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Les jeunesses de droite s'apprêtent à lancer une offensive contre la «taxe Netflix» (ici Nicolas Jutzet, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses)
Les jeunesses de droite s'apprêtent à lancer une offensive contre la «taxe Netflix» (ici Nicolas Jutzet, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses)Image: Keystone / shutterstock / montage watson
Interview

«Taxer Netflix n'est pas dans l'intérêt des jeunes»

Pour Nicolas Jutzet, vice-président des Jeunes PLR suisses, la «taxe Netflix» en cours d'élaboration à Berne est un doigt d'honneur fait aux consommateurs. Interview avec le fer de lance d'une offensive que s'apprêtent à lancer les jeunesses de droite et du centre.
09.06.2021, 06:0109.06.2021, 18:25
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Nous vous l'apprenions ce matin: le Conseil des Etats souhaite, sur la ligne du Conseil fédéral, forcer les plateformes comme Netflix à réinvestir 4% de leur chiffres d'affaire dans des films et séries helvétiques. Une absurdité, à en croire les Jeunes libéraux-radicaux (JLR) suisses, qui se désolidarisent de leurs aînés ayant voté pour cette «taxe Netflix».

Leur figure romande Nicolas Jutzet a appris ce matin à watson que sa jeunesse de parti souhaite bénéficier d’un poids politique plus solide en parlant d’une seule voix avec les autres jeunesses du centre et de droite. Jeunes vert-libéraux, jeunes PLR, jeunes PDC et jeunes UDC sont ainsi sur le point d'envoyer ensemble un communiqué et réfléchissent au lancement d'un référendum.

Vous vous apprêtez à lancer une offensive des jeunesses de droite et du centre contre ce que vous et d'autres appellent la «taxe Netflix». Pourquoi?
Nicolas Jutzet:
Cette politique de taxation des plateformes est une manière de faire du nationalisme culturel qui ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons de la consommation ni de ce qui doit se faire politiquement dans une société libre. C’est une façon d’imposer de manière coercitive ce que devraient faire des services en ligne comme Netflix. Or, nous souhaitons qu’ils continuent de proposer ce qui plaît aux consommateurs, pas aux politiciens.

La Loi sur le cinéma, dans laquelle est contenue cette taxe, prévoit également un quota de 30% de contenus européens dans les offres des plateformes en Suisse. Vous vous opposez aussi à cette disposition?
Oui. Imaginons ce que la présence obligatoire de 30% de séries et films européens dans nos catalogues signifierait. Faudra-t-il aussi qu'il y ait 30% de musiques européennes dans des services comme Spotify, Apple Music ou Deezer? On nage en plein délire. C'est le consommateur qui choisit.

C’est apparemment le libéral-radical zurichois Ruedi Noser qui a fait pencher la balance au Conseil des Etats. Souhaitez-vous vous distinguer de vos aînés?
On a déjà pu constater cette différence lors de la Loi sur les jeux d’argent. La fraction du PLR au parlement avait plutôt soutenu cette loi s’assimilant à du nationalisme des jeux en ligne, avec cette mesure absurde qui consiste à bloquer certains de ces sites. La base du parti avait ensuite plutôt soutenu les jeunes, qui trouvaient ça ridicule. J’ai l’impression que nous nous retrouvons aujourd’hui dans la même situation:

«Nous faisons face à une approche dépassée de la part de sénateurs PLR, que les jeunes du même parti ne partagent pas»

Comment expliquez-vous que le Conseil des Etats, plus à droite que le Conseil national, soit plus taxateur que ce dernier sur le dossier Netflix?
Peut-être que les représentants de milieux subventionnés tels que le lobby des films suisses ont mieux réussi à convaincre la chambre haute que la chambre basse. Aussi, le Conseil des Etats a un âge plus avancé et, potentiellement, une moins bonne connaissance de ce genre de marché en ligne.

Le Conseil national souhaite que cette taxe soit réduite à 1%, craignant qu'elle ne se répercute sur le prix des abos. Or, ça n'a pas été le cas dans les pays européens qui l'ont instaurée. Pourquoi la Suisse ferait-elle exception?
Cette discussion est intéressante. La «taxe Netflix» ne se répercutera peut-être pas directement sur les coûts pour les consommateurs, mais comme ces plateformes auront moins d'argent, cela se ressentira sur leur offre, qu'ils devront amoindrir, en plus de devoir y inclure des productions européennes. Ou alors, ce sont les employés de Netflix qui trinqueront. Du coup, si on résume:

«Quelqu'un devra payer. Et le consommateur le fera de toute façon, soit directement avec une augmentation des prix, soit indirectement avec une détérioration de l'offre»

La qualité ou du moins la diversité, ça ne passe que par le libre marché? Etes-vous indifférent à la culture suisse?
On subventionne déjà assez massivement le cinéma en Suisse. Ce secteur souhaite-t-il vraiment qu'on ajoute à ces subventions celle qui passe par une taxe des diffuseurs et un quota? Pas sûr que ce soit bon, même pour eux. Je n'ai pas une grande sympathie pour une industrie qui souhaite imposer sa production par des moyens coercitifs qui, visiblement, n'intéresse pas beaucoup les consommateurs suisses.

Vous n'en avez pas marre de protéger les gros acteurs? Certains diraient, jusque dans votre parti, que vous faites exprès de défendre l'indéfendable.
Je pense que Netflix a globalement une bonne image au sein de la population suisse. Nous ne défendons pas l'indéfendable, mais le consommateur, face à des minorités qui veulent changer ce fait basique que c'est le spectateur de Netflix qui choisit, face à son écran, ce qu'il souhaite regarder. Je pense notamment aux jeunes. Taxer Netflix ne va pas dans leur intérêt.

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