Suisse
Crans-Montana

A Crans-Montana, les secours étaient aussi psy: elle raconte

Elle raconte la peur à Crans-Montana

Elle dirige l'Aumônerie d'urgence du canton de Berne, dont l'équipe apporte un soutien psychologique aux personnes touchées à Crans-Montana. Elle raconte.
10.01.2026, 20:5110.01.2026, 20:51
Annika Bangerter / ch media

Irmela Moser, responsable de l'Aumônerie d'urgence du canton de Berne, sait ce qui aide les survivants, les proches ou les secouristes dans une détresse extrême. Après la catastrophe de Crans-Montana, son équipe s’est rendue sur place avec neuf personnes.

Face à une souffrance incommensurable, la plupart des gens manquent de mots. Comment les membres de votre équipe sont-ils allés à la rencontre des personnes traumatisées?
Irmela Moser: Nos collaborateurs ont proposé leur aide dans un lieu centralisé. Les proches, les survivants et les premiers intervenants pouvaient s’y rendre. Dès l’accueil, notre équipe évaluait les besoins de chacun. Certains venaient avec une question très précise, d’autres avaient besoin d’entretiens plus approfondis. Certaines personnes sont revenues plusieurs fois. Nous avons rencontré des gens terrifiés et bouleversés.

«Notre objectif était de créer un espace où ils pouvaient, pour la première fois, extérioriser leurs émotions et leurs pensées.»

Dans l’aide d’urgence, doit-on plutôt écouter ou donner des conseils actifs?
Nous écoutons avant tout. Mais nous posons aussi des questions et essayons, avec les personnes concernées, de comprendre précisément ce qu’elles ont vécu afin qu’elles puissent le formuler.

Irmela Moser est la responsable de l'équipe d'assistance du canton de Berne.
Irmela Moser dirige le Care Team de Berne, l'Aumônerie d'urgence. Elle est théologienne et a travaillé comme pasteure dans différentes paroisses du canton de Berne. Elle a suivi une formation complémentaire d'aumônière d'urgence et dirige depuis 2017 l'équipe d'aide psychologique du canton de Berne.Image: Luca Schwitalla

Pourquoi est-il si important de trouver des mots?
Dans un premier temps, une telle expérience laisse sans voix. Nous essayons donc d’aider les personnes concernées à établir d’abord une vue d’ensemble des événements.

«C’est une approche progressive, comparable à un dessin dont on commence par tracer les contours»

L’aide psychosociale d’urgence vise notamment à permettre aux personnes de raconter ce qu’elles ont vécu sous la forme d’un récit global, afin qu’elles puissent en prendre conscience. Plus cela est possible tôt, plus vite l’événement traumatisant peut être intégré à leur propre biographie.

A quoi faites-vous encore attention dans l’aide d’urgence?
Dans un second temps, nous abordons la question de la suite: comment les personnes concernées peuvent-elles continuer à avancer? Dans ce contexte, nous cherchons toujours à activer leurs réseaux: qui peut être une personne de référence? Y a-t-il une personne dans la famille, parmi les amis, ou éventuellement une relation de confiance dans le domaine médical ou psychologique sur laquelle elles peuvent s’appuyer? Nous examinons aussi leurs propres ressources. En tant que professionnels, nous pouvons écouter avec empathie et accompagner un processus. Mais seules les personnes concernées savent réellement ce dont elles ont besoin et ce qui leur fait du bien.

Pouvez-vous donner des exemples concrets?
Pour certains, il est aidant d’être seuls dans la nature, de peindre ou d’écrire. Pour d’autres, l’échange avec une personne de confiance est essentiel. Dans ce cas, il est toujours important de prendre en compte l’autre partie: cette personne doit avoir la force nécessaire pour écouter. A Crans-Montana, de nombreux parents ont accompagné chez nous leurs enfants adolescents ou jeunes adultes qui avaient survécu à l’incendie.

«Le conseil qu'on a donné aux parents est que leurs enfants ne sont pas obligés de parler»

Mais s’ils le souhaitent, il faut qu'ils leur montrent jusqu’où ils peuvent les accompagner et où se situent leurs limites. Nous avons donc essayé de prévenir les surcharges émotionnelles ou les déceptions, et de créer une compréhension mutuelle.

D'autres parents ont vécu pendant des jours dans l'incertitude, ne sachant pas ce qui était arrivé à leurs enfants. Dans quelle mesure les Aumôneries d'urgence ont-ils pu les aider?
Avec ces parents, nous avons discuté très concrètement de ce qui se passait du côté des forces d’intervention et des prochaines étapes. Nous leur avons par exemple expliqué comment travaillent les équipes d’identification des victimes de catastrophes. Nous avons montré comment ces spécialistes identifient les personnes décédées et pourquoi ce travail prend du temps.

«Il s’agissait pour nous de créer de la compréhension»

En parallèle, nous avons essayé de déterminer avec les parents ce dont ils avaient besoin pour traverser cette incertitude extrêmement éprouvante. Certaines familles disaient que le simple fait d’être ensemble les aidait. Dans d’autres cas, les besoins étaient différents. Là aussi, nous avons tenté de favoriser une compréhension mutuelle. Dans une situation aussi extrême, la famille constitue généralement une ressource très importante.

Les proches ou les survivants ont-ils également reçu un traitement médicamenteux?
Pour faire face à un événement aussi bouleversant, il n’est pas judicieux de recourir à des médicaments psychotropes ou à des calmants. Les émotions resurgissent de toute façon plus tard, à un moment où il n’y a généralement plus autant de ressources de soutien psychologique d’urgence. Ce ne serait qu’un report du problème.

Les personnes qui ont vécu une tragédie disent souvent qu’elles se sont senties engourdies au début. Comment l’aide d’urgence gère-t-elle cet état?
Il s'agit d'une réaction normale du corps visant à protéger le psychisme. Nous informons également les personnes concernées à ce sujet.

«Beaucoup d'entre elles ont peur du moment où les émotions vont les submerger»

Nous essayons donc d'anticiper cette situation avec elles et de déterminer ce qui leur servira de point d'ancrage. Qui peut être un pilier pour elles? Dans quel lieu se sentent-elles bien et en sécurité? Car l'engourdissement finira par disparaître, que ce soit d'un coup ou progressivement. L'idéal est que les personnes concernées disposent alors de plusieurs stratégies, pour que cette évolution se passe le mieux possible.

Votre équipe intervient toujours dans des moments de désespoir extrême. Cette mission a-t-elle néanmoins été différente des précédentes?
Oui, très différente. Il est extrêmement rare que neuf collaborateurs soient mobilisés simultanément sur le terrain. En règle générale, nous sommes une à trois personnes au maximum. Et chaque intervention donne lieu à des entretiens avec deux ou trois personnes. A Crans-Montana, les Aumôneries d'urgence ont été confrontées à des centaines de personnes touchées. Cela a exigé beaucoup de flexibilité et une grande force de la part de nos collaborateurs. Les équipes ont dû s’adapter à des destins très différents, selon qu’il s’agissait de survivants, de proches ou de secouristes.

Y avait-il suffisamment d’intervenants psychosociaux d’urgence sur place?
A Crans-Montana, toutes les Aumôneries d'urgence de Suisse romande étaient mobilisées. Aucun canton ne peut faire face seul à une catastrophe de cette ampleur. Les différentes équipes sont interconnectées. D'après ce que je sais, cette mobilisation massive a permis d'assurer ensemble la prise en charge psychosociale d'urgence. C'est du moins la situation actuelle, notre travail n'est pas encore terminé.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

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