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Women march ahead of International Women's Day in Quito, Ecuador, Sunday, March 7, 2021. (AP Photo/Dolores Ochoa)

Manifestation à Quito, Équateur. Image: AP

Pologne, Mexique, Inde... les pays où ça ne tourne toujours pas rond pour les femmes

paulina schmidt, sophie garbe / watson.de



Dans le monde entier, les femmes font face à de nombreux préjudices, problèmes et injustices. Selon la Deutschen Stiftung Weltbevölkerung, aucun pays n’a encore atteint l’égalité entre les sexes en 2021. Les femmes continuent à défendre leurs droits et leurs besoins. Elles militent pour plus d’éducation, plus de sécurité et plus de liberté et luttent contre la violence et l’oppression pour défendre leur autodétermination et leur intégration. Quels sont leurs combats? Quelles sont leurs exigences? À l’heure actuelle, quelles sont les questions qui préoccupent les femmes dans le monde? À l’occasion de la Journée internationale des femmes, watson fait le tour du monde.

Pologne: pour le droit à disposer librement de son corps

Il y a quelques semaines, une nouvelle loi sur l’avortement est entrée en vigueur en Pologne. Le pays a déjà une des lois les plus restrictives en matière d’avortement en Europe. Jusqu’à présent, l’IVG n’était autorisée qu’en cas de viol ou lorsque la santé de la mère était en danger en raison d’une malformation grave du fœtus. Dorénavant, ces cas de figure tombent à l’eau et tout avortement est punissable par la loi.

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Marta Górczyńska est une avocate spécialisée dans les droits de l’Homme. «La situation des femmes en Pologne s’est dégradée,» nous explique-t-elle.

«La loi sur l’avortement a toujours été l’une des plus stricte en Europe, mais aujourd’hui les avortements sont quasi totalement interdits. De nombreuses femmes doivent se rendre à l’étranger pour avorter. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre la nouvelle loi et la police a attaqué et arrêté de nombreuses manifestantes. Le gouvernement a sans doute pensé que personne n’oserait manifester pendant la pandémie. Or, nous avons montré à quel point les femmes sont déterminées à se battre pour leurs droits.»

«Je veux que le gouvernement commence à nous écouter, nous les femmes, et à nous prendre au sérieux»

Marta Górczyńska, avocate spécialisée dans les droits de l’Homme

Biélorussie: contre la dictature

Un autre problème en Pologne, c’est l’accès limité à l’éducation sexuelle et aux moyens de contraception. «Si vous regardez qui prend les décisions en matière d’avortement, ce sont tous des hommes. Je veux que le gouvernement commence à nous écouter, nous les femmes, et à nous prendre au sérieux. On ne doit pas forcément avoir tous le même avis, mais nous devons commencer par nous réunir et discuter sérieusement du problème,» exige-t-elle.

Alexandre Loukachenko est à la tête de la Biélorussie depuis 1994. En raison de son style quasi autoritaire, on le surnomme le «dernier dictateur d’Europe». Au cours des derniers mois, c’est exactement à cause de ce titre que de grandes manifestations inédites ont soulevé le pays, largement soutenues par les femmes. Selon les observateurs internationaux, les élections présidentielles qui se sont tenues en août 2020 ont été manipulées. À l’approche des élections, le président sortant avait déjà bloqué ou arrêté des candidats de l’opposition prometteurs. Toutefois, une candidate a créé la surprise et laissait entrevoir une lueur d’espoir. Après l’exclusion puis l’emprisonnement de son mari qui était candidat à la présidentielle, Svetlana Tikhanovskaïa s’est présentée à sa place et a reçu beaucoup de soutien.

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Svetlana Tikhanovskaïa et ses compagnons d’armes. Ensemble, les trois femmes symbolisent l’opposition. sda

Svetlana Tikhanovskaïa a bénéficié du soutien de Veronika Tsekalo, l’épouse d’un autre candidat inéligible et de Maria Kolesnikova qui travaillait pour la campagne d’un homme politique également suspendu. Ce trio féminin symbolisait la résistance. Alexandre Loukachenko n’a sûrement pas apprécié que trois femmes s’opposent à lui. Le président est connu pour sa vision sexiste du monde. Pour lui, les femmes doivent idéalement avoir trois à quatre enfants et leur principal objectif, c’est de «décorer le monde».

Après les élections, Loukachenko s’est déclaré vainqueur malgré l’opposition. Des manifestations ont éclaté dans l’ensemble du pays. Après des violences répétées envers les manifestants, de nombreuses femmes ont rejoint le mouvement. Vêtues de robes blanches et tenant des fleurs blanches dans leurs mains, elles ont formé des chaînes humaines pour dénoncer la violence du gouvernement.

Entre-temps, Svetlana Tikhanovskaïa s’est réfugiée à l’étranger. Toutefois, elle n’a pas abandonné sa lutte contre le dirigeant Loukachenko. «Les Biélorusses n’ont pas abandonné et ils n’abandonneront pas, » a-t-elle écrit récemment sur Telegram selon Redaktionsnetzwerk Deutschland. «Ils ont toujours soif de liberté.»

Mexique: contre la violence envers les femmes

Chaque jour au Mexique, des femmes sont victimes de féminicides. Elles sont assassinées parce qu’elles sont des femmes et l’État reste les bras croisés. Seuls quelques cas donnent lieu à des poursuites pour féminicide et le président Andrés Manuel López Obrador minimise le nombre de meurtres. Mais aujourd’hui, les jeunes femmes en ont marre. La colère grandit et le pays connaît de plus en plus de manifestations contre les féminicides et la violence sexuelle.

Italy Ciani a écrit un livre sur la violence que subissent les femmes au Mexique. Elle a également travaillé sur la mise en place d’une loi sur le féminicide. Elle nous raconte : «Ces dernières années, la situation s’est améliorée pour les femmes au Mexique. Nous avons atteint la parité dans de nombreux domaines publics. Au congrès et dans de nombreux états du Mexique, les femmes occupent des postes importants, ce qui aurait été inimaginable il y a encore quelques années. Mais la question de l’égalité des droits entre hommes et femmes n’est pas qu’une question de parité. Nous avons encore beaucoup de travail à faire, surtout en ce qui concerne la sécurité des femmes.» La violence envers les femmes est un problème de taille au Mexique. «Une femme sur quatre a subi une forme de violence, » nous explique-t-elle. Elle précise que les femmes ne peuvent pas marcher dans la rue sans se faire de soucis et ne sont pas libres de choisir leurs habits.

«Le problème principal d’une femme au Mexique, c’est justement d’être une femme»

Italy Ciani, avocate du droit pénal et auteure

«Aux nouvelles, les femmes sont souvent accusées lorsqu’elles sont attaquées. On dit qu’elles provoquent leurs agresseurs en s’habillant d’une certaine manière. On assiste à une normalisation de la violence. Et pas seulement sur le plan social et dans la vie de tous les jours, mais aussi dans les médias», précise-t-elle. «Le problème principal d’une femme au Mexique, c’est justement d’être une femme. Car l’État n’est pas capable de garantir notre vie et notre bien-être physique, sexuel et émotionnel.» Italy Ciani aimerait que le gouvernement fasse son travail. «Quelle est la raison d’être d’un État si ce n’est la sécurité de sa population ?» Pour Italy Ciani, c’est une tâche tellement importante que le gouvernement ne peut pas l’assumer seul. «Nous devons, en tant que société, prendre nos responsabilités et les femmes doivent s’approprier le concept de «sororité».»

Inde: contre le système des castes

Selon Reuters en 2018, l’Inde serait le pays le plus dangereux pour les femmes. L’agence de presse a interrogé plus de 500 experts dans le monde. Chaque jour, plus de 100 viols sont signalés en Inde. De nombreuses agressions particulièrement cruelles et des poursuites difficiles font la une des journaux. Le viol de Manisha Valmiki l’automne dernier a été l’un des plus atroces. La jeune fille de 19 ans aurait été violée et maltraitée par quatre hommes. Pendant l’agression, sa colonne vertébrale a notamment été brisée. Deux semaines plus tard, Manisha Valmiki a succombé à ses blessures à l’hôpital. Le cas de cette jeune fille reflète la violence que subissent les femmes en Inde et l’injustice ancrée dans la société indienne et renforcée par le système des castes: ce système qui place les personnes sur une échelle sociale dès leur naissance.

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Des femmes à New Delhi ont manifesté contre le viol collectif d’une jeune femme dalit en octobre 2020. keystone

Le système des castes a été aboli en Inde, mais il influence encore le quotidien dans de nombreuses régions du pays. Manisha Valmiki était une Dalit et appartenait donc à la caste la plus basse, celle des Intouchables. Les femmes dalits sont victimes de nombreuses agressions sexuelles. Les statistiques révèlent que chaque jour, dix femmes dalits sont violées en Inde. Pour ces femmes, l’accès à la justice n’est pas facile. Dans l’ensemble du pays, l’agression de Manisha Valmiki a déclenché une vague de manifestations contre la violence et la discrimination envers les femmes ainsi que le système des castes. Les manifestants ont brandi des pancartes portant le nom de Manisha Valmiki et le hashtag #JusticeForManishaValmiki a explosé sur Twitter. Depuis, de plus en plus de militantes dalits se réunissent et parlent des discriminations qu’elles ont subies. L’organisation Dalit Women Fight soutient les femmes dalits victimes de violence et forme les militantes.

Iran: contre le régime islamique

Selon le Global Gender Gap Report (rapport sur l’inégalité entre les sexes dans le monde) établi par le Forum économique mondial et qui examine la situation des femmes et des filles à travers le monde, l’Iran occupe la dernière place. Seuls cinq pays dans le monde ont signé la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. En Iran, c’est la charia, la loi islamique, qui fait foi et qui discrimine et opprime systématiquement les femmes. Les femmes n’ont notamment pas le droit d’exercer de nombreuses professions et de voyager sans l’accord de leur mari. Elles sont également tenues de porter un foulard. Elles doivent être disponibles pour des rapports sexuels pendant le mariage et le viol et la violence physique demeurent impunis. Shiva Mahbobi milite pour les droits des femmes en Iran et préside l’association Free Political Prisoners In Iran (CFPPI). À 16 ans, elle a été arrêtée pour avoir milité et a passé trois ans en prison. Après sa libération, Shiva a continué à faire parler d’elle en militant. Aujourd’hui, elle vit au Royaume-Uni et travaille comme thérapeute. Elle continue à combattre les droits des femmes en Iran.

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Shiva Mahbobi se bat pour les droits des femmes en Iran. pd

Elle nous décrit la situation des femmes en Iran: «Depuis 42 ans, le régime islamique en Iran commet des crimes contre l’humanité et contre les femmes en particulier. Le gouvernement profite de toutes les occasions pour opprimer les femmes. Les attaques contre les droits des femmes sont légales et légitimes aux yeux du régime. De nouvelles lois sont adoptées pour contrôler et opprimer les femmes.» Shiva Mahbobi nous explique que les Iraniennes militent pour leur liberté depuis des décennies. «Malgré tous ces obstacles, les femmes en Iran se battent pour leurs droits depuis 42 ans. Par exemple, lorsque le régime islamique a introduit le foulard obligatoire pour les femmes en 1979, des millions de femmes sont descendues dans les rues le 8 mars pour manifester contre cette mesure. Depuis, les femmes, mais aussi de nombreux hommes, ont rejoint la lutte pour l’égalité et contre le régime. Nous n’avons accepté ni le foulard, ni les lois islamiques. Les femmes ont toujours été au premier rang des manifestations contre le régime, qu’il s’agisse des manifestations contre les élections truquées en été 2009 ou contre l’augmentation du prix de l’essence en automne 2019. Malgré une pression énorme ainsi que des arrestations, des tortures et des exécutions, les Iraniennes ont continué à réitérer leurs revendications sociales et politiques. Le mouvement pour les droits des femmes est toujours très important en Iran.»

«Depuis 42 ans, ce régime commet des crimes contre l’humanité et opprime des millions de femmes et de filles...»

Shiva Mahbobi, militante pour les droits de la femme

Elle se souvient d’une scène qui l’avait particulièrement marquée. « En décembre 2017, des Iraniennes se sont rassemblées pour manifester contre le port obligatoire du foulard. Une femme se tenait sur une boîte à outils au milieu d’une rue à Téhéran et a enlevé son foulard. Elle l’a attaché à un bâton et l’a agité devant la foule pour symboliser la lutte contre le code vestimentaire islamique. De nombreuses femmes se sont inspirées d’elle et ont enlevé leur foulard dans plusieurs villes. Plus de 35 femmes ont été arrêtées ou ont été attaquées par les forces de l’ordre parce qu’elles avaient participé à des manifestations contre le port obligatoire du voile.

À l’heure actuelle, plusieurs milliers de militantes ont été emprisonnées et sont victimes de torture en Iran. Nombreuses d’entre elles militaient pour les droits des femmes. Certaines ont même été exécutées. Pour mettre fin à l’oppression des femmes en Iran, il faut renverser le régime islamique. Il n’y a pas d’autre solution. Les gens là-bas se battent contre le gouvernement depuis des années et n’arrêteront pas tant que le régime sera finalement vaincu. Je pense qu’il est temps que l’Allemagne et l’ensemble des pays européens rejoignent les Iraniennes dans cette lutte et qu’ils boycottent le gouvernement iranien. Depuis 42 ans, ce régime commet des crimes contre l’humanité et opprime des millions de femmes et de filles.»

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