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Des milliers de familles suisses ont accueilli des réfugiés en provenance d'Ukraine mais cet élan de solidarité semble avoir atteint ses limites.
Des milliers de familles suisses ont accueilli des réfugiés en provenance d'Ukraine mais cet élan de solidarité semble avoir atteint ses limites.
interview watson

Coloc qui tourne mal: «10% des Ukrainiens demandent à changer de famille»

Des milliers de familles suisses ont accueilli des réfugiés en provenance d'Ukraine. Cet élan de solidarité a été grandement salué, mais il montre aujourd'hui ses limites. On fait le point avec Caritas Genève.
11.05.2022, 20:5311.05.2022, 21:12
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Difficultés de cohabitation, problèmes de communication, manque d'espace, voici quelques griefs dont les familles d'accueil et les réfugiés ont fait part lors de leur «séparation». Comment expliquer cette mésentente entre les accueillants et les réfugiés? Éclairage avec Sophie Buchs, directrice de Caritas Genève.

Quelle est la proportion de réfugiés ukrainiens qui décident de quitter leur logement initial?
Tout d'abord, chez Caritas Genève, nous suivons 200 réfugiés qui sont logés dans 100 familles. Il s'agit d'une petite partie de l'ensemble des réfugiés qui habitent chez des privés. L'hospice général évalue à près de 1400 le nombre d'Ukrainiens qui vivent chez l'habitant, mais qui ne bénéficient pas de suivi.

«Sur les 200 personnes que nous suivons, il y a environ 10% des gens qui demandent à être déplacés et à changer de famille»

Pour quelles raisons ces personnes quittent-elles leur famille d'accueil?
Je tiens à faire remarquer que la majorité des cas se passent super bien et que les personnes qui souhaitent changer de logement nous demandent de les replacer dans des familles.

«Ce n'est pas tant le type d'accueil qui est remis en question, mais plutôt les problèmes de cohabitation»

Je dirais qu'il y a plusieurs cas possibles. Ce que l'on remarque tout d'abord, c'est que «le match» de départ effectué auprès des organismes qui travaillent avec les centres fédéraux n'a pas fonctionné. Il s'agit principalement d'incompatibilité de cohabitation.

Cela s'apparente à des problèmes de colocation, vous voulez dire?
Exactement. Pour en revenir au «match» de départ, une personne réfugiée non-fumeuse se retrouve hébergée auprès d'une famille d'accueil qui fume à l'intérieur. Ça peut arriver et dans ce cas, nous essayons de proposer une solution de relogement. Il peut s'agir aussi d'une mauvaise alchimie entre les accueillants et les réfugiés. On ne s'entend tout simplement pas. Nous avons eu aussi des cas de regroupements familiaux qui nécessitaient plus d'espace au sein du logement. Il faut rappeler que les réfugiés ont le droit de demander de faire venir leur famille en Suisse et lorsque vous accueillez deux personnes et que les autres membres de la famille viennent s'ajouter au logement, il est compréhensible que les personnes souhaitent changer d'hébergement.

Les familles d'accueil sont-elles préparées psychologiquement à l'arrivée de ces personnes?
C'est justement l'enjeu de l'accueil. On a eu trois familles qui n'avaient pas imaginé les conséquences de l'arrivée de réfugiés dans leur foyer. L'une d'elles nous a raconté que la personne qu'elle hébergeait regardait souvent les journaux télévisés, elle avait envie de parler de la situation et elle passait beaucoup de temps à discuter avec des parents ou amis restés en Ukraine.

«La famille d'accueil s'est retrouvée en quelque sorte avec la guerre dans son salon»

Parfois, les attentes de la famille suisse ne correspondent pas forcément à la réalité. Les hôtes sont confrontés aux difficultés psychologiques des réfugiés qui n'agissent pas forcément comme ils l'auraient imaginé.

Quels conseils donneriez-vous aux familles d'accueil avant de se lancer?
Il faut rappeler que l'accueil se fait dans le moyen terme, soit trois mois au minimum. Ce n'est pas un dépannage à court terme. La relation de confiance prend du temps et c'est aussi ce dont a besoin la personne qui trouve refuge en Suisse. Ce n'est pas tant la communication directe ou les difficultés de la langue qui posent problèmes que la patience dont chacun doit faire preuve pour construire cette nouvelle relation. Les personnes fuyant les conflits sont parfois désorientées, elles ont aussi besoin de calme et parfois leur comportement n'est pas compris par les familles qui les accueillent.

Est-ce que ces familles d'accueil regrette leur choix d'avoir accueilli des réfugiés lorsque cela se passe mal?
Je peux m'imaginer que cela arrive, car c'est une expérience forte émotionnellement parlant. De façon générale, nous avons des retours positifs avec les familles que nous suivons, il faut rappeler que ces changements concernent une minorité de placements mais que dans l'ensemble, les assistantes sociales remarquent que la cohabitation se passe bien. Elles reviennent grandement touchées par les échanges qu'elles ont eu avec ces familles et cette volonté d'être solidaire nous émeut toujours.

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source: reddit
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