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Fillettes voilées: révélations sur le visuel scolaire genevois

Le visuel controversé, avec deux petites filles voilées.
Le visuel controversé, avec deux petites filles voilées.image: dr

Fillettes voilées: révélations sur un visuel scolaire genevois controversé

Comment un visuel avec des fillettes voilées s’est-il retrouvé dans un enseignement d'une école primaire genevoise? D’où vient-il? Qui l'a créé? watson a mené l'enquête.
08.12.2022, 05:5708.12.2022, 11:28
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Une semaine après nos révélations, ce visuel scolaire montrant deux fillettes voilées continue d’interpeller le Département de l’instruction publique (DIP) du canton de Genève. Qui demande aux enseignants de faire preuve d’une «extrême vigilance» lorsqu’ils puisent des images sur Internet pour les intégrer à leurs cours, a appris watson.

Lettre à la cheffe de l'Instruction publique

Le 30 novembre, nous écrivions qu’une image comportant un groupe d’enfants, dont deux petites filles coiffées d’un hijab, le voile musulman, avait été diffusée comme support pédagogique à l’apprentissage de la lecture, dans une classe d’une école primaire genevoise. Jugeant la représentation de fillettes voilées contraire à l’«égalité hommes-femmes», la mère d’un des élèves ayant reçu l’image adressait un courrier indigné à la cheffe du DIP, la socialiste Anne Emery-Torracinta.

Envoyée le 7 novembre, sa lettre obtenait une réponse le 28, le DIP donnant raison à la mère. Dans la foulée, le visuel litigieux était retiré du support pédagogique évoqué plus haut.

Des trous dans la raquette laïque genevoise

Ce que le DIP qualifie de «non-événement» tout en le prenant au sérieux, fait apparaître des trous dans la raquette laïque genevoise. Tous dans le monde enseignant ne semblent pas apprécier de la même manière ce visuel, en apparence bon enfant. Si le secrétaire général-adjoint du DIP, Nicolas Tavaglione, le considère «contraire à tous nos principes», en premier lieu à la loi genevoise sur la laïcité qui proscrit «tout prosélytisme» dans les services publics, des enseignants n’en font pas la même lecture, comme nous avons pu nous en apercevoir.

Comment ce visuel s’est-il retrouvé dans un enseignement public?

Un montage

D’abord, cette image est un montage, réalisé à partir de vignettes indépendantes les unes des autres, appelées vectoriels. Tout ou partie des vignettes constituant ce montage a été prélevé sur le site freepik.com, une banque d’images.

Par ailleurs, on retrouve les deux fillettes voilées sur un site musulman francophone destiné à des parents. Elles y illustrent un livret d’apprentissage d'hadiths, des propos attribués au prophète Mahomet. La couverture de leur manuel contient le dessin d’une mosquée qui n’apparaît toutefois pas sur le visuel distribué dans la classe genevoise.👇

Sur le site en question.
Sur le site en question.

Docteure en sociologie, auteure du «Dictionnaire des islamismes» (éditions du Cerf), Amélie Chelly affirme que «les images de ce site reprennent les codes du salafo-frérisme, avec, ici, une hyper-sexualisation de la religion musulmane des enfants, le voile étant associé à la pudeur de la femme».

«Cela n'a pas sa place dans un environnement laïque»
Amélie Chelly

Retiré d'un blog romand

Avant d’être distribué (puis retiré) dans la classe d’une école genevoise, le visuel controversé illustrait une page d’un blog tenu par une enseignante romande, employée dans un canton qui n’est pas celui de Genève. Nous l’avons contactée en début de semaine, lui faisant observer que la représentation de fillettes voilées pouvait heurter des musulmans, en particulier des musulmanes pour qui le voilement des petites filles est une forme de maltraitance.

L’enseignante, dont tout le travail paraît attester d’un véritable sacerdoce, sans connotation religieuse, au service de ses élèves, nous a répondu: «Je n’avais pas pensé qu’une illustration comme celle-ci pouvait choquer. Pour moi, elle représentait la diversité des enfants dans une classe. Mais si cela pose problème, je vais la retirer.» Elle a ensuite supprimé la page en question.

En premier sur Google images

Mais qui a fait ce montage? Pourquoi y avoir représenté deux fillettes voilées, en compagnie d’autres enfants en tenues décontractées? Pour banaliser le voile dès l’enfance? Seule certitude, ce visuel sort parmi les premières images lorsqu’on tape «enfants qui lisent» sur la barre de recherche de Google. D’où la mise en garde du DIP aux enseignants genevois, relative à l’usage d’Internet.

Crainte d'être taxé d'islamophobe?

Faire attention, donc. Mais on peut se demander comment des enseignants, qui devraient comprendre les enjeux du voilement dès la petite enfance, qui certainement désapprouvent la politique envers les femmes dans un pays comme l’Afghanistan, n’aient «pas vu où est le problème».

Une source au sein du DIP l’affirme: «Voiler les fillettes relève d’une conception fondamentaliste de la religion.» La crainte d’être taxé d’islamophobe, là où il n’y a pourtant aucune raison de le redouter, pousserait-elle à n'envisager l'islam que sous sa plus stricte orthopraxie (la ritualisation des moindres gestes du quotidien)?

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