CarPostal lance ses robotaxis en Suisse: on a testé
CarPostal va mettre en circulation 25 véhicules autonomes dans la vallée du Rhin saint-galloise. AmiGo permettra de rouler sans chauffeur dès 2027 et ce projet pourrait transformer en profondeur la mobilité dans les régions rurales.
Nous sommes quatre à bord du petit «CarPostal». Derrière le volant est assis le «conducteur de sécurité» chinois de l’entreprise Baidu Apollo, mais ses mains restent éloignées de la direction.
Guidée par une main invisible
La voiture traverse Altstätten (SG) comme guidée par une main invisible. Ce n’est que lorsqu’une Audi surgit de manière un peu agressive que le «conducteur de sécurité» touche brièvement le volant afin de vérifier que la correction fonctionne immédiatement.
Cette voiture de 4,77 mètres de long est l’un des 25 véhicules autonomes que CarPostal déploie désormais dans une vaste zone de la vallée du Rhin saint-galloise dans le cadre du projet AmiGo. Jürg Röthlisberger, directeur de l’Office fédéral des routes, affirme:
Selon lui, ce projet a le potentiel de devenir une véritable révolution pour l’automatisation des véhicules en Suisse. CarPostal avait déjà mené une expérience avec deux petites navettes autonomes à Sion voici dix ans. Ces véhicules ont été envoyés au musée depuis longtemps.
Une cartographie géante de la région
Cette fois, il ne s’agit plus d’une vision du futur, explique Stefan Regli, directeur de CarPostal. Lors d’une première phase, les 80 kilomètres carrés de la région concernée ont été cartographiés.
Pour cela, une équipe opérationnelle a parcouru plusieurs milliers de kilomètres à travers trois cantons. La sécurité a ensuite été testée au centre d’essai du TCS à Hinwil (ZH), afin de répondre aux exigences de l’Office fédéral des routes. Le directeur du TCS Jürg Wittwer explique:
Autorisé à circuler depuis le 1er juin
Après ces tests approfondis, CarPostal et l’entreprise chinoise Baidu Apollo ont obtenu le 1er juin l’autorisation d’exploiter leurs véhicules sur les routes de la vallée du Rhin. Un réseau de 100 kilomètres de routes est disponible pour ces essais. Les trajets sont analysés en permanence afin d’apporter les ajustements nécessaires.
Baidu Apollo figure parmi les leaders mondiaux de la mobilité automatisée. En Chine, environ 1000 robotaxis circulent déjà dans une quinzaine de villes sous le nom Apollo Go. Le vice-président de Baidu, Nan Yang, s’est déplacé à Altstätten dans le cadre du projet AmiGo. Selon lui, la Suisse a clairement montré qu’elle était prête pour la conduite automatisée. Le pays représente cependant un défi pour l’entreprise en raison de ses hivers, de la neige, des montagnes et de la mixité du trafic routier.
Durant cette phase de test, les véhicules AmiGo circulent encore avec un «conducteur de sécurité» capable d’intervenir à tout moment. Les premiers clients devraient bientôt pouvoir prendre place à bord de ces voitures jaunes aux couleurs de CarPostal, qui disposent de quatre places. Les véhicules devraient circuler de manière totalement autonome dès 2027 dans la zone cartographiée couvrant les cantons de Saint-Gall ainsi que les deux Appenzell.
Un service à la demande
Les véhicules autonomes pourront alors être réservés sous la forme d’un service à la demande. Stefan Regli précise:
L’objectif est d’assurer le premier ou le dernier kilomètre jusqu’à une gare ou une ligne de bus. La vallée du Rhin se prête particulièrement bien à ce projet pilote, car les transports publics n’y sont pas accessibles à pied aussi facilement que dans une ville.
La question de la protection des données se pose dès lors qu’il est question de technologies chinoises. Pour Stefan Regli, il n’y a toutefois aucun problème. D’importantes quantités de données sont certes collectées, mais elles sont anonymisées directement à bord du véhicule. Le directeur de CarPostal assure:
Une amélioration de la sécurité?
Le tour d’essai à travers Altstätten est confortable. Pendant le trajet, le siège offre même un massage du dos. Alors qu’une jeune fille traverse un passage piéton, le véhicule autonome – capable de rouler jusqu’à 80 km/h – ralentit prudemment. Il freine en douceur, exactement comme le ferait un conducteur humain attentif.
L'humain pourrait toutefois être distrait par son smartphone ou avoir consommé trop d’alcool, ce qui n'est pas le cas du pilote automatique de Baidu. C’est pourquoi les promoteurs du projet espèrent une amélioration globale de la sécurité grâce à l’automatisation du trafic. Stefan Regli n’est pas en mesure d’indiquer combien coûtera un trajet en 2027. Le coût global de ce projet unique en Europe n’est pas non plus rendu public. Le financement est selon lui assuré jusqu’en 2028:
La responsabilité en cas d'accident en question
Que se passe-t-il si une collision survient malgré les nombreux lasers lidar, radars, capteurs et caméras installés autour du véhicule? Stefan Regli répond:
Une analyse précise des causes de l’accident devra cependant être faite. S'il résulte d’un dysfonctionnement du système, Baidu serait responsable. Et si un arbre tombé bloque soudainement la route devant le petit CarPostal, une équipe d’intervention AmiGo sera envoyée sur place pour remettre le véhicule en état de circuler.
Le canton de Thurgovie fait également partie des partenaires du projet, même si AmiGo n’y circule pas encore. CarPostal n’a reçu jusqu’à présent aucune demande concrète d’autres régions. Des discussions sont toutefois en cours avec plusieurs cantons. Le directeur de CarPostal conclut:
(btr/az)
