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Interdire le nucléaire impacte la santé de 48 000 Suisses

Voici pourquoi la technologie nucléaire doit être promue en Suisse.
La médecine nucléaire est souvent oubliée lors des débats concernant cette technologie.Image: Keystone / dr, montage watson
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Interdire les centrales nucléaires aurait des conséquences sur le cancer

L'énergie nucléaire et la médecine nucléaire sont les deux faces d'une même pièce. Cet aspect est souvent oublié dans le débat sur l'interdiction de construire de nouvelles centrales, écrit Niklaus Schäfer, médecin-chef en médecine nucléaire à Lausanne.
21.06.2026, 12:3321.06.2026, 14:19
Niklaus Schäfer / ch media

Le débat sur la levée de l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires est mené comme une question de politique énergétique; électricité, sécurité d'approvisionnement, indépendance. Mais il existe une dimension qui passe inaperçue et qui concerne directement plusieurs dizaines de milliers de patients en Suisse: la médecine nucléaire.

Car les centrales nucléaires et le traitement du cancer peuvent parfaitement se compléter: ils reposent sur les mêmes bases scientifiques. Quelque 48 000 personnes sont nouvellement diagnostiquées d'un cancer chaque année en Suisse. Pour beaucoup d'entre elles, la médecine nucléaire est aujourd'hui indispensable.

Un facteur essentiel de la médecine moderne

La thérapie par radioligands consiste à associer une molécule de transport, qui reconnaît spécifiquement les cellules tumorales, à un isotope radioactif. La tumeur est irradiée avec précision de l'intérieur, tandis que les tissus sains sont largement épargnés. Des études sont menées dans le monde entier pour étendre cette méthode.

Le potentiel est énorme. Ce que toutes ces thérapies nécessitent, ce sont des radio-isotopes. Il s'agit de substances radioactives à courte durée de vie, produites dans des réacteurs nucléaires ou des accélérateurs spécialisés. Sans infrastructure nucléaire, pas de médecine nucléaire. En Suisse, ces isotopes médicaux sont aujourd'hui importés sans exception de l'étranger, proche ou lointain.

Notre isotope médical le plus important, le lutétium-177, a une demi-vie d'un peu moins de sept jours. Le technétium-99m, l'isotope le plus utilisé à des fins diagnostiques dans le monde, se désintègre en quelques heures. Ces substances ne peuvent pas être stockées. La Suisse dépend de l'étranger pour son approvisionnement, et plus précisément d'un petit nombre de réacteurs de recherche internationaux, notamment aux Pays-Bas, en Allemagne, mais aussi aux Etats-Unis ou en Israël.

Deux domaines complémentaires

L'importation de ces précieuses substances médicales est régulièrement soumise aux aléas de la production, du transport ou de l'importation. Des ruptures d'approvisionnement ont par le passé contraint à reporter des examens ou des traitements contre le cancer. La réorganisation à court terme des plans thérapeutiques pour les patients atteints de cancer place également les hôpitaux traitants face à de sérieux problèmes.Sans oublier que l'efficacité prouvée des médicaments anticancéreux dépend en règle générale d'une administration à intervalles réguliers.

Les technologies de l'énergie nucléaire et de la médecine nucléaire sont étroitement apparentées. Elles peuvent s'enrichir mutuellement, voire profiter directement l'une de l'autre, dans la mesure où ces isotopes médicaux indispensables pourraient à l'avenir être produits dans nos propres centrales nucléaires. Une Suisse qui développe et préserve ses compétences en technologie nucléaire est une Suisse capable de rester à la pointe de la technologie médicale moderne, comme la médecine nucléaire.

Niklaus Schäfer, médecin-chef à Lausanne.
Niklaus Schäfer est médecin-chef du département de médecine nucléaire et d'imagerie moléculaire du CHUV Lausanne et cofondateur de l'Alliance pour l'innovation en médecine nucléaire suisse.Image: dr

Lever l'interdiction serait un signal fort

La levée de l'interdiction de construire envoie un signal bien au-delà du marché de l'électricité: elle renforce la confiance dans la technologie nucléaire en tant que composante de notre socle scientifique, crée des incitations à investir dans les technologies isotopiques et contribue à retenir les spécialistes en Suisse tout en suscitant l'enthousiasme de la jeune génération.

C'est pourquoi nous avons fondé, avec d'autres acteurs, l'Alliance pour l'innovation en médecine nucléaire. Nous voulons faire progresser ensemble le domaine. Les chaînes d'approvisionnement en radio-isotopes doivent devenir plus résilientes. La technologie doit être promue de manière durable et débarrassée de sa stigmatisation. Cela nécessite de solides compétences en technologie nucléaire sur le territoire national. La Suisse dispose de la tradition scientifique, de l'infrastructure de recherche et de l'expérience réglementaire nécessaires pour jouer un rôle pionnier en la matière.

Mais ce potentiel ne peut se déployer que si le cadre politique est adéquat. Un engagement en faveur de la technologie nucléaire en constitue le fondement essentiel.

Je ne suis pas un politicien de l'énergie. En tant que médecin et spécialiste en médecine nucléaire, le débat sur l'avenir de la technologie nucléaire est pour moi aussi un débat sur l'avenir de la médecine oncologique innovante, et en particulier de la médecine nucléaire. Une Suisse qui reste ouverte à la recherche et aux applications nucléaires assure un approvisionnement plus durable à ses patients, tout en renforçant sa position de pôle d'innovation de pointe.

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