Quasi-collisions et menace russe: que se passe-t-il dans le ciel suisse?
L’espace aérien au-dessus de la Suisse est considéré comme l’un des plus fréquentés d’Europe. Le nombre de passagers transportés par avion augmente d’année en année, tandis que celui des drones et des pilotes de loisirs progresse lui aussi. C’est ce que montre la statistique de l’Office fédéral de l’aviation civile (Ofac) concernant les incidents dans l’aviation. Dans pratiquement toutes les catégories, l’office a enregistré davantage de signalements en 2025 que l’année précédente.
Dans l’aviation commerciale et de loisirs, 14 972 incidents ont été signalés, soit environ 7% de plus, selon un communiqué publié lundi 1er juin. L’Ofac a recensé davantage d’éraflures sur les avions et davantage d’erreurs de roulage au sol de la part des pilotes, plus d’avions mal chargés, plus de quasi-collisions en vol, plus de violations de l’espace aérien, davantage de conflits entre avions, hélicoptères et drones, plus de perturbations GPS, mais aussi davantage de passagers insultants ou violents.
Concernant ces «passagers turbulents», une hausse de 17% a même été observée l’an dernier, comme l’a rapporté CH Media, éditeur de watson. Plus de 2000 passagers ont insulté, menacé ou semé le désordre à bord de vols opérés par des compagnies aériennes suisses.
Davantage d’incidents parce que davantage de signalements
La seule baisse concerne les attaques au laser et les incidents liés aux opérations effectuées avec des hélicoptères. Point positif toutefois: en 2025, aucun décès n’a été enregistré dans l’aviation commerciale suisse, que ce soit parmi le personnel au sol d’aéroports comme Zurich ou Genève, ou au sein de compagnies telles que Swiss. Dans l’aviation de loisirs, quatre accidents ont causé six morts. Un autre décès est également à déplorer à la suite d’un accident d’hélicoptère.
Selon l’Ofac, le nombre de signalements d’incidents augmente déjà depuis 2019. Cela peut sembler préoccupant, mais ce n’est pas nécessairement le cas. L’une des principales explications avancées par l’autorité est l’amélioration de la culture du signalement: les acteurs impliqués dans des incidents les déclarent davantage. Peu de secteurs dépendent autant de ces signalements que l’aviation. Toute sa culture de sécurité repose sur le fait que les événements critiques soient connus, que les bonnes conclusions en soient tirées et qu’ils puissent ainsi être évités à l’avenir.
La Russie perturbe-t-elle les signaux GPS?
Parmi les autres causes de l’augmentation des incidents, l’Offac cite la croissance du trafic aérien commercial ainsi que «la multiplication des régions en conflit où les signaux GPS des avions sont perturbés à grande échelle», comme le précise l’office.
Cette formulation est extrêmement diplomatique au regard des causes présumées. Ces derniers mois, des perturbations de la navigation GPS dans le trafic aérien ont été signalées à plusieurs reprises en Europe. Outre des pilotes, l’organisme allemand de contrôle aérien a lui aussi fait état de plusieurs cas. De nombreux experts en sécurité soupçonnent la Russie d’être à l’origine de ces perturbations.
La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a qualifié ces agissements d’«attaque hybride» de la Russie dans une déclaration à la chaîne NDR. De son côté, l’expert en sécurité Nico Lange estime que la Russie cherche délibérément à manipuler la situation. Pour lui, ces perturbations relèvent «très clairement du domaine de la guerre». Elles pourraient être davantage qu’une simple provocation, ajoute-t-il. Elles pourraient indiquer que la Russie réfléchit à des opérations militaires dans la région de la mer Baltique, particulièrement touchée par ce type d’actions.
Selon NDR, des fournisseurs spécialisés dans l’analyse de données sont capables de localiser les zones où se produisent les perturbations GPS. En Europe, la mer Baltique constitue ainsi un point chaud. Des chercheurs d’une université polonaise auraient également localisé une importante installation de brouillage dans l’enclave russe de Kaliningrad. Désormais, ces actions apparaissent aussi dans les statistiques d’une autorité suisse. (trad. hun)
