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Crystel Graf, du Parti Parti libéral-radical (PLR), pose lors du premier tour des élections cantonales neuchâteloises le dimanche 18 avril 2021 à Neuchâtel. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

«Je ne me retrouve pas dans la manière de faire du militantisme féministe de la Grève des femmes» Image: KEYSTONE

Dix questions à Crystel Graf, nouvelle ministre de droite non-féministe

Ce dimanche 9 mai, la libérale-radicale décomplexée Crystel Graf a fait basculer le gouvernement neuchâtelois à droite. On a tenté de la cerner en dix questions.



Vous êtes une femme, jeune, de droite et fière de l'être. Incarnez-vous le nouveau visage du PLR?
Crystel Graf:
Je ne pense pas qu’il y ait un profil type de la relève du PLR, mais je fais effectivement partie des nouvelles générations de cette famille politique. On voit d’ailleurs de plus en plus de jeunes arriver chez nous. En ce qui concerne plus spécifiquement ma ligne politique, mon profil smartvote a déclenché beaucoup de caricatures (la fameuse «droite décomplexée»). J'ai répondu en mon âme et conscience aux questions de ce questionnaire, mais on ne peut que dire «oui» ou «non», alors la nuance est absente...

Par contre, vous êtes juriste. Là, on est en plein dans la caricature du PLR.
On trouve une grande diversité de professions dans notre groupe au Grand Conseil: les secteurs de l'économie et le droit y sont représentés, mais aussi ceux de la santé ou de l'agriculture. Cette image du PLR «avocat homme de plus de cinquante ans» est en train de changer. Et j'en suis la preuve.

Vous ne vous dites pas féministe. Mais pensez-vous avoir été élue en partie parce que vous êtes une femme?
C’est vraiment difficile à dire. Mon impression est qu’il y a eu un «effet femme», mais pas femme militante, car effectivement je ne suis pas féministe. Il y a sans doute plutôt eu un effet «femme de droite». A ce propos:

«J’ai reçu beaucoup de messages d’électrices qui étaient contentes de pouvoir s’identifier à une autre vision que celle de la gauche»

Je me réjouis de travailler au sein du gouvernement avec Florence Nater, du Parti socialiste, car nous partageons un même objectif, l’égalité, mais pas les mêmes moyens pour y arriver.

Que voulez-vous dire quand vous vous revendiquez non-féministe?
J'entends par là que ce sont les compétences qui comptent, pas le genre, en ce qui concerne une élection politique notamment. Et je ne me retrouve pas dans la manière de faire du militantisme féministe de la Grève des femmes, par exemple. Quant à leurs revendications, j’en partage certaines, mais pas toutes.

Un exemple de revendication que vous ne partagez pas?
La volonté d’inscrire légalement la notion de consentement dans la définition du viol. C’est pour des raisons juridiques que je m’y oppose. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas travailler sur ce thème.

Le climat, est-ce une autre problématique à laquelle vous souhaitez apporter d’autres réponses que celles proposées par la gauche?
Clairement. C’est ce que nous avons porté pendant toute la campagne. Mes deux colistiers et moi sommes conscients de la nécessité de faire quelque chose pour l’environnement, mais nous n’optons pas pour le même délai ni pour la même méthode que la gauche. Le PLR a toujours eu une fibre écolo, mais ne l’a jamais affichée; c’est certainement aussi le cas d’autres partis.

Votre victoire face à l'écologiste Roby Tschopp ne suit pas la fameuse «tendance verte» romande. Comment l'expliquer?
Il y a un décalage entre ce qui est mis en avant dans les médias – je pense entre autres aux grèves pour le climat et aux grèves des femmes – et l'expression politique traditionnelle d'un certain électorat, qui s'exprime moins publiquement. Il faut en prendre acte.

Avec votre entrée au Conseil d'Etat neuchâtelois, le PLR obtient la majorité absolue (trois sièges sur cinq). Ce n'est pas très sain pour représenter toute une population, si?
Le premier tour avait clairement marqué la volonté d'avoir PLR et PS autour de la table. Roby Tschopp, qui vient d'un autre parti (Les Vert·e·s), était arrivé septième. La population sait ce qu'elle souhaite. Nous n'aurons de toute manière pas d'autre choix que de travailler dans la culture du consensus, ne serait-ce que parce que le PLR devra former des majorités au Grand Conseil, ne pesant à lui seul que 32%.

Le canton de Neuchâtel souffre d'un manque d'attractivité. Votre but, c'est de tout revoir?
Aucunement. Un très bon travail a été fait ces dernières années au Conseil d'Etat et il s'agit de le continuer et de le développer, plutôt que de vouloir tout bouleverser. La seule différence, c'est que le gouvernement sera désormais de centre-droit alors qu'avant il était de centre-gauche.

Et ça, qu'est-ce que ça change au fond? On peut avoir l'impression que c'est kif-kif vu que vous jouez la carte de la continuité.
A droite, nous estimons qu'il ne faut absolument pas augmenter les impôts. C'est déjà beaucoup, comme différence.

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