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Reportage

A La Neuveville, au bord du lac de Bienne, l'été est foutu

La terrasse du restaurant La Plage. La Neuveville, 20 juillet 2021.
La terrasse du restaurant La Plage. La Neuveville, 20 juillet 2021. image: watson
A La Neuveville, dans le Jura bernois, le restaurant de la plage, le camping, la buvette du débarcadère sont fermés. Tout un littoral va rester impraticable un bon mois encore. La faute aux inondations et à une décrue qui s'annonce très lente. Trop lente.
21.07.2021, 11:3021.07.2021, 14:57

A La Neuveville, au bord du lac de Bienne, à la limite méridionale du Jura bernois, le restaurant «La Plage» est fermé «jusqu’à nouvel ordre». Et avec lui, la plage proprement dite, de même que le camping. D’habitude, en cette saison, ça rit, ça crie, ça chiale. Et ça consomme. Beaucoup. Glaces, entrecôte-frites et Cie. Ce lundi, sous le soleil revenu, le calme règne. Une insulte aux vacances d’été. Un doigt d’honneur au chiffre d’affaires.

Fatmir Gutaj, le gérant du restaurant et du camping de La Plage.
Fatmir Gutaj, le gérant du restaurant et du camping de La Plage. image: watson

Fatmir Gutaj, le gérant de cet ensemble balnéaire submergé par la flotte, estime la perte à 200 000 francs. Par mois. Les comptes ne sont pas bons: une moitié de juillet fichue, pas de retour à la normale aquatique avant trois semaines. La décrue dure longtemps: deux centimètres entre dimanche et lundi. Le lac de Bienne est monté d’un mètre et demi en pas même soixante jours. Les derniers vingt centimètres de crue étaient vraiment de trop.

«On a eu le Covid, maintenant les inondations…»

Les assurances amortiront le manque à gagner de Fatmir Gutaj. Celles de la mairie, le propriétaire, épongeront le reste. Ce n’est pas une raison: «On a eu le Covid, maintenant les inondations…», soupire le gérant, chaussé de bottes. Son téléphone sonne. «On est fermé jusqu’à fin août», dit-il en allemand, la mine désolée. «C’est une dame. Elle voulait savoir si le camping était ouvert.»

Stefan dans le camping.
Stefan dans le camping. image: watson

Stefan le Bernois et Simon le Bâlois ont, ma foi, bon moral. Dans le camping envahi d’eau tiède jusqu’au genou des caravanes, où pas âme ne vit, ils font figures d’intrus. Simon s’apprête à regagner sa tanière à bord d’un canot, où deux enfants ont pris place. Stefan, en maillot de bain, rejoint la sienne à pied. Il y vient les week-ends. Sa caravane est restée habitable. Commodités absentes: les toilettes du camping sont condamnées, l’électricité a été coupée. Privés de baignade dans le lac, les deux fils de Stefan ont filé à la piscine du Landeron. Au moins une heureuse.

Le long du Chemin des Marnins.
Le long du Chemin des Marnins.

Des Marnins, à l’est, jusqu’au-delà du camping, à l’ouest, une bande de terre, par moment large d’une vingtaine de mètres, pour partie longeant le vignoble, est impropre aux loisirs estivaux et synonyme de dégâts immobiliers.

Saint-Joux désert

Chemin des Marnins, de charmantes habitations, dédiées à la villégiature et provisoirement délaissées par leurs propriétaires, goûtent au régime lacustre. La base de loisirs de Saint-Joux est quasi déserte. En retrait de la rive, des enfants jouent aux grands sur le pumptrack, une sorte de skate-park. Un kitesurfeur s’exerce au maniement de sa voile, talons calés dans le terrain de foot. Miguel, environ 25 ans, est venu faire une séance de yoga matinale. Il trouve du positif à la situation: «Normalement, je fais mon yoga ailleurs. Sauf qu'ailleurs, c’est impraticable. Je suis obligé de changer mes habitudes, ce n’est pas plus mal», dit-il avec le sourire.

Le coin grillades à Saint-Joux.
Le coin grillades à Saint-Joux.image: watson

Alexandre, 36 ans, bronze seul au milieu de la grande pelouse vallonnée de Saint-Joux, qui n’a jamais été aussi verte un 20 juillet. La baignade est interdite. «C’est à cause d’individus qui sautent dans l’eau n'importe où, alors qu’on pourrait se baigner en faisant attention», maugrée-t-il. Décolleteur dans une entreprise d’horlogerie de La Neuveville, Alexandre est actuellement en vacances. Il avait prévu de partir en Catalogne avec sa compagne, mais il redoute d’être bloqué au retour par une quarantaine. «Cette année, dit-il, on va bouger en Suisse, faire un peu de montagne.»

La buvette du débarcadère.
La buvette du débarcadère. image: watson

Frères humains

La buvette du débarcadère, une paillotte installée à demeure, faisant location de paddles et de barques à moteur, est sinistrée. A la gare, les trains pour Neuchâtel se prennent exceptionnellement voie 1. Le passage sous-terrain qui mène à la voie 2 a une allure d'égouts.

Passage sous les voies de chemin de fer, menant au lac.
Passage sous les voies de chemin de fer, menant au lac.image: watson

Ces humains, assis sur des bancs face au lac, sont pensifs comme des personnages de tableaux. Des bateaux flottant à hauteur de quai, des cygnes palmant gracieusement sur l'herbe, c’est tellement inhabituel.

A La Neuveville, en attendant le retour à la normale

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Après les intempéries, la vie «normale» reprend à la Neuveville (BE)
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