DE | FR
Alain Berset. Berne, 17 décembre 2021. René Knüsel (en médaillon).
Alain Berset. Berne, 17 décembre 2021. René Knüsel (en médaillon). image: keystone
Interview

Covid: «Le peuple reconnaît le travail exceptionnel d'Alain Berset»

Au-delà de la conférence de presse donnée mercredi par Alain Berset et Ignazio Cassis, le politologue René Knüsel décrypte l'action du Conseil fédéral tout au long de la pandémie de Covid-19.
17.02.2022, 05:4217.02.2022, 09:28

Comment avez-vous trouvé les conseillers fédéraux Ignazio Cassis et Alain Berset au cours de la conférence de presse de mercredi annonçant la fin des contraintes sanitaires: sûrs d’eux-mêmes, prudents, sur la défensive?
René Knüsel:
L’important, pour le pouvoir politique, dans ce type de communication, c’est de donner l’impression qu’il maîtrise la situation. Il s'agissait, pour lui, d'apparaître calme au moment d'annoncer la fin des mesures Covid et de faire en sorte qu'on ne puisse pas penser qu’il a un jour été gagné par l’anxiété lors des deux années exceptionnelles que nous venons de traverser.

Exercice réussi?
Chacun est juge. Mais du point de vue de la communication, je dirais que l'exercice me paraît réussi.

«La Suisse entend donner une leçon de maîtrise»

Quel message retenir de la communication des deux conseillés fédéraux?
Eh bien, le fait que la Suisse, probablement avant tous les autres pays limitrophes, lève les mesures restrictives. Ces mesures qui ont contraint la population à changer drastiquement de comportement. Le Conseil fédéral, tout en cachant qu'il fait là un choix politique, entend donner une leçon de contrôle et de maîtrise de tout un cursus, allant de l'imposition de mesures de contrainte jusqu'à leur levée.

Quel est ce choix politique?
Il est de favoriser le retour à des conditions normales, alors même qu’un certain nombre de personnes sont encore fragilisées par cette pandémie. Ce choix est aussi consécutif à une procédure de consultation avec les cantons, sur lesquels le Conseil fédéral, le plus souvent au cours de cette crise, aura cherché à appuyer ses décisions. Ce choix résulte par ailleurs d’avis scientifiques. Là encore, il convient de donner l’impression qu'on maîtrise la situation.

«Face à l'impatience, le Conseil fédéral a pu vouloir lâcher la bride»

Pour rester dans le domaine de l’impression, n'avez-vous pas le sentiment que le Conseil fédéral, et d'abord Alain Berset, a surtout cherché à se justifier de sa politique sanitaire?
Pour justifier l'annonce faite mercredi, il fallait, et c’est ce qui a été fait, revenir sur la démarche qui a abouti à cette issue attendue. Attendue, dans le sens où elle devait se présenter un jour ou l'autre. Alors que M. Cassis a été plutôt soft, M. Berset n’a pas tu les hauts et les bas traversés par le pays durant les deux années écoulées. Sans le dire explicitement, il a reconnu des erreurs, des décisions pas toujours fondées sur des arguments scientifiques indiscutables. Mais dans l’ensemble, pouvait-on comprendre, les décisions prises ont été justes. Y compris la dernière, perçue comme libératrice. Le pays paie certes un certain prix, mais il reçoit aujourd’hui le salaire des sacrifices consentis. Aussi, plus que de justification de la part du Conseil fédéral, je parlerais de légitimation de toute sa démarche.

Lors de sa conférence de presse, le Conseil fédéral n'a-t-il pas feint d'organiser une sortie de crise qui commençait à lui échapper?
Il est certain que, depuis une quinzaine de jours, le statu quo sanitaire ne semblait plus tenable. Ne serait-ce qu'en raison des améliorations constatées sur le plan de la santé. L'impatience était telle dans la population que le Conseil fédéral a pu se dire que le temps était venu de lâcher la bride. Les pressions de l'économie et des cantons ont évidemment joué un rôle dans ce dénouement. Mais on notera que, là encore, pour des questions de maîtrise, le gouvernement a certainement voulu montrer que c'est lui et personne d'autre qui était autorisé à ordonner le clap de fin.

«La force du pragmatisme»

Pourquoi la Suisse fait-elle partie des pays les plus prompts à lever les mesures Covid?
On peut en effet se le demander, quand on voit que l’Italie oblige depuis mardi les plus de 50 ans à être tous vaccinés. Sans doute le Conseil fédéral entend-il montrer qu’il a agi et continue d'agir avec pragmatisme, et par-là faire la démonstration de la force d'un pragmatisme reposant sur des informations au jour le jour.

«Cette approche a son revers: on ne peut exclure un retour en arrière si la situation l’exige»

Le Conseil fédéral sort-il de cette crise différent qu’il n’y est entré?
Oui, parce qu’il est fort d’une expérience supplémentaire, ce qui n’est jamais négligeable pour un pouvoir politique. M. Berset l’a rappelé: des moyens légaux ont été mobilisés, en particulier la loi sur les épidémies, votée par la population il y a une dizaine d’années. Le pays a d’abord été en état de sidération, et il a suivi les décisions. Ensuite, sur le plan du collectif, les choses se sont détériorées. Il y a eu des contestations. Cependant, le consensus en faveur des mesures sanitaires a toujours été assez fort. Cela s’est vérifié lors de deux votations.

«La transparence sort renforcée»

Et le pays, comment sort-il de cette crise?
Nous avons été capables de créer des cohésions, qui ont tenu en dépit des protestations. Et l’on peut certainement affirmer que la transparence de la décision politique, du fait même de la répétition des procédures de consultation propre au fédéralisme, sort renforcée de cette épreuve sanitaire, économique et politique.

Tout de même, le Parlement, autrement dit le pouvoir législatif, n’a-t-il pas été minoré, voire ignoré par le Conseil fédéral, l'exécutif?
Il y a eu un moment de flottement, c’est indéniable. Mais la loi sur les épidémies autorisait l’exécutif à agir de son propre chef. Il y a donc eu une phase d’interrogation sur la nécessité ou la possibilité, pour le législatif, de continuer à exercer son contrôle sur le travail quotidien du Conseil fédéral. Mais c’est l’Intelligence, avec un «I» majuscule, d’un système démocratique semi-direct tel que le nôtre, de pouvoir s’interroger sur ces processus assez rapidement. Certains ont dépeint Alain Berset en dictateur, alors même que les limites fixées par la loi n'ont pas été outrepassées.

«Le législatif n’a en fait pas perdu le contrôle. Il a pu interroger la pratique gouvernementale, certes avec un temps d’écart. Mais rien de dysfonctionnel n’a été révélé»

Alain Berset est-il le grand acteur de cette pandémie en Suisse?
Oui, très clairement. Il a été présent à quasiment toutes les conférences de presse du Conseil fédéral consacrées au sujet. De tout le gouvernement, il est celui qui a été le plus au front de la pandémie. La population, je crois, reconnaît le travail exceptionnel accompli par Alain Berset. Il aura été une figure de proue, mais aussi le bouc émissaire, cible de menaces de mort et de nombreuses dérives langagières.

Le making off de la photo de presse du Conseil fédéral

Plus d'articles sur la pandémie

Berset reconnaît des erreurs: «Nous aurions pu mieux nous préparer»

Link zum Artikel

«Nous devons nous écarter de l'idée que tout sera terminé après Omicron»

Link zum Artikel

Pannes, manifs, 2G+, retour en 6 dates sur le certif Covid

Link zum Artikel

L'après-Covid sera terrible

Link zum Artikel
8 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
8
Variole du singe: le virus qui a tout pour faire peur
La guerre en Ukraine s'enlise, le Covid joue les petits bras et les vacances d'été tardent à pointer leurs coups de soleil. Le terreau est donc fertile pour s'enflammer autour d'un virus qui, pour l'heure, ne fait pas vraiment paniquer le monde scientifique. Sexe, horreur, paranoïa, voici les trois ingrédients qui font monter l'angoisse aussi vite qu'une mayonnaise.

Le 7 mai 2022, le monde (re)découvre la variole du singe par l'intermédiaire d'un anglicisme moins effrayant que la version française: monkeypox. Et pour cause, c'est en Angleterre qu'un homme, de retour d'un voyage au Nigeria, est parachuté au cœur d'une nouvelle inquiétude planétaire. Depuis, une centaine de cas ont été détectés en Occident. Confirmés ou suspectés. La Suisse n'échappe d'ailleurs pas aux annonces solennelles des autorités sanitaires, qui se succèdent.

L’article