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Des personnes tiennent des photos de certaines des victimes à Londonderry lors d'une marche de commémoration, dimanche 30 janvier 2022.
Des personnes tiennent des photos de certaines des victimes à Londonderry lors d'une marche de commémoration, dimanche 30 janvier 2022.keystone

«Bloody Sunday»: que s'est-il passé il y a 50 ans?

Le 30 janvier 1972, l'Irlande du Nord vit son «Dimanche sanglant». Un massacre qui a fait 13 morts.
30.01.2022, 12:3631.01.2022, 08:05

Londonderry. Peu après 16h30, des parachutistes britanniques ouvrent le feu sur une manifestation pacifique de militants catholiques, faisant 13 morts. Le «Bloody Sunday» fait basculer l'Irlande du Nord dans la tragédie.

Découvrez ce qu'il s'est passé ce «Dimanche sanglant», moment-clé des trois décennies de «Troubles», ayant opposé républicains, surtout catholiques, partisans d'une réunification avec l'Irlande, et unionistes protestants, défenseurs de l'appartenance de l'Ulster à la Couronne britannique.

Avant le désastre

Ce dimanche-là, la manifestation à l'appel d'associations pour la défense des droits civiques des catholiques a été interdite par le gouvernement de la province britannique. Laquelle est dominée politiquement, économiquement et socialement par les protestants depuis la partition de l'île en 1921.

Et pourtant: ils sont plusieurs milliers à défiler dans les rues du Bogside, le ghetto catholique de Londonderry (Derry pour les républicains) où, plus de deux ans auparavant, a commencé une révolte contre la discrimination pratiquée par le «gouvernement d'apartheid» protestant.

Avec à leur tête Bernadette Devlin, jeune députée catholique au Parlement de Westminster, les manifestants du jour brandissent des pancartes réclamant la fin de l'internement sans procès de militants de la communauté catholique.

Ce régime, imposé en août 1971 par Londres en Irlande du Nord, symbolise alors, pour le mouvement républicain, l'arbitraire britannique et la «résistance nationale».

«Stop, stop, go home»

Le désastre se passe peu après 16h30. Des parachutistes britanniques du premier bataillon amenés en renfort de Belfast sont postés au croisement de Bishop Street et de Rossville Street, à la lisière du Bogside.

Alors que se termine la manifestation (la plus grande jamais organisée à Londonderry), des jeunes quittent le flot du cortège pour se diriger vers le poste avancé des soldats. La situation dégénère.

D'une voix stridente, Bernadette Devlin donne l'ordre de dispersion. 👇

«Elle est montée sur une chaise. Bernadette, toute petite, échevelée, la bouche démesurément ouverte, a crié: ''stop, stop, go home''»
Journaliste à l'AFP

Mais les paras sont sortis de derrière leurs barricades. Ordre leur a été donné d'investir le Bogside.

«Atmosphère d'apocalypse»

Une fois dans cette forteresse du catholicisme en Ulster, poursuit l'agence, manifestants et militaires disparaissent dans un dédale de petites rues misérables, mal éclairées, et où, depuis des années, nul policier, nul soldat n'a osé pénétrer. Alors, soudain éclate le drame. On tire, on hurle, on fuit. Dans la nuit, le froid, le brouillard des gaz lacrymogènes et une atmosphère d'apocalypse.

Le bilan de la fusillade 👇

  • 13 civils tués, dont six âgés de 17 ans.
  • Tous ont été abattus par balles, la plupart dans le dos.
  • Un autre blessé est mort quelques mois plus tard d'une tumeur.
  • On relève également seize blessés, plusieurs gravement atteints.

Et 50 ans plus tard?

Cinquante ans après le massacre, la mémoire des victimes du «Bloody Sunday» est honorée dans une Irlande du Nord meurtrie par les années noires des «Troubles» et les espoirs de justice déçus.

Dans la matinée puis l'après-midi du 30 janvier 2022, les proches des victimes marchent dans les rues de Derry - appellation qu'ils préfèrent au nom officiel de Londonderry, synonyme de domination britannique - où les parachutistes du premier bataillon avaient ouvert le feu lors d'une manifestation pour les droits civiques des catholiques. (jug/ats)

Il s'agit de l'enquête la plus longue et coûteuse qu'ait connue le Royaume-Uni
A l'issue de 12 ans d'enquête, aucun soldat n'a été jugé pour le Bloody Sunday. Les poursuites pour meurtres engagées contre l'un d'eux ont été abandonnées pour des questions juridiques et le gouvernement britannique a présenté un projet de loi pour mettre un terme à toutes les poursuites liées aux «Troubles», dénoncé de toute part comme une «amnistie».

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Les émeutes en Irlande du Nord, en images
source: sda / mark marlow
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