«J'ai eu un seul privilège grâce à mon nom»: Massimo Lorenzi se confie
La voix nouée, les larmes aux yeux. C'est très ému que Massimo Lorenzi a fait ses adieux au public de la RTS, ce dimanche dans l'émission Sport Dimanche.
Après 37 ans au sein de la chaîne TV publique, le Genevois (64 ans) est officiellement à la retraite. Il y a occupé les fonctions de journaliste, producteur, présentateur ou encore animateur de débats. Après la présentation du téléjournal, il est devenu la figure de plusieurs magazines d'actualité. Il était, depuis 2009, le rédacteur en chef des sports.
Les adieux de Massimo Lorenzi dans Sport Dimanche 📺
Comme le veut la coutume chez watson quand une personnalité prend sa retraite, nous avons interrogé Massimo Lorenzi sur ses «dernières fois».
La dernière fois que vous avez été fier de vous-même?
MASSIMO LORENZI: Oh mon dieu! (Il réféchit longtemps). Je ne suis pas souvent fier de moi... J'ai tendance à être très dur avec moi-même. Mais récemment, j'ai ressenti le sentiment du devoir accompli quand j'ai secouru une personne âgée en grande difficulté dans la forêt. Je promenais un chien, et j'ai vu cette personne à terre en bord de chemin. Elle venait de faire un malaise.
Je l'ai aidée à se mettre debout et j'ai appelé l'un de ses proches pour qu'il vienne la chercher. D'autres auraient peut-être fui devant cette situation. Là, je me suis dit: «Tu as bien agi».
La dernière fois que vous avez regretté de partir à la retraite?
Dimanche soir sur le plateau de Sport Dimanche. (Il devient ému au téléphone). Là, je me suis dit: «Merde, c'est fini. Il faut tourner la page». C'est la tristesse qui prédominait. J'ai adoré chaque jour de ce métier, que j'ai exercé depuis 40 ans. Le journalisme fait partie de mon ADN. J'ai regretté que ça s'arrête.
Et au contraire, la dernière fois que vous avez été heureux de prendre votre retraite?
Lors d'une séance longue, chiante, compliquée, avec des tas de gens qui parlent pour ne rien dire. Ça, ça ne va pas me manquer! (Rires)
La dernière fois que vous avez été abordé dans la rue par un ou une inconnu(e)?
Ce matin (mardi matin). Je buvais un café avec un ami, et une dame d'un certain âge est venue vers moi. Elle m'a dit: «Maintenant, vous et moi, on est dans le même groupe, les retraités!» Alors je lui ai demandé comment ça se passe, la retraite. Sa réponse? «Vous verrez, jeune homme, c'est merveilleux!» J'ai trouvé ça très sympa et je l'ai remerciée de son optimisme.
La dernière fois que vous vous êtes fait draguer?
Ouh là! Je ne sais pas. Je ne m'en souviens pas, ça doit faire très longtemps...
Vous êtes modeste!
Non. Dragué, être dragué ou même vouloir être dragué n'est pas dans mon tempérament. En général, les gens sont gentils avec moi, et ça s'arrête là.
La dernière fois que vous avez eu un privilège parce que vous vous appelez Massimo Lorenzi?
Professionnellement, c'est quand mes camarades de la rédaction m'ont dit: «Vas-y, c'est toi qui commentera les cérémonies d'ouverture et de clôture des JO de Milan-Cortina!». Je ne l'avais pas demandé, c'était un cadeau de leur part. Dans la vie privée, j'ai parfois obtenu des tables dans des restaurants complets et où je n'avais pas réservé.
La dernière fois que vous avez voulu changer de média?
J'ai eu des propositions pour aller travailler ailleurs il y a quelques années. Je n'y suis pas allé parce que j'étais très attaché aux gens de la rédaction de la RTS.
C'était aussi votre crédo en tant que chef des sports de la RTS?
Pour moi, une rédaction, c'est exactement comme un vestiaire de sport. C'est un collectif. J'ai eu énormément de chance de me sentir toujours bien au sein des groupes dans lesquels j'ai travaillé. En ce sens, je suis fasciné par des petites équipes comme le FC Thoune (leader de Super League) ou Bodø/Glimt en Champions League (8e de finaliste surprise), qui brillent grâce à leur collectif. J'espère qu'ils gagneront ces compétitions, je suis très admiratif de leur cohésion.
Alors quand ton équipe tourne parfaitement, tu te dis: «Ah! Ça, c'est une réussite!»
A propos de réussite: la dernière fois que vous avez reçu un compliment?
Dimanche, quand des collègues m'ont écrit pour me dire: «Merci». Je ne trouve pas de plus beau mot dans la langue française.
En parlant de collègues: la dernière fois que vous en avez enguirlandé un?
Ça fait longtemps que je n'enguirlande plus personne. Je l'ai beaucoup fait au début, mais j'ai progressé. Sans l'enguirlander, j'ai fait une remarque à un collègue pendant les JO parce qu'il nommait les athlètes à l'antenne par leur prénom et non par leur nom. Il y avait le risque que le public ne sache pas de qui il parlait.
La dernière fois que vous avez refusé une proposition?
La semaine dernière, on m'a téléphoné pour me faire une proposition professionnelle, en dehors de la RTS. J'ai répondu: «Je suis désolé, j'ai besoin de nettoyer le disque dur, de lever le pied, de changer d'air, de respirer. Donc je ne peux pas vous répondre positivement».
La dernière fois que vous avez pleuré?
Quelques minutes avant de commenter la cérémonie de clôture des JO, à Vérone. La ville dont ma mère, qui est décédée il y a une dizaine d'années, était originaire. J'ai beaucoup pensé à elle à ce moment. J'étais très ému. Mon collègue, David Berger, qui était juste à côté de moi, m'a consolé en me disant: «Ta maman est là, avec toi, en ce moment».
La dernière fois que vous avez adoré le sport?
J'ai regardé Marco Odermatt lors de la descente, samedi. Je suis subjugué par la beauté du geste, par le style. Le même jour, je suis allé voir Servette-Sion. Un Servettien qui vient d'arriver au club, Junior Kadile, a fait un ou deux magnifiques débordements. Pendant ces cinq à dix secondes, j'étais subjugué.
Et, au contraire, la dernière fois que vous avez détesté le sport?
Toujours au Stade de Genève, samedi soir, quand les spectateurs insultent l'arbitre. Dès qu'il y a une insulte dans le sport, que ce soit envers l'arbitre, les joueurs, les fans adverses, le commentateur, etc, ça me débecte. Cette haine me révulse.
La dernière fois qu'on vous a demandé un selfie ou un autographe?
Mon collègue Jérémie Henriod, dimanche, sur le plateau de Sport Dimanche. Et sinon, moi, j'ai demandé un selfie à Yann Sommer lors de la cérémonie d'ouverture des JO à Milan.
La dernière fois que vous avez pris un coup de vieux?
Ce matin (mardi matin) en me réveillant. Ma carcasse tirait! Je l'ai pas mal sollicitée durant ma vie en faisant du sport, notamment de la natation et du cyclisme, alors il y a des matins où ça grince de partout. La veille, j'ai oublié de faire mon stretching après le sport. Tout ça me rappelle que je ne peux plus participer au ballet du Grand Théâtre! (Rires) Mais je suis heureux de pouvoir toujours faire du sport.
Et finalement, la dernière fois que vous avez eu peur de la retraite?
Peur, c'est un grand mot. C'est plutôt un questionnement. J'ai peur d'autres choses, mais pas de la retraite.
Mais ce que je sais, c'est que tout ce que je vais désormais faire, comme suivre le sport, je vais le faire en savourant. Et sans le souci d'être productif.
