passer le 31 décembre avec vous.
Ah, ah. Bon, ok: profitons simplement de pouvoir retrouver des salles de spectacles déjà, non? Et comme les gens ne savent jamais quoi foutre le 31 décembre, sachez que le spectacle ne parle pas de Covid, qu'il est drôle. Ce qui ne vous empêchera pas d'aller vous bourrer la gueule ensuite dans un lieu qui vous accepte, selon votre degré personnel de vaccination!

Allez, si vous êtes abandonnés à Nouvel An, cliquez ici pour rire avec Wiesel à Lausanne. (Et c’est pas plus cher qu’une bouteille de champagne tiède.)

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