Une décision de Parmelin fâche les vignerons: «Il nous a dupé!»
Pendant des années, les viticulteurs suisses ont pu compter sur un défenseur de marque en la personne de Guy Parmelin. Le ministre de l’Economie ne manquait guère une occasion de faire la promotion du chasselas ou du pinot noir. Après tout, il a lui-même appris le métier de vigneron. «J’aimerais que les gens boivent davantage», assurait-il l’an dernier lors d’un débat au Parlement. Du vin suisse, bien sûr.
Mais peu avant son départ, une décision du conseiller fédéral UDC suscite désormais incompréhension et mécontentement parmi les viticulteurs. Jeudi, à la veille de l’annonce de son retrait, Guy Parmelin a convié les représentants de la branche viticole à une réunion. A l’ordre du jour: les mesures destinées à soutenir un secteur en crise.
Parmelin abandonne le projet présenté
Ce que le conseiller fédéral a annoncé aux participants vers la fin de la réunion a pris tout le monde de court. Il abandonne le projet présenté au printemps dernier. Celui-ci prévoyait que seuls les acteurs achetant et transformant également des raisins suisses puissent encore importer du vin étranger à bas prix. Les négociants qui ne vinifient pas de vin suisse auraient à l’avenir dû acheter des contingents d’importation aux producteurs.
Une mesure dont les viticulteurs auraient profité, mais qui avait fait bondir les négociants en vin. Ceux-ci avaient combattu le projet en s’appuyant sur une expertise juridique. Corinne Fischer, de l’Association suisse du commerce des vins, était critique:
La résistance a manifestement porté ses fruits. Guy Parmelin a désormais présenté une nouvelle approche. A l’avenir, les droits d’importation de vin étranger devraient être mis aux enchères. Une solution qui ne rapporte rien aux viticulteurs suisses.
Les vignerons suisses se sentent dupés par Parmelin
Pour l’heure, les négociants en vin ne souhaitent pas s’exprimer sur cette nouvelle donne. Ils veulent d’abord prendre le temps de l’analyser. La réaction des viticulteurs, elle, ne s’est pas fait attendre. Le jour même de l’annonce du départ de Guy Parmelin, l’Association des vignerons-encaveurs indépendants a diffusé un communiqué particulièrement virulent. Son titre: «Guy Parmelin a dupé les vignerons!» D’autres organisations viticoles se sont également dites consternées dans un communiqué commun.
La proposition actuelle est «absurde», estime Philipp Matthias Bregy, président du Centre et de l’organisation faîtière Vignes et vins suisses. Aujourd’hui, le contingent permettant d’importer du vin à un droit de douane réduit est en effet loin d’être entièrement utilisé. Sa mise aux enchères ne rapportera donc pas grand-chose, selon Philipp Matthias Bregy.
Du côté des producteurs, la déception domine face au recul de Guy Parmelin. Ils lui reprochent de ne pas avoir profité de son départ pour obtenir une dernière avancée en faveur de «ses» vignerons. Guy Parmelin a toutefois déjà montré par le passé, notamment sur les questions commerciales, qu’il ne pratiquait pas une politique au service d’une clientèle particulière. Il a ainsi fait avancer les accords de libre-échange malgré l’opposition des agriculteurs – et des viticulteurs –, dernièrement avec les Etats sud-américains du Mercosur.
Le conseiller fédéral UDC s’était également opposé à l’augmentation des moyens consacrés à la promotion des ventes de vin suisse, finalement adoptée par le Parlement. L’an dernier, celui-ci a en outre accordé une enveloppe supplémentaire de dix millions de francs pour soutenir les viticulteurs. Ces derniers peuvent demander des aides, notamment pour arracher des surfaces de vigne et ainsi adapter l’offre à une demande en baisse.
La Suisse serait inondée de vin étranger bon marché
Mais sur ces dix millions prévus pour l’année en cours, seuls 1,1 million de francs avaient été accordés à la mi-septembre, affirme Philipp Matthias Bregy. «Les critères sont beaucoup trop compliqués», critique-t-il. Il demande désormais leur adaptation par le biais d’une intervention parlementaire.
La Confédération doit en outre trouver une solution «pour que la Suisse ne continue pas à être inondée de vin étranger bon marché», réclame l’élu valaisan du Centre. Il envisage l’introduction d’un prix-seuil pour les importations de vin étranger. Un tel mécanisme est déjà prévu dans la loi sur l’agriculture.
Ces revendications, tout comme la mise en œuvre du nouveau régime d’importation du vin envisagé par Guy Parmelin, devront bientôt être traitées par la personne qui lui succédera. Le Vaudois pourra, lui, continuer à promouvoir les ventes de vin suisse à titre privé. Verre après verre. (trad. hun)
