Cet élu veut sortir 5000 requérants du système d’asile suisse
Ils sont jeunes, sans perspectives, parfois tombés dans la délinquance. Sans aucune chance d’obtenir un droit de séjour, les requérants d’asile maghrébins suscitent colère et incompréhension au sein de la population. Et ils posent de sérieux défis aux autorités.
Celles-ci rejettent 98,5% des demandes déposées par des hommes originaires de Tunisie, d’Algérie, du Maroc et de Libye. Plusieurs mois s’écoulent pourtant avant qu’une décision négative ne soit rendue. Et ce, malgré l’introduction des procédures en 24 heures, appliquées dans toute la Suisse depuis un peu plus de deux ans.
Alors, que faire? Vincenzo Mascioli, secrétaire d’Etat et directeur du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), a récemment esquissé une piste: les personnes sans motif manifeste ne devraient même pas entrer dans le système d’asile. Pour cela, on doit instaurer une nouvelle procédure préalable.
5000 batailles perdues d'avance
Les conseiller aux Etats soleurois du Centre, Pirmin Bischof estime qu'il faut impérativement approfondir la question. Par le biais d'une initiative parlementaire, il veut pousser la Confédération à passer à l’action.
Lors des discussions autour de l’initiative dite des 10 millions, beaucoup lui ont confié rejeter le texte de l’UDC. «Mais elles voulaient aussi savoir ce que l'on compte faire maintenant».
Avec son texte, Bischof entend apporter une réponse. Car les requérants d’asile originaires du Maghreb ne constituent pas un groupe marginal ou négligeable. Comme le souligne Vincenzo Mascioli, ils représentent 20% de l’ensemble des demandes. Sur la base des prévisions de la Confédération pour 2026, cela correspond à environ 5000 dossiers par an.
Cette catégorie n'est pas la seule à solliciter indûment le système d’asile. C’est notamment le cas de personnes qui déposent une demande uniquement pour accéder au système de santé suisse. Les analyses du SEM ont montré qu’il s’agit exclusivement de ressortissants géorgiens gravement malades, parfois atteints de pathologies mettant leur vie en danger. Le Parlement a déjà chargé le Conseil fédéral d’examiner les moyens d’empêcher de tels abus.
Ni lit ni aide sociale
Selon la proposition désormais sur la table, un entretien avec le requérant permettrait un premier tri. Les personnes n'ayant manifestement pas leur place dans une procédure d’asile ne devraient ainsi plus pouvoir séjourner dans un centre fédéral pour requérants. En outre, selon la proposition de Bischof, elles ne bénéficieraient plus de l’aide sociale, mais uniquement de l’aide d’urgence.
L’idée a de quoi séduire. Mais Bischof a également conscience des difficultés qu’elle soulève. D’une part, les requérants disposent de droits qu'il faut aussi garantir dans le cadre d’une procédure préalable.
D’autre part, se pose la question de leur hébergement s’ils n'ont plus accès à un centre. Le Soleurois imagine des abris d’urgence ou des installations de protection civile. Or, ces structures relèvent de la responsabilité des cantons et des communes, qui risquent donc de s’opposer à une telle solution. Selon lui, celles-ci devraient être associées à la procédure dès le départ.
Le politicien du Centre en est toutefois convaincu: «La pression sur la Suisse diminuerait très rapidement», car les Nord-Africains entendraient vite parler de cette nouvelle situation, nettement moins attractive. Le nombre de personnes arrivant en Suisse reculerait alors fortement. «À l’inverse, la protection des individus réellement persécutés serait renforcée», affirme-t-il.
Le PLR veut des procédures accélérées à la frontière
Le PLR présente lui aussi une proposition pour alléger le système d’asile. Le parti a déposé cette semaine une intervention demandant également l’introduction d’une procédure préalable, mais directement à la frontière. On y renverrait ainsi les personnes sans besoin de protection manifeste.
Les libéraux-radicaux s’inspirent de l’Union européenne. La semaine dernière, le Pacte européen sur l’asile et la migration est justement entré en vigueur. Il réforme en profondeur le système et prévoit notamment des démarches accélérées aux frontières extérieures de l’UE pour les requérants provenant de pays dont le taux de protection est inférieur à 20%.
Pendant cette procédure, qui ne doit pas excéder trois mois, les personnes concernées vivent dans des centres d’accueil spécifiques. Des organisations de défense des droits humains - entre autres - critiquent cette refonte. Elles dénoncent des conditions assimilables à une détention.
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)
