Sauvetage épique au cœur de Lausanne
C’est l’histoire la plus suisse que vous lirez aujourd’hui. Voici comment la rue de Bourg a été bloquée pour sauver la vie d'un oiseau.
On rembobine.
Jeudi matin, Lausanne. Un pigeon piégé dans un filet nous accueille à l'heure du premier café. L'animal est coincé sur le dos, la tête presque en bas, à environ 15 mètres du sol, au milieu d'un immense filet tendu entre plusieurs immeubles au-dessus d'une cour intérieure. La bête est là depuis au moins la veille au soir.
Une seule certitude: il faut aider ce volatile en souffrance, qui vient de passer une nuit sous la pluie et dans le froid.
Voyez plutôt:
Un premier contact avec le garde-faune
Premier réflexe: appeler la SPA. On nous transmet le numéro d'un garde-faune, qui nous explique que ce genre de situation arrive régulièrement. Au vu de ce qu'on lui décrit, il ne peut malheureusement pas intervenir, car il n'est pas équipé pour. Son conseil? Contacter la régie, qui pourra faire appel à l'entreprise ayant installé les filets, et le rappeler si nous n'avons pas de nouvelles.
Entre-temps, les collègues arrivent au compte-gouttes. Tous s'émeuvent du sort du pigeon. Certains se jettent sur leur clavier pour chercher des solutions. Nous apprenons notamment que le pigeon est un oiseau particulièrement résistant. Au moins ça. Il pourrait survivre quelques jours coincé là-haut.
Au bout du fil, la gérance nous assure qu'elle va faire le nécessaire et nous demande d'envoyer des photos. D'autres voisins l'ont d'ailleurs également contactée pour l'informer de la situation.
Les heures avancent... et rien ne bouge!
La matinée avance. Dans la cour intérieure, le volatile remue de temps à autre la tête, grotesquement suspendu dans une position qui n'a rien de naturel. A chaque passage devant la fenêtre, nous retrouvons la même triste scène: un animal empêtré dans les mailles, exposé au vent. Par moments, il gigote un peu et déploie même ses ailes pour essayer de s'envoler. En vain.
A l'approche de midi, nous reprenons contact avec la régie. Pas de nouvelles de l'entreprise, nous répond-on, mais la personne au téléphone nous assure qu'elle va essayer de faire avancer les choses.
La pause de midi passe. Entre un sandwich et un café, les regards se tournent automatiquement vers la fenêtre de la cafétéria. A ce stade, nous n'osons plus vraiment regarder. Le pigeon est toujours là. Il est vivant. Nous avons fait ce qu'il fallait. Quelqu'un va forcément finir par venir mettre un terme à son calvaire.
Mais l'après-midi file. Et nous n'avons toujours pas de nouvelles.
Composer le 118
Vers 15h30, le verdict tombe: l'entreprise qui a installé le filet est débordée et ne pourra probablement pas venir avant le lendemain. L'oiseau devra passer une nouvelle nuit dehors, dans le froid. De la pluie est annoncée dans la matinée.
Nous rappelons alors le garde-faune, qui ne peut malheureusement pas intervenir, car il se trouve actuellement une «situation délicate». Comprendre: en intervention. Allons-nous vraiment devoir regarder cette pauvre bête se débattre jusqu'à la mort?
Avant même d'avoir raccroché, une collègue décide de contacter les pompiers. Elle leur décrit la situation. Ils envoient quelqu'un.
Mission impossible
Quatre pompiers débarquent dans la rédaction. Très vite, depuis la fenêtre de la cafétéria, ils comprennent que l'opération sera compliquée. Impossible d'envoyer une personne sur le filet: il ne supporterait pas son poids. De plus, l'oiseau est coincé au milieu d'une cour intérieure. Un véhicule ne peut donc pas entrer.
Que faire?
Les sauveteurs décident de prendre de la hauteur. Ils grimpent sur le toit, observent la situation, puis redescendent avec une première proposition: couper le filet pour libérer l'animal. Mais ils ne veulent pas prendre la responsabilité des dégâts.
Nouveau coup de fil à la gérance. Peut-on couper le filet? La réponse est sans appel: c'est hors de question. Le dispositif coûte 30 000 francs et concerne plusieurs propriétaires. L'information est transmise aux pompiers, qui décident de chercher une autre solution.
Camion-nacelle et rue bloquée
«Un camion-nacelle va arriver dans une dizaine de minutes», nous disent-ils. Ils ne peuvent toutefois pas activer les gyrophares. Il faudra donc être patient. L'engin déboule aux alentours de 17h. La rue de Bourg est bouclée et de nombreux passants curieux se demandent ce qu'il se trame. Ni une ni deux, la nacelle est déployée.
Elle n'arrivera toutefois pas à atteindre l'animal, car les bâtiments font obstacle. Certains pompiers, équipés de harnais, remontent alors sur le toit. Ils discutent et se préparent manifestement à une nouvelle manœuvre.
Installer une tyrolienne
«Combien de mètres de corde as-tu? 50?», lance un sauveteur à l'un de ses collègues. Vous l'aurez deviné: ils sont sur le point de tendre une corde entre deux immeubles, au-dessus du vide, pour aller attraper l'animal.
Les préparatifs prennent un peu de temps. Toutes les précautions sont prises. Depuis les fenêtres de la rédaction, nous sommes impressionnés et stupéfaits de ce qui se déroule sous nos yeux. En face, d'autres voisins observent aussi l'opération, smartphones en main.
Puis, enfin, un homme s'élance prudemment dans le vide. Suspendu à plusieurs mètres du sol, il progresse jusqu'au pigeon en glissant petit à petit le long de la corde.
L'oiseau est sain et sauf
En le voyant approcher, l'animal se débat de plus belle. Mais une fois saisi délicatement par le pompier, il semble se calmer. Avec précaution, le sauveteur entreprend de le dégager des mailles dans lesquelles il est empêtré. A mains nues, sans couper le moindre fil d'un filet qui présentait pourtant déjà plusieurs trous, il parvient à libérer l'animal. Sous les applaudissements des voisins, tous deux remontent gentiment sur le toit.
L'oiseau est déposé dans une cage et ramené en lieux sûrs. Il est exténué, mais ne semble pas blessé. Il sera amené au centre de soins pour faune sauvage Erminea.
Encore plus d'images du sauvetage:
Il est 18h30. Trois pompiers traversent une dernière fois les couloirs de la rédaction. A la question de savoir si ce déploiement de moyens était raisonnable pour un volatile, l'un d’eux sourit:
Vendredi matin, nous apprenions auprès d'Erminea que le pigeon «n'as pas de fracture, qu'il a picoré et va s'en sortir». (ag, aba, jah, jc, svp)
