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illustration: fh schweiz/flavia korner
Work in progress

Prothèses recyclées Circleg: Des nouvelles jambes à partir de déchets

Deux jeunes Suisses ont développé une prothèse de jambe bon marché en plastique recyclé pour l'Afrique. La demande est énorme, mais il y a aussi des obstacles. Le fondateur Simon Oschwald explique ce qui motive les créateurs et pourquoi ils n'ont pas de patron. Entretien.
24.08.2021, 09:0924.08.2021, 17:37
Larissa Speziale
Larissa Speziale
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Simon Oschwald et son camarade d’études Fabian Engel ont créé une prothèse de jambe à partir d’emballages plastiques recyclés. Ils souhaitent ainsi répondre à une énorme demande tout en tenant compte des moyens limités de certains pays africains. Il y a trois ans, ils ont esquissé leur produit dans le cadre de leur travail de bachelor. Désormais, il prend vraiment forme et deux étapes le séparent de son lancement sur le marché. Simon nous explique ce qui le motive.

Simon Oschwald.
Simon Oschwald.image: zvg

Simon, comment vous est venue l’idée de créer une prothèse?
Simon Oschwald: Tout a commencé par des déchets, plus précisément avec des déchets thermoplastiques post-consommation. Il s’agit des emballages en plastique achetés par les consommateurs et généralement jetés tout de suite après. En tant que designers industriels, Fabian et moi étions fascinés par l’idée de transformer ces masses en un produit utile. En effet, le design industriel ne saurait se limiter à la consommation. Notre vision consiste à nous servir de nos connaissances pour changer les choses. Lors d’un voyage en Inde, nous avons découvert un projet de prothèses en matière synthétique. Après de brèves recherches, nous avons vite compris que la demande était énorme. L’Organisation mondiale de la santé estime que, dans le monde, quelque 35 millions de personnes ont besoin d’une prothèse ou d’une orthèse.

Où en est Circleg aujourd’hui?
Nous nous trouvons à un point vraiment passionnant: Le passage du prototype à l’industrialisation. Nous rentrons d’Afrique de l’Est, où nous sommes en train de mettre en place la chaîne de production et de valeur. Nous tenons à ce que la production ait lieu sur place. Et c’est ce qui différencie Circleg d’autres prothèses utilisées en Afrique, qui sont importées. Les retards de livraison sont fréquents, ce qui peut s’avérer problématique. De plus, nous avons demandé les derniers retours sur place. Les prothèses doivent être utilisables à long terme. C’est aussi ce qui les différencie des prothèses conventionnelles; certaines organisations d’aide aiment à dire qu’elles distribuent des milliers de prothèses. Bien sûr, elles taisent le fait que leurs produits deviennent inutilisables à moyen terme.

«Nous tenons à ce que la production ait lieu sur place. Et c’est ce qui différencie Circleg d’autres prothèses utilisées en Afrique»

Cela fait trois ans que ton idée a vu le jour. Entre-temps, votre équipe compte six personnes. Comment se finance-t-elle?
Nous avons la chance d’être soutenus par des grandes fondations suisses. Mais nous souhaitons peu à peu ne plus dépendre de cette aide et fonctionner par nous-mêmes sur place. Pour cette raison, pendant notre voyage, nous avons pris le temps de prospecter et de visiter plusieurs hôpitaux et organisations.

Dans un article, vous avez affirmé que la réalisation de votre idée était bien plus complexe que vous ne l’aviez pensé. Qu’est-ce qui te motive à poursuivre sur ta voie?
C’est justement cette complexité qui motive notre équipe. C’est là où nous voyons du potentiel. Nous voulons produire localement un bon produit médical et le rendre accessible au plus grand nombre. Or, c’est bien moins simple que ce que nous pensions au début. Il ne s’agit pas juste d’un produit, mais de tout le système qui l’entoure. Les écoles de médecine locales veulent même inclure le système Circleg dans leurs formations orthopédiques, ce qui garantirait un approvisionnement durable et de qualité. Voir le résultat de notre travail nous motive aussi énormément. Les gens sont très reconnaissants et la demande est énorme. On ne peut pas s’imaginer combien de personnes ont besoin d’une jambe. Nous avons visité un petit atelier de prothèses à Nairobi. A lui seul, il a une liste d’attente de plus de 800 personnes.

En partenariat avec FH Suisse
L'association FH Suisse fournit le contenu de ce blog. Il est question du monde du travail, de carrière, d'éducation et de formation. Il ne s'agit pas d'un contenu payant.
«Les écoles de médecine locales veulent même inclure le système Circleg dans leurs formations orthopédiques»

Simon, votre enthousiasme est vraiment évident. Avez-vous quand même parfois envie de jeter l’éponge?
Cela n’est jamais arrivé. Bien sûr, nous avons parfois pensé que nous n’y arriverions jamais et que nous allions être dépassés. Les gens ont de l’espoir, les cursus de formation tiennent même compte de nos idées et de nos constatations et les hôpitaux veulent acheter nos produits. Parfois, cette responsabilité nous a fait peur. Mais la devise de notre équipe est «go for it». Nous avons vite surmonté ces moments et continué à travailler.

Vous avez lancé ce projet avec des amis. Y a-t-il parfois des tensions?
Evidemment. Mais, par chance, nous tenons à un échange intensif. Plusieurs fois par année, nous effectuons un «check-up day». Chacun parle de comment il va, de ce qui l’énerve et de ce qu’il pense du projet. Cela permet de discuter des thèmes délicats et, la plupart du temps, de résoudre les problèmes. Nous avons une super équipe et vivons de nombreuses expériences. Cela nous permet de grandir ensemble et de progresser. En fait, nous travaillons entre amis et nous en sommes vraiment contents.

Cela semble presque trop beau pour être vrai.
Oui. Mais pour nous, cela fonctionne. Ce qui ne signifie pas que cela soit le cas pour tout le monde. Chaque membre de l’équipe assume une grande responsabilité et doit se créer une structure. Chez nous, personne n’est chef. La motivation doit être intrinsèque.

Quel est ton message à celles et ceux qui ont une idée de projet?
Lancez-vous! Il y aura toujours des objections et toujours des obstacles. Mais allez-y quand même! On grandit avec et grâce à un projet. Nous avons lancé Circleg avec une certaine naïveté, mais avec tout autant de motivation. Et c’est ce qui nous a ouvert plus d’une porte.

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