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Roswitha Koch, de l'Association suisse des infirmières et des infirmiers, et Giovan Maria Zanini, pharmacien cantonal tessinois, croisent le fer.
Roswitha Koch, de l'Association suisse des infirmières et des infirmiers, et Giovan Maria Zanini, pharmacien cantonal tessinois, croisent le fer.
Image: Montage watson
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Faut-il obliger le personnel soignant à se faire vacciner, comme en Italie?

Avec la menace du variant Delta, la question de la protection des personnes à risque revient sur le devant de la scène. Faut-il, dès lors, imposer le vaccin au personnel soignant? Débat en 5 questions entre deux représentants du secteur.
06.07.2021, 11:4917.08.2021, 13:53
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Le vaccin est loin de séduire l'entier du personnel soignant. Il n'existe pas de statistique nationale sur la proportion de soignants à s'être fait vacciner – ou à vouloir recevoir la piqûre. Mais une chose est sûre: tous ne le veulent pas, loin de là. Dans certains cantons, le taux de récalcitrants dépasserait même la moitié des professionnels en question.

Au Réseau hospitalier neuchâtelois, par exemple, environ 40% du personnel souhaitait se faire vacciner, révélait un sondage réalisé en janvier auprès de ses 2800 collaborateurs, comme le rapportait la RTS. «L’hôpital espère au final atteindre au mieux 50% de vaccinés», ajoutait récemment Le Temps. Se pose alors la question d'une vaccination obligatoire des infirmiers et autres soignants, dans un but de protection des patients, en particulier les plus âgés.

En Italie et en Angleterre, la vaccination obligatoire du personnel soignant est maintenant en vigueur. En France, la proposition a été mise en consultation cette semaine. Où en est-on en Suisse? Le 3 juillet dernier, dans la NZZ, Alain Berset a déclaré que le fait pour des collaborateurs d'EMS ou d'hôpitaux de ne pas être vaccinés «ne devrait pas être autorisé».

Le pharmacien cantonal tessinois Giovan Maria Zanini, quant à lui, a carrément déclaré le 29 juin sur les ondes de La Matinale que «si les soignants refusent de se faire vacciner, c'est leur droit, mais alors ils peuvent changer de métier». Roswitha Koch, notamment en charge des questions de vaccination à l'Association suisse des infirmières et des infirmiers (ASI), n'est pas de cet avis. Puisque nous parlons d'une piqûre dans une épaule, place au bras de fer watson.

1. On observe qu'une part importante du personnel soignant ne souhaite pas se faire vacciner. Comment l'expliquer?

Giovan Maria Zanini: Je n'ai pas de réponse définitive. Mais il n'y a rien d'étonnant dans ce fait: on connaît les réticences d'une partie du personnel soignant vis-à-vis de la vaccination. Cela fait des années qu'on travaille pour diminuer cette réticence, notamment par rapport au vaccin contre la grippe. Je constate qu'il y a moins de vaccino-scepticisme avec des maladies dont les risques pour la santé sont beaucoup plus élevés, comme l'Hépatite-B. C'est en fait représentatif de ce qui se passe au niveau de la population: on fait une évaluation risques-bénéfices. Or, quand on est soignant, on devrait aussi faire une évaluation risques-bénéfices pour le patient!
Roswitha Koch: Comme je n'ai pas réalisé un sondage parmi l'entier du personnel soignant, je ne peux pas vraiment vous fournir une réponse étayée. On estime que les raisons de ne pas (encore) se faire vacciner contre le Covid-19 sont nombreuses et variées – comme au sein de la population en général, d'ailleurs. On a par exemple un grand nombre de soignants (environ 20%) qui ont été infectés par le covid-19 et sont donc déjà protégés (au moins partiellement) par une immunité naturelle.

2. La non-vaccination de certains collaborateurs d'hôpitaux ou d'EMS pose-t-elle un problème de crédibilité du milieu médical?

Giovan Maria Zanini: Oui, totalement. D'ailleurs, les membres du personnel soignant qui ne se vaccinent pas sont en bonne partie conscients de ce problème de crédibilité. Cela se voit au fait que ces personnes n'aiment pas déclarer qu'ils ne sont pas vaccinés. En outre, si l'on reste sur cette expérience Covid, il y a des gens qui ne peuvent pas recevoir leur dose de vaccin à cause de conditions médicales qui les empêchent de se faire vacciner. Or, si ces mêmes patients doivent être transférés à l'hôpital, c'est un paradoxe qu'ils courent le risque de ne pas y être protégés.
Roswitha Koch: Je me permets de vous rappeler qu'il n y a pas un but particulier pour le personnel de santé dans la stratégie nationale de vaccination contre le Covid-19 (page 14): «La Confédération mise également sur l’information et la sensibilisation pour la vaccination contre le COVID-19. La population suisse doit être informée de manière compréhensible et transparente. Chacun doit pouvoir prendre une décision personnelle sur la base d’informations claires en matière de vaccination.» Le personnel médical et soignant n'est pas exclu de ce droit à la décision personnelle!

3. Faut-il rendre obligatoire la vaccination du personnel soignant pour protéger les patients, notamment âgés, d'une contamination?

Giovan Maria Zanini: Je suis opposé à la vaccination obligatoire, même du personnel soignant. Une vaccination reste une atteinte à l'intégrité physique de l'individu. Je respecte le choix des gens de ne pas se faire vacciner. Cependant, il faut faire un pas de plus en allant dans la pratique. J'ai le droit de demander à mon ophtalmologue ou à mon dentiste s'il est vacciné. S'il ne l'est pas, je peux toujours faire le choix d'aller chez un concurrent. En revanche, si je vais en urgence dans un hôpital, je n'ai pas ce choix. Je dois donc avoir le droit d'être protégé. Ainsi, je comprendrais qu'un employeur dise: «Si tu veux travailler, tu dois te vacciner autrement je te déplace ailleurs.»
Roswitha Koch: Non, absolument pas. Il n'y a aucun argument pour rendre obligatoire la vaccination du personnel. Nous nous trouvons dans l'heureuse situation où les vaccins contre le SARS-CoV-2 – autorisés en Suisse – sont très efficaces et où quasiment chaque personne (jeune, âgée, vulnérable ou pas, etc.) peut se faire vacciner pour être protégée. Alors, c'est une idée plutôt absurde que quelqu'un refuse de se faire vacciner et demande à d'autres personnes de se faire vacciner pour le protéger. On peut appeler cela de l'instrumentalisation.
Et vous, êtes-vous plutôt pour l'obligation ou pour la sensibilisation?

4. La sensibilisation par l'information, pourquoi pas ciblée, est une alternative solide. Jusqu'à quel point?

Giovan Maria Zanini: Il faut tout faire pour sensibiliser, en donnant toutes les informations pour que les gens comprennent le choix qu'ils prennent vis-à-vis de la vaccination. Cela est absolument clair. Mais il faut être réaliste: cela ne suffira pas pour nos besoins au niveau de la société et du retour à la vie normale. Le taux de vaccination est actuellement trop faible et nous voyons arriver les risques du variant Delta en Suisse.
Roswitha Koch: C'est tout à fait la stratégie à choisir. Informer sur les effets notamment secondaires des vaccins contre le Covid-19 est essentiel. L'ASI est l'un des partenaires de l'OFSP dans sa campagne d'information sur la vaccination. Les infirmières et infirmiers ont une grande crédibilité auprès de la population, et nous nous engageons avec l'OFSP pour informer la population et les professionnels de santé concernant les faits scientifiques, et aussi contre les mythes qui circulent. Il faut attendre de voir jusqu'à quel point cela portera des fruits. Avec 50% de la population, on a déjà fait un bon bout du chemin.

5. Faut-il craindre des tensions de plus en plus accrues au sein de la société entre les pro-vaccins et les anti-vaccins?

Giovan Maria Zanini: Il y a un peu de tout chez les anti-vaccins: des personnes qui attendent que les autres se fassent vacciner, des personnes sceptiques envers les nouveaux types de vaccins ou même envers la science de manière générale, etc. La discussion idéologique a déjà eu lieu, je ne pense pas qu'elle s'accentuera, du moins à court terme. Cela dit, si une nouvelle vague arrive et qu'elle touche la part de la population non-vaccinée, il risque de se passer quelque chose au niveau de ce que la société est capable de digérer.
Roswitha Koch: Le gouvernement suisse a toujours été très réticent envers les mesures contraignantes de santé publique pour contrôler la pandémie. Il n'y a par exemple jamais été décidé d'installer un couvre-feu ou d'autres interdictions de libre circulation. Je pense aussi qu'une grande majorité de la population a confiance envers les experts de vaccination et de santé publique au sein de l'OFSP. Et il faut respecter la décision personnelle de chacun. Cela pourra certainement éviter les conflits.

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