Un juge suisse pincé pour de faux timbres AliExpress: voici le verdict
«Je n'ai jamais eu l'intention d'importer de faux timbres pour affranchir mon courrier», s'est défendu le prévenu jeudi matin. Comme de nombreuses autres personnes en Suisse, il avait commandé des timbres sur la plateforme chinoise de commerce en ligne AliExpress.
Détail piquant: le prévenu est lui-même juge de district dans le canton d'Argovie. En août 2025, il aurait commandé 200 timbres sur cette plateforme pour 80,22 francs. Avec une valeur faciale de 1,20 franc par timbre, l'offre semblait particulièrement avantageuse. Mais la Poste suisse a intercepté la commande et déposé une plainte pénale.
Une passion peu commune à l'origine de la commande
L'homme a refusé de payer l'amende de 800 francs et les 500 francs de frais liés à l'ordonnance pénale et a donc fait opposition. Selon ses explications, il n'avait aucune mauvaise intention en commandant ces timbres. Sa démarche répondait à une tout autre motivation: il souhaitait enrichir sa collection. Passionné de philatélie depuis sa jeunesse, il possède quelque 250 albums de timbres et connaît parfaitement le domaine.
C'est un article de presse qui lui avait appris que le site chinois proposait des timbres à prix réduit. Dans cet article, un expert en philatélie affirmait que les timbres vendus sur AliExpress étaient «authentiques». Le prévenu voulait vérifier par lui-même s'ils l'étaient réellement. Il les avait donc commandés par «pur intérêt scientifique et philatélique»:
Il a précisé que certains philatélistes possédaient des «collections de faux», parfois proposées lors de ventes aux enchères. La collection de timbres contrefaits, identifiés par la lettre «F», constitue une branche particulière de la philatélie qui peut également rapporter beaucoup d'argent. «Cela n'a rien à voir avec une quelconque volonté de tromper», a-t-il insisté.
«Si la Poste ne les avait pas saisis et qu'ils s'étaient révélés être des contrefaçons par la suite, je les aurais directement apportés à l'une de ces ventes aux enchères», a poursuivi le prévenu. Il fréquente régulièrement des ventes où les philatélistes échangent leurs timbres. Des représentants chinois y participent aussi souvent.
L'avocat du prévenu a expliqué que, sur le marché, notamment lors de rencontres de collectionneurs en Allemagne, des timbres authentiques étaient souvent proposés à des prix nettement inférieurs à leur valeur de vente officielle. Il serait d'ailleurs toujours possible d'acheter de véritables timbres sur AliExpress. L'accusation selon laquelle son client aurait voulu tromper autrui était donc infondée, puisqu'il n'avait acheté ces timbres ni pour affranchir du courrier ni pour les revendre.
«Je n'ai rien à me reprocher. Un jugement erroné me décevrait beaucoup», a lancé le prévenu dans sa dernière prise de parole.
Et les arguments du collectionneur ont convaincu le président du tribunal, Björn Bastian. «Je vous crois. Puisque vous vous intéressez aux timbres depuis votre jeunesse, je crois aussi à cet intérêt particulier que vous leur portez», a-t-il déclaré avant de prononcer son acquittement. Selon le magistrat, transmettre des timbres entre collectionneurs sans les utiliser pour affranchir du courrier ne constitue pas une mise en circulation.
Les 200 timbres venus de Chine ne rejoindront toutefois pas la collection du juge. Le tribunal a ordonné leur confiscation et leur destruction, puisqu'il s'agit de contrefaçons. Le jugement n'est pas encore entré en force. (trad. hun)
