Sébastien Koller, le maire de Courtételle, dans le district de Delémont, avait reçu en juillet un courrier du géant jaune qui l’avait rendu méfiant. Depuis, plus rien. Ce jeudi matin, en découvrant la «une» du Quotidien Jurassien, posée en évidence sur son bureau, il a pris la nouvelle de plein fouet. Sur les dix-sept offices postaux encore en activité dans le canton du Jura, celui de Courtételle fait partie des huit appelés à fermer leurs portes.
Agé de 41 ans, père de trois jeunes enfants, Sébastien Koller, chef de vente dans une assurance, son emploi à la ville, s’en remet à présent aux Chambres fédérales. Une motion, pour l’heure votée par le seul Conseil national, demande à La Poste de fournir des «éclaircissements» sur sa conception du service public. «Même si elle jouit d’une autonomie de fonctionnement, La Poste n’osera pas mettre en œuvre son plan de fermetures sans savoir ce que le Parlement en pense», espère Sébastien Koller.
«Ah bah m…», réagit Renée, affligée, qui ne savait pas, pour la poste de Courtételle. Elle tient le magasin de fleurs situé en face.
Nicole, une cliente réglant son achat à la fleuriste, un bel arrangement piqué dans une coque de courge, s’emporte un peu:
Dans cette partie de la vallée de Delémont, la poste de Courtételle est la dernière encore ouverte. Aux alentours, à Châtillon, Rossemaison, Courfaivre et Develier, toutes ont fermé. Celle de Courrendlin fait figure de rescapée et échappera à la prochaine charrette.
Philippe Maître est le directeur d’Horia, une entreprise de mécanique de précision installée à Courtételle. Il est venu relever le courrier à la case postale de sa société. Ce patron est attaché à la notion de «service public».
Guy, qui habite le village voisin de Châtillon, est un retraité de chez Swisscom. Il est venu poster une lettre. Comme toutes les personnes interrogées ce jour-là devant l’office postal de Courtételle, il s’est déplacé en voiture. «Je ne comprends pas pourquoi ils veulent fermer des postes», dit-il, un brin dépité.
La Poste promet qu’il n’y aura pas de licenciements. Quant aux activités postales des bureaux touchés par le plan de fermetures, elles seront transférées dans des épiceries ou petits commerces, comme cela se fait ailleurs déjà. Entre autres à Courfaivre, prochain village après Courtételle en direction de Porrentruy et de Delle en France. C'est la boulangerie qui s'en charge. «Mais il y a des marches, les personnes à mobilité réduite ne peuvent pas les franchir», constate une employée de La Poste. Qui note encore:
Muriel, gardienne d’enfants à domicile, est de passage à la poste de Courtételle. A Develier, son village de résidence, non seulement, il n’y a plus de poste, mais plus d’agence Raiffeisen non plus, autrement dit, nulle part où retirer de l'argent. A Courtételle, il reste une banque, une Raiffeisen, mais elle n'est pas ouverte à toutes les heures de bureau et le distributeur est fermé la nuit.
Les réactions sont unanimes à Courtételle pour déplorer la fermeture annoncée du bureau de poste. Bien sûr, beaucoup aujourd'hui règlent leurs paiements par Internet et envoient des e-mails ou sms à la place de lettres cachetées. Mais tout ne se réduit pas à cela. «Ce n’est pas une question politique gauche-droite, c’est la vie de toute la commune qui est affectée par la disparition d'un bureau de poste», observe le maire Sébastien Koller, du parti du Centre, élu en 2023, succédant à une socialiste.
Le week-end dernier, Courtételle était en fête, la fête annuelle du village. Le monde était au rendez-vous.
Le canton du Jura compte cinquante communes. Demain, seulement neuf d'entre elles, dix en comptant Moutier qui sera jurassienne en 2026, auront un vrai bureau de poste. Dans toute la Suisse, 170 offices postaux devraient être supprimés d'ici à 2028. Il n'en resterait plus alors que 600.