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Témoignage watson

«C'est frustrant de ne pas pouvoir donner son sang en Suisse»

Témoignage watson

«C'est frustrant de ne pas pouvoir donner son sang»

Les hommes gays ou bisexuels ne sont pas soumis aux mêmes conditions lorsqu'il s'agit de donner leur sang. «Une discrimination qui ne fait plus sens» pour beaucoup de personnes, dont Gaé Colussi de l'organisation Pink Cross.
04.05.2023, 18:3805.05.2023, 14:28
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Actuellement en Suisse, si un homme change de partenaire sexuelle au cours des 4 derniers mois, il ne peut pas donner son sang. Les hommes gays ou bisexuels en revanche sont obligés d'être abstinents pendant 12 mois, et ce même s'ils sont dans une relation exclusive. Un traitement différent selon l'orientation sexuelle – et non selon les comportements à risques – qui pour beaucoup ne se comprend plus.

En début d'année, un changement a été réclamé auprès des instances compétentes. Ce mercredi, le Conseil national a décidé à l'unanimité de supprimer cette discrimination. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer. Pink Cross, l'organisation faîtière des hommes gays et bisexuels, salue «cette prise de position claire».

L'héritage des années Sida

Pour Gaé Colussi, responsable Suisse romande de Pink Cross, il n'y a plus aucune raison qui puisse encore justifier cette exclusion.

«Je n'ai jamais donné mon sang parce que je sais que je ne remplis pas les critères. C’est vraiment frustrant de ne pas pouvoir faire un acte désintéressé, de participer à la société civile»
Gaé Colussi, responsable Suisse romande de Pink Cross.
Gaé Colussi, responsable Suisse romande de Pink Cross.pink cross

Iel (réd: iel est un pronom neutre) revient sur cette différence de traitement, et rappelle qu'avant 2017, tous les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes étaient complètement exclus du don de sang en raison du scandale du «sang contaminé» qui a éclaté dans les années 1980 dans plusieurs pays. A l'époque, en effet, des infections au VIH ou à l'hépatite C avaient touché des patients hospitalisés ou des hémophiles à la suite de transfusions.

«Ces événements ont laissé une trace. Cela a entrainé une vision stéréotypée qui reste encore ancrée, selon laquelle tous les hommes qui ont eu – ou ont – des relations sexuelles avec des hommes constituent un risque»
Gaé Colussi, responsable Suisse romande de Pink Cross.

Pourtant, comme Gaé Colussi le souligne, de nombreux pays, en Europe notamment, ont depuis longtemps aboli ces critères. «Nous savons que le sang est analysé avant la transfusion, ce qui prévient tout incident. Les tests scientifiques l'ont depuis longtemps prouvé». Et d'ajouter: «Aujourd'hui, les moyens de dépistage sont de plus en plus efficaces et les taux d’infection au VIH sont globalement en recul. Ces discriminations ne font plus sens.»

Un effet «pervers» s'observe

Gaé Colussi soulève aussi l'ironie de la situation, considérant qu'en Suisse, il existe une pénurie de donneurs. Selon ses dires, les autorités sanitaires aggravent encore la situation.

De plus, face à ces différences de traitement, un effet «pervers» s'observe, d'après Gaé Colussi, qui cite des études démontrant que ces critères excluants poussent certaines personnes à mentir sur leur abstinence afin de pouvoir tout de même réaliser un don de sang, parfois en ayant eu des pratiques sexuelles à risques. Iel dénonce ces critères «mal ajustés, qui diminuent la sécurité» et espère que Swissmedic prendra également en compte ce facteur au moment de prendre sa décision.

«Depuis 2017, les choses avancent lentement en Suisse. Notre pays est extrêmement précautionneux et suit avec un retard considérable les évolutions des pays voisins. Je ne peux cependant qu'espérer donner mon sang prochainement, si la variante non discriminante est retenue par les autorités compétentes»
Gaé Colussi, responsable Suisse romande de Pink Cross.

L'égalité dans le don de sang

Outre le Conseil national et le Conseil des Etats, Swissmedic doit également rendre une décision d'ici fin juin 2023 sur la suppression de ces discriminations.

En début d'année en effet, Transfusion CRS Suisse – en charge de l'approvisionnement en sang dans le pays – a fait deux propositions à l'autorité d'autorisation et de surveillance des produits thérapeutiques.

La première propose l'abstinence pendant 4 mois, mais reste toutefois une discrimination «inutile» selon Pink Cross. La seconde souhaiterait que les mêmes critères s'appliquent à toutes les personnes, peu importe l'orientation sexuelle.

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