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La monnaie unique de la Confédération fut matière à discussion. Même le bras d’Helvetia fit débat.
La monnaie unique de la Confédération fut matière à discussion. Même le bras d’Helvetia fit débat. illustration: Marco Heer
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On est passés à deux doigts de payer en florins en Suisse

Francs ou florins? Telle est la question qui divisa la Suisse au milieu du 19e siècle. Finalement, c’est le franc qui fut choisi, mais de nouveaux différends éclatèrent dès la conception de la nouvelle monnaie nationale.
08.01.2022, 11:5510.01.2022, 11:31
Andrej Abplanalp / musée national suisse

C’était à en devenir fou. En 1849, si vous vous rendiez dans le jeune Etat fédéral, il vous fallait soit au moins dix porte-monnaie, soit constamment courir dans les bureaux de change. A Zurich, on payait avec des ducats ou des thalers, à Schwyz on vous demandait des rappes, et à Coire il fallait payer son souper en batz. Tout le monde savait que cela n’était pas viable à long terme.

Mais à quoi la nouvelle monnaie unique devait-elle ressembler? Et surtout, quel système fallait-il appliquer? Cette question divisait les experts. Il fallait choisir entre le système décimal du franc français et celui des florins du sud de l’Allemagne. Cette question divisa notre pays: la Suisse romande, Berne et Bâle voulaient le franc, la Suisse orientale et Zurich, le florin.

Deux ducats frappés par la ville de Zurich, 1776.
Deux ducats frappés par la ville de Zurich, 1776.Image: Musée national suisse
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La Confédération chargea Johann Jakob Speiser d’une expertise. Le directeur de la banque de Bâle conclut que le système monétaire français devait constituer la base de la monnaie fédérale. Non seulement cela améliorerait l’accès à l’économie mondiale, qui reposait en grande partie sur le franc, mais cela faciliterait aussi la conversion. Les partisans du florin ne s’avouèrent, toutefois, pas vaincus. Ils utilisèrent les quelques mois restant avant le vote du Conseil national, en avril 1850, pour recueillir des signatures pour des pétitions contre le système français.

Portrait de Johann Jakob Speiser.
Portrait de Johann Jakob Speiser.Image: Musée national suisse
Pétition de Zurich (Aussersihl) pour un franc suisse sur la base du florin.
Pétition de Zurich (Aussersihl) pour un franc suisse sur la base du florin.Image: Archives fédérales suisses

Ils eurent beau implorer, supplier, argumenter, pester et jurer, rien n’y fit. Le Conseil national décida, après le Conseil des Etats, d’introduire le franc selon le système français. La loi fédérale correspondante sur les monnaies fédérales fut promulguée début mai 1850.

Mais le fossé séparant les deux camps était encore profond; de nouvelles agitations menaçaient. L’Helvetia du graveur genevois Antoine Bovy mit nombre de politiciens hors d’eux. Pas populaire, laide, trop féminine... la liste des critiques était longue. Presque aussi longue que le bras tendu de l’allégorie du pays, qui paraissait peu naturelle, car contrairement aux modèles de l’Antiquité, elle ne tenait dans sa main aucun attribut. Ou peut-être était-ce un message caché?

Début 1853, la Neue Zuger Zeitung interpréta cela comme le fait que l’«Helvetia au bras tendu» puisait dans tous les sacs, caisses, bourses et économies, défiant ainsi l’argent en circulation depuis 100 ans. Elle n’était donc pas seulement laide, mais aussi effrontée!

La pièce de cinq francs de 1850 ornée de l’Helvetia d’Antoine Bovy.
La pièce de cinq francs de 1850 ornée de l’Helvetia d’Antoine Bovy.Image: Musée national suisse

Le Conseil national était aussi de cet avis. Conformément à sa demande, l’«Helvetia dont tout le monde a horreur» devait être retirée de l’avers des nouvelles pièces de monnaie, écrivit l’Eidgenössische Zeitung le 24 décembre 1851. Car «la Suisse tout entière s’exprime d’une seule voix sur cette représentation de mauvais goût et contraire aux idées nationales de Madame Helvetia, et cela vaudrait la peine de changer cette empreinte.»

Mais la Suissesse controversée resta dans cette position assise pendant toute la durée de la crise. Du moins jusqu’en 1875. Depuis, elle se tient debout. Quoi qu’il en soit, son «père» ne fut pas remplacé. La nouvelle gravure fut elle aussi réalisée par Antoine Bovy.

Portrait d’Antoine Bovy, vers 1850.
Portrait d’Antoine Bovy, vers 1850.Image: Musée national suisse
L’Eidgenössische Zeitung publia en décembre 1851 un article critiquant «Madame Helvetia».
L’Eidgenössische Zeitung publia en décembre 1851 un article critiquant «Madame Helvetia».Image: e-newspaperarchives

La décision de ne pas adopter le système du florin fut, par ailleurs, judicieuse. Dès la fin de l’année 1871, l’empire allemand adopta le mark comme monnaie unique, et le florin, le thaler et le ducat disparurent lentement.

La première fois…
Il y a une première fois à tout. Cette série met à l’honneur les premières historiques de la Suisse et aborde des thèmes aussi variés que les premiers passages piétons et la toute première initiative populaire. Les articles sont rédigés en collaboration avec les Archives fédérales suisses.
>>> Plus d'articles historiques sur: blog.nationalmuseum.ch/fr
watson adopte des perles sélectionnées du blog du Musée national suisse dans un ordre aléatoire. L'article «Le premier franc suisse» est paru le 29 novembre.
blog.nationalmuseum.ch/fr/2021/11/le-premier-franc-suisse

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