Comment «Zelda: Ocarina of Time» a réinventé le jeu vidéo
Jeudi 5 novembre, les rayons de jeux vidéo du monde entier ont été pris d’assaut dès l’ouverture des magasins, certains ayant même anticipé une ouverture à minuit pour vendre le remake de The Legend of Zelda: Ocarina of Time sur la console Nintendo Switch 2. Sur les réseaux sociaux, l’engouement est tel qu’il éclipse même le mastodonte Grand Theft Auto 6, à un peu plus de dix jours de sa sortie.
Pour vous donner une idée de l’ampleur:
Il faut dire que Nintendo a fait renaître l’un de ses titres les plus mythiques pour célébrer l’une de ses licences les plus célèbres. Sorti en 1998, The Legend of Zelda: Ocarina of Time est tout simplement, selon le vote populaire, le «meilleur jeu de tous les temps», avec une note de 99 sur 100 sur l’agrégateur de référence Metacritic. Le jeu occupe la première place du classement historique du site depuis plus de 25 ans et reste indétrônable.
La note sur Metacritic:
Pour comprendre un tel engouement, il faut revenir en arrière. Ce Zelda-là, c'est tout simplement le jeu qui a posé les fondements du jeu d’action-aventure en 3D et celui-ci n’a rien perdu de son aura, pour le plus grand bonheur des nostalgiques, ou des nouveaux joueurs qui vont découvrir ce monument pour la première fois en jouant au remake.
Voyageons dans le temps
Au milieu des années 1990, le jeu vidéo grand public découvrait le volume d'un espace tridimensionnel, après deux décennies de graphismes en pixels plats. La PlayStation de Sony et la Sega Saturn étaient sorties les premières, en 1995, avec des manettes héritées du passé et peu optimisées pour les déplacements en trois dimensions. Les joueurs qui ont connu les Tomb Raider et les Resident Evil de l’époque en font probablement encore des cauchemars.
Le vénérable arbre Mojo de 1998...
... a meilleure mine en 2026.
Deux ans plus tard, en 1997, Nintendo réplique avec la Nintendo 64 et sa manette, qui intègre pour la première fois un joystick analogique et permet aux joueurs de déplacer Mario dans toutes les directions avec Super Mario 64.
Mais un simple jeu de plateforme ne constitue pas encore une véritable aventure pour autant. C’est donc Ocarina of Time qui va introduire des mécaniques plus poussées, aujourd’hui devenues indissociables des jeux d’action-aventure, comme le fameux verrouillage manuel qui permet de combattre sans perdre son adversaire de vue.
Cette innovation va également servir une construction qui va bien au-delà des séquences de combat ou des phases de plateforme. Nintendo ne s’est pas contenté de faire passer Zelda à la 3D: le studio a donné vie à un royaume que les joueurs pouvaient explorer, avec ses villages et ses donjons pleins de secrets, le tout rythmé par un cycle jour-nuit. Une exploration qui demande également de la réflexion, avec des énigmes dont la résolution passe autant par l’observation que par les notes de musique jouées avec un instrument devenu emblématique: l’ocarina.
Mais au-delà de la technique, où ce jeu a véritablement apporté une vraie valeur ajoutée, c'est dans sa direction artistique, sa mythologie et sa bande-son intemporelle (jouée à l'ocarina), créant une atmosphère mélancolique et féerique qui a marqué l'histoire du jeu vidéo autant que les joueurs.
Le retour à l'enfance
Imaginée par Shigeru Miyamoto, le créateur de Mario, la saga The Legend of Zelda voit le jour en 1986 au Japon, avant de débarquer sur NES en Occident l'année suivante. Elle nous plonge dans le royaume fantastique d'Hyrule, où le jeune héros Link doit sauver la princesse Zelda des griffes du maléfique Ganon.
Au cœur de cette aventure se trouve la Triforce, une relique divine composée de trois fragments incarnant la force, la sagesse et le courage. Ce premier épisode pose les bases d'une mythologie qui, au fil des décennies, s'enrichira de légendes ancestrales, de divinités, de voyages dans le temps et de destinées entrelacées.
Pour imaginer cet univers, Shigeru Miyamoto s’est inspiré de ses souvenirs de jeunesse près de Kyoto, lorsqu’il explorait librement les forêts, les montagnes et les grottes, parfois à la seule lumière d’une lanterne. Le créateur de Zelda a voulu retrouver cette sensation d’aventure et de mystère, donnant naissance à un monde qui se présente comme un immense jardin à explorer à hauteur d’enfant.
En soulevant des cailloux, en rampant sous des souches pour trouver des trésors ou en parlant aux arbres, au cœur de The Legend of Zelda se cache un plaisir profondément régressif qui renvoie à la curiosité et l’imaginaire de l’enfance.
Et dans Ocarina of Time, le récit donne une autre dimension au temps. Pour sauver Hyrule du mal, Link traverse deux époques: son présent, un royaume prospère dans lequel il est encore enfant, puis un futur où il découvre une terre ravagée par le règne de Ganondorf.
Il y a dans ce jeu à la fois la nostalgie d’une enfance florissante et la dureté d’une vie adulte, confrontée à la solastalgie: ce sentiment d’impuissance qui naît lorsque l’on voit son environnement et ses repères familiers se dégrader.
Deux niveaux de lecture qui frappent différemment selon qu’on y joue enfant ou adulte, et c’est peut-être l’une des raisons qui rendent ce jeu intemporel. Vingt-huit ans plus tard, The Legend of Zelda: Ocarina of Time résonne toujours autant dans le cœur des joueurs, alors que l’émerveillement du passé côtoie désormais la mélancolie.
