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«La Russie va recevoir la même leçon que l’Allemagne nazie»

Gehen da imperiale Träume in Rauch auf? Eine Öl-Raffinerie in Moskau steht in Flammen nach einer ukrainischen Drohnen-Attacke.
Les rêves impériaux de Poutine semblent partir en fumée en même temps que ses raffineries de pétrole.Image: Reuters

«La Russie va recevoir la même leçon que l’Allemagne nazie»

L'Ukraine suit une nouvelle stratégie de défense: détruire activement les raffineries de pétrole russe pour affaiblir le camp adverse. Une tactique qui a porté ses fruits durant la Seconde Guerre mondiale.
30.06.2026, 05:4030.06.2026, 05:40

L’actualité internationale semble actuellement tourner autour du pétrole. Ceux qui en disposent en abondance ont le dessus; ceux qui risquent d’en manquer s’affaiblissent.

C’est le cas dans le conflit avec l’Iran, où le président des Etats-Unis Donald Trump a justifié son accord avec Téhéran, jugé désavantageux, par la nécessité de rouvrir le détroit d’Ormuz au transport pétrolier:

«Je ne voulais pas d’une catastrophe économique. Si la situation avait continué ainsi, cela aurait pu arriver»

Et lorsque Donald Trump parle de catastrophe, il pense à une véritable catastrophe. «Le seul président que je ne voulais absolument pas devenir, c’était Herbert Hoover», a-t-il ajouté, selon l'agence Reuters. Celui-ci occupait la Maison-Blanche en octobre 1929, lorsque le krach boursier a déclenché une crise mondiale, plus tard connue sous le nom de Grande Dépression.

Avant de conclure son accord avec l’Iran, Donald Trump a été mis en garde par des dirigeants de l’industrie pétrolière, selon le journal spécialisé Politico. Les réserves étaient dangereusement basses et les prix du pétrole risquaient de s’envoler.

La défense de l’Ukraine contre la Russie tourne elle aussi autour du pétrole. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky fait systématiquement bombarder les raffineries russes, provoquant selon des médias russes indépendants une «crise du carburant». Il est difficile d’évaluer précisément la situation actuelle. Une enquête indique toutefois que des pénuries ou des restrictions de vente sont déjà constatées dans presque toutes les régions du pays.

Au-delà des statistiques, le quotidien populaire allemand Bild a peut-être trouvé sur internet la preuve la plus parlante de cette pénurie: une vidéo montrant des automobilistes se battre pour du carburant. Le journal l’a sobrement titrée: «Des Russes se battent pour de l’essence».

Des airs de 1944

Pour les experts, ces scènes rappellent des précédents historiques et révèlent une tendance qui pourrait peser sur l’issue de la guerre. Michael Bohnert, analyste militaire au sein du groupe de réflexion américain RAND, réagit ainsi aux informations faisant état d’une pénurie de carburant:

«Je n’aurais jamais pensé que cela irait aussi loin. La Russie va bientôt recevoir la même leçon que l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.»

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’élément décisif a été la maîtrise du ciel acquise par les Alliés à partir de l’été 1944. Même une armée d’élite comme la Wehrmacht ne pouvait résister longtemps face à un adversaire qui frappait librement depuis les airs, comme l'indiquait un rapport américain rédigé après la guerre. Pourtant, ce ne sont pas les bombardements des villes ou des usines d’armement qui auraient plongé l’Allemagne nazie dans un «état de désespoir».

Ce qui a provoqué le déclin, puis l’effondrement de l’économie allemande, ce sont avant tout les frappes contre les industries de base, indispensables au fonctionnement de toutes les autres. La plus essentielle était l’industrie pétrolière, qui fournissait le carburant nécessaire à l’ensemble de l’économie de guerre. Comme l'a rapporté à Hitler son ministre de l’Armement Albert Speer, la pénurie de carburant atteignait en décembre 1944 des «proportions catastrophiques».

C'est sur le front qu'on a vu les conséquences les plus spectaculaires. Lors d’une offensive allemande en décembre 1944, de nombreuses unités blindées sont tombées en panne sèche au beau milieu du champ de bataille. Au printemps 1945, environ 1200 chars allemands destinés à stopper une offensive soviétique ont connu le même sort. On peut lire dans le rapport américain:

«Ils furent immobilisés, puis submergés»

Selon l'analyste Michael Bohnert, Vladimir Poutine pourrait aujourd’hui se retrouver dans une situation comparable à celle de l’Allemagne nazie. Comme Adolf Hitler à la fin de la guerre, le président russe ne contrôlerait plus totalement le ciel au-dessus de son propre territoire. Il parviendra peut-être à reprendre l’avantage, mais, pour l’heure, il doit partager cet espace aérien avec l’Ukraine. Et celle-ci applique la même stratégie que les Alliés lorsqu’ils ont mis l’Allemagne nazie à genoux: bombarder les raffineries.

Cette campagne a commencé l'an dernier. Michael Bohnert soulignait déjà à l’époque l’importance de cette stratégie. Si cette tendance se poursuit et s’intensifie, selon lui, «l’ours russe sera lentement affamé».

Et les provisions de l'ours continuent de diminuer. En 2025, les quelque 45 raffineries russes n’étaient frappées que tous les deux ou trois jours. En 2026, des explosions se produisent presque quotidiennement quelque part en Russie, et avec plus de force. Selon Michael Bohnert, les réparations prennent quatre semaines en moyenne, contre deux l'an dernier.

L’exemple le plus spectaculaire est celui de la raffinerie de Moscou, récemment touchée. Avant cette attaque, elle fournissait environ 70% de l’essence consommée dans la capitale russe. Elle pourrait rester à l’arrêt pendant six mois.

C’est une véritable course contre la montre. L’Ukraine bombarde aussi souvent et aussi intensément que possible; la Russie répare aussi vite et aussi efficacement qu’elle le peut. Tant que moins de 30% de ses raffineries sont à l’arrêt, la Russie peut encore absorber le choc, selon Michael Bohnert. Mais si la tendance actuelle se confirme, ce chiffre atteindra bientôt 45%.

L'effondrement se rapproche

La situation de la Russie pourrait ainsi se rapprocher de celle de l’Allemagne nazie après la perte de la maîtrise du ciel. Dans le rapport américain, on lit cette phrase prononcée par des ouvriers chargés alors de réparer des installations de production de pétrole synthétique:

«Aujourd’hui, nous terminons la reconstruction; demain, les bombardiers reviendront»

Reste à voir si Vladimir Poutine parviendra à contrer la stratégie ukrainienne. Jusqu’à présent, il l’a qualifiée de tentative désespérée, affirmant que l’Ukraine «perd un territoire après l’autre tandis que nos troupes prennent une localité après l’autre». Pourtant, selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre, la Russie a récemment perdu davantage de terrain qu’elle n’en a conquis. S’il faut agir, la responsabilité principale incombe selon Vladimir Poutine au ministère de la Défense.

Mais Michael Bohnert prévient: plus la pénurie de carburant s’étendra, plus l’industrie russe sera sous pression:

«A un moment donné, les machines tomberont en panne, il n’y aura plus de pièces de rechange et le système s’effondrera»

Il se garde toutefois de prédire quand cela se produira. «Mais plus les attaques durent, plus ce moment se rapproche.» (adapt. tam)

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