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témoignage

Quel Noël pour les soignants? «Chaque jour, on se demande si on sera assez»

Confronté à une augmentation massive de cas de Covid-19 et une hausse des hospitalisations, le personnel soignant travaille à un rythme effréné. Nous leur avons demandé comment se passaient les fêtes de fin d'année pour eux.
25.12.2021, 08:0425.12.2021, 21:55
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«Bonjour, docteur, je souhaiterais savoir comment va votre équipe en cette fin d'année?». Loin d'imaginer des soignants lancer des cotillons ou danser gaiement durant le réveillon, watson leur a demandé comment ils vivaient cette fin d'année et s'ils pouvaient s'accorder une pause entre Noël et Nouvel An.

Un travail intensif

«On a le personnel qu'il faut, mais c'est très tendu en ce moment»

C'est en ces termes prudents que débute notre conversation avec Jérôme Pugin, chef des soins intensifs des HUG. Lundi 20 décembre, son service qui a une capacité habituel de 30 lits comptait 19 patients positifs au Covid et 17 négatifs, soit 6 lits de plus que la normale.

«Pour soigner les patients Covid en surnombre, on a dû augmenter la charge de malades par infirmières. Désormais, elles devront prendre en charge deux malades au lieu d'un seul.»
Jerôme Pugin, chef des soins intensifs HUG

Même constat du côté des hôpitaux du Nord vaudois qui précisent que des transferts de malades du Covid ont déjà été effectués vers d'autres hôpitaux depuis le début du mois de décembre. Ainsi la coordination romande des soins intensifs a dû être réactivée depuis plusieurs semaines selon l'hôpital d'Yverdon. C'est donc une fin d'année extrêmement tendue et chargée que vivent les soignants.

« Les équipes s'adaptent en permanence, on doit apprendre à de nouveaux collaborateurs à s'occuper de patients qui sont sous respirateurs par exemple. On est sans cesse en train de réagir aux événements et en parallèle, on forme du personnel intérimaire. On est à flux tendu depuis deux ans.»
Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains

Absences chroniques

Heures supplémentaires, fatigue, impression de ne pas voir le bout du tunnel, le personnel tient tant bien que mal. Ainsi pour Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains, le terme de lassitude n'est pas assez fort pour exprimer l'état d'épuisement en cette fin d'année.

«Les équipes sont sans cesse réorganisées, transférées d'une unité à l'autre selon les besoins. On doit aussi combler les absences pour cause de maladie»
Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains

Car les absences sont récurrentes lorsque l'on travaille dans un rythme aussi soutenu ponctué d'incertitudes sur les effectifs. Un membre du personnel soignant qui souhaite rester anonyme confirme:

«Tous les matins en venant travailler on se demande si on sera assez. Il y a toujours une ou deux personnes manquantes par équipe»
Soignant aux soins intensifs du CHUV

Le problème n'est toutefois pas nouveau, mais il a été accentué par la crise Covid. Selon le soignant du CHUV, les burnout sont nombreux et les maladies ponctuelles aussi. La fatigue et l'angoisse de ne pas «pouvoir tenir jusqu'à la fin de la journée» s'accumulent, créant un stress constant. Un problème relativement connu par le centre hospitalier vaudois, mais qui semble insoluble encore aujourd'hui.

«La direction nous a dit qu'elle allait engager du monde, mais il y a toujours des personnes qui démissionnent, car elles n'en peuvent plus»
Soignant au service des soins intensifs du CHUV

Maintien des congés (enfin presque)

À entendre les soignants, cette fin d'année 2021 ressemble cruellement à l'année passée, une différence notable doit cependant être relevée: le maintien des congés de Noël et Nouvel An. Une pause bienvenue dans cette période mouvementée. Alors que du côté des HUG les congés à Noël ou Nouvel an ont pu être maintenus grâce notamment à un renfort de personnel. L'hôpital Riviera Chablais, lui, fait preuve de pragmatisme.

«En effet, cette cinquième vague risquant de durer, voire de se compléter d’une éventuelle sixième vague liée au variant Omicron, nous devons pouvoir compter sur du personnel capable d’assumer la charge de travail dans la durée. Par conséquent, nous favorisons les repos planifiés de notre personnel.»
Hôpital Riviera-Chablais, Vaud-Valais

Des infirmières et médecins en congé pour éviter un épuisement physique et psychique, les établissements hospitaliers semblent avoir appris de l'expérience de 2020. Saluant le maintien des congés et autres vacances, notre soignant du CHUV souligne toutefois avoir reçu une demande de disponibilités (sur la base du volontariat) de la part de sa hiérarchie.

«On vient de recevoir un mail pour nous dire qu'il y a un manque de personnel pour travailler pendant les fêtes. Ils demandent si on veut bien revenir travailler»
Soignant du CHUV

Pris entre deux feux

Mais qu'est-ce qui a fondamentalement changé cette année dans le quotidien du personnel hospitalier ? Julien Ombiel, chef des urgences de l'hôpital d'Yverdon répond sans hésitation.

«Certains patients deviennent agressifs et on note une augmentation des violences verbales. C'est une véritable crise sociétale que l'on affronte»
Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains

Les soignants doivent aussi affronter certaines «aigreurs» envers les personnes non vaccinées qui sont hospitalisées aux soins intensifs. Selon Jérôme Pugin, ces ressentiments sont rares, mais avec le stress, il arrive qu'ils ressortent dans les conversations.

«Parfois on se dit que si ces patients avaient été vaccinés, ils ne seraient pas entre la vie et la mort»
Jerôme Pugin, chef des soins intensifs HUG

Pour Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à Yverdon, le personnel soignant n'a pas de ressentiment envers les personnes non-vaccinées.

«Quand un patient fait un infarctus et qu'il est fumeur, on ne le juge pas. On le soigne. On se comporte de la même manière avec les personnes non vaccinées»
Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains

Et d'ajouter que les infirmiers et médecins sont régulièrement pris à partie par les patients et leur entourage.

On a des reproches de tous les côtés. De la part des personnes vaccinées qui ne veulent pas qu'on soigne les non-vaccinés et des personnes non-vaccinées qui pensent qu'on leur ment sur nos chiffres hospitaliers. Ce qui est insupportable, c'est la polarisation des idées. Sur les réseaux, on dit qu'on ne soignera pas les personnes qui sont non-vaccinées. Vous imaginez ce que cela peut provoquer ? On est soignant, on est là pour tout le monde.
Julien Ombelli, médecin-chef des urgences à l'hôpital d'Yverdon-les-Bains

Le soignant que nous avons contacté au CHUV abonde et confirme que ses collègues essaient de ne pas être dans le jugement. «Quand on est fatigué, certaines paroles peuvent sortir, mais on fait attention, car il faut aussi dire que certains de nos collègues ne sont pas vaccinés. Je rappelle que la vaccination n'est pas obligatoire et je ne vais pas leur mettre la pression à ce sujet. On a tous à coeur de bien faire notre métier et c'est ce qui compte au final».

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source: keystone / jean-christophe bott
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