Ce grand écart fiscal de Céline Amaudruz intrigue à Berne
Tout le monde souhaite supprimer la pénalisation fiscale du mariage. C'est sur la manière d'y parvenir que les avis divergent. Depuis des années, deux camps s'opposent: les partis de gauche, les Vert'libéraux et le PLR défendent l'imposition individuelle, indépendamment de l'état civil, qui oblige les époux à remplir deux déclarations fiscales distinctes. Le Centre et l'UDC restent, eux, attachés à l'imposition commune des couples mariés.
Or, Céline Amaudruz, conseillère nationale UDC genevoise qui pourrait annoncer, ce jeudi, sa candidature au Conseil fédéral, défend les deux modèles. Elle a récemment lancé, aux côtés des partisanes de l'initiative pour l'équité fiscale, la campagne en vue de la votation du 29 novembre. Portée par le Centre, cette initiative entend supprimer la pénalisation fiscale du mariage tout en maintenant l'addition des revenus des époux. Une approche contraire à l'imposition individuelle, acceptée par le peuple en mars dernier. Ce scrutin faisait suite à une initiative populaire déposée en 2022. Céline Amaudruz siège au comité de l'association qui la porte, encore aujourd'hui.
Abstentions, absences et excuses
Sa participation à la conférence de presse des opposants à l'imposition individuelle a donc suscité l'incompréhension. Les partisans de cette réforme considéraient Céline Amaudruz comme l'une des leurs. Dans le cas contraire, ils auraient souhaité qu'elle quitte l'association. Mais dans le camp adverse, beaucoup ignoraient également que l'élue UDC avait autrefois défendu l'imposition individuelle. Personne ne souhaite s'exprimer publiquement sur le sujet.
Réputée progressiste sur les questions de société, la vice-présidente de l'UDC tente depuis des années de ménager les deux camps sur ce dossier. En 2021, elle avait voté en faveur de l'imposition individuelle au Parlement. Mais lors des débats sur la loi, en 2024 et 2025, elle s'est abstenue ou était absente, probablement pour ménager son parti. Lors de la campagne de votation du printemps dernier, elle avait finalement plaidé pour la liberté de vote, estimant que chaque famille devait pouvoir se prononcer en fonction de sa situation personnelle. Et la voilà désormais engagée en faveur d'une initiative visant à inscrire dans la Constitution l'imposition commune des couples mariés au niveau fédéral.
A Berne, certains soupçonnent Céline Amaudruz d'avoir voulu marquer des points auprès de son parti en vue d'une éventuelle candidature au Conseil fédéral. Sa participation à la conférence de presse, la veille de l'annonce de la démission de Guy Parmelin, alimenterait cette hypothèse. Reste qu'elle avait déjà soutenu l'initiative du Centre en juin, lors d'un vote au Conseil national. Interrogée, elle assure que sa participation à la conférence de presse ne relevait d'aucun calcul politique. Elle affirme ne pas avoir été informée de la démission de Guy Parmelin lorsque son parti l'a sollicitée. L'UDC souhaitait envoyer deux représentantes à cette conférence de presse exclusivement féminine, dont une élue romande.
De quoi alimenter les auditions au Conseil fédéral
Céline Amaudruz étant la seule conseillère nationale UDC romande, le choix s'est porté sur elle. Elle explique:
L'imposition individuelle constitue certes un moyen d'atteindre cet objectif. «Mais elle avantage les couples dans lesquels les deux conjoints travaillent.» Néanmoins, pour l'élue UDC, il faut aussi tenir compte des couples mariés qui ont fait d'autres choix d'organisation familiale:
Elle considère cette initiative comme un complément à l'imposition individuelle, qui doit de toute façon être introduite aux niveaux cantonal et communal. «Il n'y a aucune contradiction à soutenir les deux modèles.»
Deux systèmes?
Cette position a de quoi surprendre. Même le comité de l'initiative pour l'équité fiscale réclame, en cas d'acceptation, une «mise en œuvre cohérente» aux trois échelons de l'Etat, et non la coexistence de deux systèmes différents.
Autre élément: les modalités concrètes de l'imposition commune restent à définir. Plusieurs modèles sont envisageables. Avec le système dit du calcul alternatif de l'impôt, les couples mariés disposant de deux revenus seraient même particulièrement avantagés. Soit précisément ceux que Céline Amaudruz estime déjà favorisés par l'imposition individuelle.
Céline Amaudruz défend ainsi une position difficile à concilier: après avoir soutenu l'imposition individuelle, elle milite désormais pour l'imposition commune au niveau fédéral, tout en restant favorable à l'imposition individuelle dans les cantons et les communes. Si elle est auditionnée dans le cadre de sa candidature au Conseil fédéral, elle devra probablement expliquer comment elle entend concilier ces différentes positions. (trad. hun)
