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Faut-il déployer un plan national d'investissement sur la ventilation des lieux clos, des cantines et des restaurants d'entreprise pour lutter contre la pandémie de Covid-19?

Un plan national d'investissement sur la ventilation des lieux clos pourrait être d'une grande utilité selon des spécialistes. A titre d'exemple: la qualité de l'air est insuffisante pour deux tiers des écoles suisses. Image: Shutterstock

La Suisse doit changer d'air pour lutter contre le Covid

Maintien des distances, port du masque, désinfection des mains, tout ça: OK. Et la ventilation des espaces clos alors? Le pays mise peu sur cette stratégie pour vaincre la pandémie, alors que des spécialistes la réclament.



C'est un fait: les virus SARS-CoV-2 peuvent être transmis par des aérosols, c’est-à-dire des particules invisibles en suspension. Elles jaillissent par exemple, lorsque nous toussons ou éternuons. Que faire? Aérer ou pouvoir compter sur une bonne ventilation. Problème: la Suisse est à la traîne pour veiller à l'application de ce «quatrième geste barrière».

Sur le site de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), il est recommandé «d’aérer régulièrement les pièces où se rassemblent plusieurs personnes», avant de conclure qu'«une bonne aération n’empêche pas la transmission du virus en cas de contact étroit. La distance, le port du masque et les règles d’hygiène restent les mesures les plus efficaces». Aucune indication concernant la ventilation, alors que nos voisins ont déjà mis la deuxième en termes d'investissement: L’Allemagne a par exemple déboursé 500 millions d’euros dans des systèmes de ventilation de ses bâtiments publics, fin 2020.

«Il manque un plan d'investissement ambitieux pour une aération correcte et vérifiée des lieux fermés»

Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’UNIGE

Notre rédaction a pris contact avec l'OFSP pour savoir pourquoi il n'existe actuellement aucun programme fédéral d’investissement, comme celui réclamé par l'épidémiologiste Antoine Flahault. Non seulement l'OFSP «ne dispose pas de base légale qui lui permettrait d'accorder de telles subventions», mais il relativise également la transmission par les aérosols.

«La voie de transmission la plus importante du point de vue épidémiologique est celle des gouttelettes. En revanche, la transmission par les aérosols ou par les surfaces est moins fréquente. Il convient toutefois de noter que le risque est sensiblement accru, lorsque plusieurs personnes ou groupes de personnes séjournent pendant une période prolongée dans des pièces fermées, mal ventilées et exiguës, et lorsque les gens parlent beaucoup et fort.»

Office fédéral de la santé publique (OFSP)

Rappelons aussi que deux tiers des écoles suisses détiennent une qualité de l'air insuffisante, selon une étude de l'OFSP parue en mars 2019. «Jusqu'à présent, nous n'avons pas été très conscients de la qualité de l'air en intérieur. Je pense que l'idée d'un plan national d'investissement sur la ventilation des lieux clos sera rentable et très utile pour notre futur, y compris pour lutter contre d'autres virus respiratoires, comme la grippe par exemple», réagit Antoine Flahault.

Il considère cette stratégie comme essentielle: «Dans les espaces clos, il suffit d'une personne malade pour contaminer un grand nombre. Il faut donc vraiment diminuer le risque de transmission quand on passe du temps dans des salles. Comment? En renouvelant régulièrement l'air». Pour illustrer ses propos, le professeur utilise l'image d'un nuage de fumée de tabac. Si fumeurs et non-fumeurs séjournent dans une même pièce fermée, ils respireront plusieurs fois le même nuage - ou air contaminé - même en portant un masque.

Aérer ou ventiler?

Se pose alors la question des subtilités qui différencient l'aération de la ventilation. Pour Antoine Flahault, la réponse n'est pas si simple.

«Ouvrir une fenêtre ne crée pas forcément de flux d'air neuf. Cette solution devient intéressante lorsque plusieurs fenêtres ouvertes créent un courant d'air. Quant à la ventilation, seuls les transports aériens et ferroviaires modernes sont à la pointe. Ils assurent un renouvellement de l'air plus de dix fois par heure. Ce n'est pas forcément la norme exigée pour tous nos espaces clos, mais il faut pouvoir renouveler totalement l'air plusieurs fois par heure.»

Comment changer d'air?

Un exemple de capteur de qualité de l'air qui détecte la concentration de dioxyde de carbone dans les espaces intérieurs.

Un exemple de capteur de qualité de l'air qui détecte la concentration de dioxyde de carbone, dans les espaces intérieurs, grâce à un affichage lumineux. Image: elektrotechnik-schabus.de

Le label de construction suisse Minergie, pour les bâtiments neufs ou rénovés, propose un renouvellement automatique et constant de l'air.
Alors qu'en fin d'année 2019, la Suisse comprenait 1,8 million de bâtiments à usage d’habitation, Minergie dénombre aujourd'hui 51 777 bâtiments, certifiés par son label, en Suisse. Selon nos calculs pour ce cas précis, cela ne représente que 3% du parc immobilier suisse.

En début d'année, une étude a démontré que la transmission par aérosols devient menaçante dans les lieux clos, lorsque la densité humaine y est forte et la ventilation faible. Si la Suisse devait finalement changer d'avis et suivre l'exemple de l'Allemagne, vraisemblablement que la nouvelle ferait le bonheur des cafetiers, des restaurateurs, des acteurs culturels et pourquoi pas des étudiants, qui pourraient retrouver leur salle de classe. Bien ventilée.

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