DE | FR
Eric Zemmour, Toulon, 17 septembre 2021.
Eric Zemmour, Toulon, 17 septembre 2021.
Image: AP
Présidentielle 2022

Zemmour peut commencer à rêver d'un deuxième tour face à Macron

Toujours pas candidat déclaré à la présidentielle française de 2022, l'identitaire Eric Zemmour pointe désormais à 11% d'intentions de vote. Un parcours qui ressemble furieusement à celui de Donald Trump en 2016.
21.09.2021, 19:0922.09.2021, 14:44

La barre symbolique des 10% d’intentions de vote franchie par Eric Zemmour fait trembler la baraque France. Un sondage paru mardi le crédite de 11% des voix au premier tour. Ce score à deux chiffres permet à l’éditorialiste identitaire d’atteindre un nouveau palier, celui de la «dynamique favorable». A partir de quoi accéder au second tour de la présidentielle devient envisageable. Il y a dix jours à peine, Eric Zemmour pointait à 8%. Nous évoquions alors son nom comme on parle d’une hypothèse, avec ses chances et ses faiblesses. L’«hypothèse», à présent, grandit.

L'alien dans le vaisseau électoral

Le «huitième passager» de la présidentielle 2022, l’alien du vaisseau électoral français, celui qu'on n'attendait pas, éliminera-t-il un à un ses concurrents? Parviendra-t-il à faire en France ce que Donald Trump a fait en 2016 aux Etats-Unis: gagner? Voyons comment celui qui n’est même pas encore candidat impose son nom et un programme entièrement centré sur l’identité.

«Make France Great Again»

Il ne porte pas de casquette. Son langage est châtié. Il mange des steaks-frites. Il n’a rien d’américain. Pourtant, les ressorts de sa campagne sont américains. Ou plutôt trumpiens. Eric Zemmour, amoureux des classiques français à tout point de vue, veut rendre à la France sa grandeur enfuie, son éclat perdu, selon sa définition de l’une et de l’autre.

Comme Trump, Zemmour est anti-mondialiste. Pour lui, il n’y a de principes qu’en défense des intérêts. La récente perte du «contrat du siècle», la vente de douze sous-marins français à l’Australie, apporte de l’eau à son moulin souverainiste, sorte de pragmatisme intégral. Comme Trump, Zemmour n’aime pas l’Otan, cette organisation militaire qui empêche de parler avec la Russie de Poutine.

Son mur, il le veut avec l’«islam»

Donald Trump s’était entre autres fait élire sur sa proposition d'édification d'un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, qui s'ajouterait ou remplacerait des tronçons érigés sous de précédentes administrations. Il en avait entrepris la construction, qu'il n'avait pas pu terminer. Eric Zemmour veut lui aussi son mur, mais avec l’«islam».

Cet adepte de la théorie du «grand remplacement» prône la «remigration» d’immigrés musulmans, des concepts agités par l’extrême droite. Editorialiste sur la chaîne France 5, Patrick Cohen estime que «Jean-Marie Le Pen (réd: l’ancien président du Front national devenu le Rassemblement national) n’est jamais allé aussi loin qu’Eric Zemmour dans un projet qui sort du cadre républicain».

Une success story «à la française»

Comme Donald Trump, Eric Zemmour entend incarner une success story, mais «à la française». Qui ne devrait rien à l’argent – mal aimé en France – mais tout au mérite et à l’«assimilation», l’un des thèmes cardinaux du polémiste. Un parcours scolaire et migratoire que ce descendant de juifs d’Algérie entend opposer au mécanisme de la discrimination positive, aujourd’hui dominant dans le processus d’intégration des minorités et qu'il juge «suicidaire».

Toujours plus loin

Comme pour Donald Trump en son temps, l’exagération, l’outrance, le trait grossi sont ses amis dans la période électorale qui s'ouvre. Il s'imagine dire ce que de nombreuses personnes pensent, mais se retiennent de formuler publiquement, qu'elles soient de gauche ou de droite. Dire ce qu'on voit serait devenu à beaucoup trop difficile. Pas à lui. Il se veut la voix de l’anti-politiquement correct.

A ce titre, il gêne Marine Le Pen, deuxième derrière Emmanuel Macron, en «dégringolade» avec 18 à 19% d’intentions de vote. Il pourrait faire chuter la candidate du Rassemblement national au premier tour. Elle qui espérait ratisser plus large en dédiabolisant son image.

Ce qui fait campagne pour lui

Le «danger Zemmour» tient dans la capacité du candidat supposé à incarner la «seule solution possible» face à une situation décrite par tous les candidats, exception faite du président sortant qui devrait se représenter, comme désastreuse. Si le désastre est partout, alors, aux grands maux, les grands remèdes!

Du fait de son extrémisme, de son intransigeance, diront ses partisans, Eric Zemmour pourra apparaître comme le plus déterminé à lutter, pêle-mêle, contre le wokisme, l’islamisme, le djihadisme, des phénomènes et réalités pourtant combattus par d’autres, opposés à lui. Les sinistres fanfaronnades de Salah Abdeslam, principal accusé au procès des attentats du 13 novembre 2015, serviront ses arguments. Le risque existe, d'ailleurs, que ce procès et les victimes auxquelles il doit rendre justice soient éclipsés par l’omniprésence zemmourienne.

Médias complices?

Les médias font-ils le jeu d’Eric Zemmour? Le reproche, venant principalement d'une gauche basse dans les sondages et comme impuissante à contrer celui qu'elle qualifie de «fasciste», ne cessera pas tant que ce candidat, pour l’heure non déclaré, demeurera en lice pour l’Elysée.

Face à Mélenchon

Le débat Zemmour-Mélenchon, jeudi à 20h45 sur BFMTV, s’annonce comme le rendez-vous clé de cette pré-campagne, alors que les candidats des partis traditionnels n’ont pas encore été désignés. Chacun voudra démontrer en quoi l’autre est une imposture. Si Zemmour devait sortir «victorieux» de ce face-à-face avec le leader de la France insoumise (gauche), il y aurait péril pour les figures du parti de droite Les Républicains, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, situées entre 12 et 14% des intentions de vote.

Les partisans d'Eric Zemmour, qui aura fait son ascension sur des sentiments de dépossession et de relégation, comme avant lui Donald Trump aux Etats-Unis, se prennent à rêver d'un duel avec Emmanuel Macron.

Animaux mal empaillés

1 / 23
Animaux mal empaillés
source: imgur
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Copin comme cochon: Le Caprices Festival

L'actualité internationale vous intéresse? Par ici

Un géant de l'immobilier vacille en Chine et les marchés mondiaux chutent

Link zum Artikel

Vous planifiez vos vacances d'automne? Ce que vous devez savoir

Link zum Artikel

La Chine est-elle à l'aube d'une dictature digitale?

Link zum Artikel

Angela Merkel part après 16 ans de règne, quel est son héritage?

Link zum Artikel

Le choix des sous-marins américains est une claque pour la France

Link zum Artikel

Pourquoi Al-Qaïda pourrait menacer l'Afghanistan d’ici à 2 ans?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Décryptage

«Arabe de service», l’insulte qui ne passe plus en France

Le journaliste et militant français d'extrême gauche Taha Bouhafs condamné pour avoir traité une policière, comme lui d'origine maghrébine, d'«Arabe de service». Ce que cette insulte et ce jugement disent d'une France plombée par son passé colonial.

Le 3 juin 2020 sur Twitter, il avait traité une policière syndicaliste d’origine maghrébine, Linda Kebbab, d’«Arabe de service». Mardi, le tribunal de Paris a condamné le journaliste et militant d’extrême gauche Taha Bouhafs à une peine pécuniaire de 3500 euros. Le 3 mars, un autre militant, salafiste, lui, Idriss Sihamedi, avait écopé de la même condamnation, pour la même insulte, qu'il avait assortie de l’expression «chien caressé par ses maîtres». Il s’en était …

Lire l’article
Link zum Artikel