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Se rencontrer en chair et en os, est-ce indispensable pour tomber amoureux?

Avec l'avènement de la séduction en ligne, il semble désormais que le sentiment amoureux puisse naître sans se voir.



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Image: Shutterstock

Audrey Renault / slate

Un article de Slate

«La science peut-elle nous aider à trouver le grand amour, sans même l'avoir rencontré?» C'est la question que pose depuis 2016, l'émission «Mariés au premier regard», diffusée sur M6. On y suit les péripéties de célibataires acceptant d'épouser -sans l'avoir jamais rencontrée- une personne choisie pour eux par un comité d'experts se basant sur la compatibilité amoureuse des futurs époux. Une compatibilité élaborée grâce à divers tests de personnalité et supposée prouver que l'amour est aveugle.

«L'amour est aveugle», c'était justement le titre d'une autre émission, diffusée de 2010 à 2014 sur TF1, où des coeurs à prendre apprenaient à se connaître dans le noir complet et ne découvraient le visage de leur crush que quelques semaines après leur rencontre. Les sites et applications de dating en ligne, dans un autre genre, font le même pari: celui d'une rencontre virtuelle qui laisse la complicité se nouer en toute sincérité puisque le physique passe au second plan, derrière la conversation et l'échange.

De la rencontre virtuelle au rendez-vous IRL

L'apparence physique ne serait-elle donc que de la poudre aux yeux, une distraction inutile dans la quête de l'amour? Pas si sûr. Le physique, ne serait-ce que d'un point de vue biologique, a son importance. L'attraction sexuelle ou amoureuse est en partie conditionnée par des mécanismes darwiniens qui incitent chacun et chacune à rechercher chez son partenaire des caractéristiques garantissant le maintien de l'espèce. À cela, s'ajoutent des critères culturels, sujets aux canons de beauté qui varient selon les lieux et les époques. Difficile donc de passer outre, même pour des sites et applications qui voudraient nous faire croire le contraire, tant la sempiternelle photo de profil reste l'appât numéro un. Mais quelques clichés choisis avec soin ne disent pas grand-chose comparés à une rencontre in real life; et, alors que la société se numérise et que les rencontres en ligne se multiplient, favorisées par la crise du Covid, la question se pose: peut-on tomber amoureux de quelqu'un sans jamais l'avoir vu?

«Réduire le physique à la seule apparence est une erreur.»

Pour Florence Escaravage, spécialiste des relations de couple et autrice, entre autres, de La drague pour les nuls, le virtuel n'empêche pas le développement d'une belle relation, bien au contraire: «On peut échanger avec une personne en profondeur, comprendre ce qui la touche, l'anime et la fait vibrer, et c'est bien plus fort qu'une rencontre. En revanche, il faut vite établir la rencontre physique qui sera un cap à franchir pour donner chair à une réalité conversationnelle, émotionnelle, spirituelle.» Se voir autour d'un café, pour une séance de cinéma ou une simple balade, permet ce moment de vérité qui va confirmer ou infirmer les sentiments naissants.

La rencontre est l'occasion de balayer ses potentielles projections et attentes en les confrontant avec la réalité. Un exercice indispensable pour Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences et sexologue, qui travaille pour la seule application de rencontre basée sur la voix: «Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que réduire le physique à la seule apparence est une erreur. Le physique d'une personne, ce ne sont pas seulement ses traits du visage ou sa silhouette. La voix, l'odeur, la gestuelle ou encore la douceur de la peau font partie intégrante du physique d'une personne, et ça, on ne le découvre qu'en la rencontrant pour de vrai.»

Le physique fait appel aux cinq sens

Il ne s'agit pas simplement de savoir si l'autre est beau ou non. Le physique fait appel à chacun de nos sens, pas seulement la vue. C'est un tout, bien moins superficiel qu'il n'y paraît. «En Occident, nous avons une vision très binaire: nous séparons l'âme et le corps. Mais dans d'autres régions, comme en Orient, les deux sont intrinsèquement liés, ils ne s'opposent pas», commente Aurore Malet-Karas qui précise que cette dualité observable notamment en Europe est le fruit d'une philosophie antique, portée entre autres par Platon puis diffusée par les religions monothéistes, qui repose sur un principe simple: l'homme est esprit, la femme est corps. À l'homme les joies de la réflexion, du débat, de la décision, de la culture, là où ces dames sont cantonnées à leur enveloppe charnelle, tant pour leur capacité à porter les enfants, qu'en tant qu'objet de désir et de fantasme.

La dualité entre le corps et l'esprit se fait alors d'autant plus prégnante: on ne mélange pas les deux. «Au-delà du cliché sexiste, c'est à mon sens une erreur monumentale car il y a un continuum entre le corps et l'esprit, assure la neurologue. Le débit de parole, la posture, la vitesse de la marche, les tics ou les manies de quelqu'un peuvent vous en dire beaucoup sur sa personnalité.» Ils en disent parfois même plus qu'une conversation, car ce sont des gestes mécaniques, naturels, que l'on ne peut pas forcément contrôler, au contraire d'un discours que l'on peut répéter ou d'une apparence physique que l'on peut plus ou moins modifier.

«Vous pouvez très bien avoir accroché avec quelqu'un en ligne, eu de longues et passionnantes discussions avec la personne, être persuadé que ça peut coller entre vous, et, le jour de la rencontre, ne ressentir rien de plus que de l'affection ou de l'amitié, voire plus rien du tout, affirme Aurore Malet-Karas. Tout simplement parce qu'en voyant cette personne, en côtoyant le même espace qu'elle, vous vous rendez compte que vous ne connaissiez qu'une partie d'elle. Or, tomber amoureux, c'est un tout.»

Se voir pour tomber amoureux

Sans se voir, impossible de constater par soi-même et de ressentir la sincérité, l'authenticité de l'autre qui, jusqu'alors, même en cas de longues discussions, demeurait une entité abstraite.

La rencontre reste donc une étape clé, même après des mois d'échanges. Elle permet de comprendre l'autre dans sa globalité et d'aller au-delà des projections et des fantasmes qui peuvent se construire autour d'un prétendant ou d'une prétendante que l'on a pas encore découvert dans la vraie vie, sans les filtres inhérents au virtuel.

«Le fait de fixer des critères pousse les individus à se mettre dans une posture d'observation, de méfiance, de vérification»

«Les rencontres virtuelles peuvent être une bonne chose dès lors qu'on ne masque pas qui l'on est, que l'on ne joue pas un personnage, que l'on ne cherche pas à montrer qu'on a confiance en soi par exemple, détaille Florence Escaravage. Ce dernier point est le plus grand problème de notre époque et créé de grandes inégalités et de la déshérence affectives, car les personnes se trompent sur la séduction. Notre époque nous amène à croire qu'il faut avoir confiance en soi, et avoir des critères bien établis, physiques ou autres.»

Mais tomber amoureux ne se fait pas en cochant une liste d'exigences. On ne cherche pas l'âme soeur selon des critères objectifs, au risque de confondre amour avec attirance, fantasme ou désir. «L'état amoureux ne peut être ressenti que lorsque l'être nous touche, profondément. On capte une vérité, une sensibilité, une vision du monde de l'autre. Et cette émotion ouvre une brèche qui nous touche au coeur. Notre attraction physique évolue en fonction de nos sentiments. Si l'on capte la singularité et la sensibilité de l'autre, on peut le trouver beau et être très attiré alors que quelques jours auparavant, cet homme ou cette femme ne nous faisait aucun effet», confirme Florence Escaravage qui invite les coeurs à prendre à se débarrasser de leurs exigences préétablies, au risque de passer à côté du grand amour:

«Le fait de fixer des critères pousse les individus à se mettre dans une posture d'observation, de méfiance, de vérification. Bilan? Chacun reste sur sa position et aucune connexion émotionnelle ne s'établit. Donc on laisse filer les années sans tomber amoureux, ou permettre à quelqu'un de tomber amoureux de nous.»

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

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