C'est l'un des pires films de l'année
En 1994, le film Speed tenait le monde en haleine en plaçant Keanu Reeves et Sandra Bullock dans un bus piégé qui ne pouvait ralentir sous peine d’exploser. En 2026, le bus se transforme en paire de Nike bien amorties chaussées par une Gal Gadot (Wonder Woman) dont les talents d’actrice sont toujours à ras du sol pour cette course contre la montre, au sens littéral. Ce n’est pas que moi qui le dis: la star est souvent moquée sur Internet pour son jeu plutôt discutable.
Son jeu d'actrice, c'est ça:
Sorti mercredi sur la plateforme Prime Video, The Runner est réalisé par Kevin Macdonald, cinéaste et documentariste britannique à qui l’on doit pourtant de bons films comme Le Dernier Roi d’Ecosse (2006) ou Désigné coupable (2021). La faute revient plutôt à son scénariste, un certain Mark Gibson, à qui l’on souhaiterait presque de se tordre la cheville pour nous avoir infligé un thriller de 1h20 dont le ressenti avoisine les 3h40. Un comble lorsque l’on pense au film culte Cours, Lola, cours (1998) de Tom Tykwer, dont le postulat presque similaire avait su autant nous tenir en haleine que nous impressionner visuellement.
La bande-annonce:
Sur l’agrégateur Rotten Tomatoes, le film cumule seulement 9% d’avis positifs. Sur Allociné, il obtient une note morbide de 1,9. Letterboxd lui attribue deux étoiles en moyenne, tandis que c’est sur IMDb que l’on trouve l’évaluation la plus favorable, avec une note de 4,1 sur 10. Autant dire que le film est très sévèrement jugé, à sa juste valeur. Une petite pensée pour Gal Gadot qui, au-delà d’enchaîner les échecs au point de se demander si elle n’en est pas responsable, s’est tout de même cassé les deux pieds pendant le tournage de ce film, à défaut des nôtres.
Anatomie d'un navet
Laissez-moi vous conter The Runner afin que vous n’ayez pas à le faire vous-même, à moins de vouloir le visionner de manière masochiste, comme lorsqu’on ralentit pour observer un accident sur l’autoroute. Ce qui suit sera donc un sentier semé de spoilers. Mais croyez-moi: allez plutôt courir une heure dehors que de vous infliger ce film. Un point de côté est nettement moins douloureux.
Tout commence avec Maia Marten (Gal Gadot), une avocate londonienne qui effectue chaque matin son jogging dans son quartier. Son oreillette, fixée à son oreille comme si elle avait été collée à la colle Araldite, ne bougera pas d’un iota durant tout le film, malgré les nombreuses chutes au sol de l’héroïne.
Ce jour-là, après avoir préparé son petit garçon pour l’école et l’avoir regardé partir avec ses yeux attendris de mamounette, elle entame son parcours habituel lorsque son téléphone sonne. Le numéro affiché est bien celui de son enfant, mais la voix innocente à laquelle elle s’attendait se révèle finalement menaçante.
L’homme au bout du fil l’informe qu’il a enlevé son fils et que Maia doit désormais obéir au moindre de ses ordres, sous peine de voir son enfant mourir d’une overdose d’insuline, celui-ci étant diabétique. Comme tout bon hacker expert en intelligence artificielle, le ravisseur a piraté sa pompe à insuline afin de provoquer un coma hypoglycémique chez l’enfant. (Oui, on est sur un antagoniste qui aime bien se compliquer la vie.)
Pour éviter qu’il ne passe à l’acte, il exige que Maia traverse Londres à pied en moins d’une heure afin d’assassiner le témoin qu’elle défend, un homme sur le point de faire tomber un puissant chef de la mafia locale. L’avocate n’a donc d’autre choix que de courir à travers la ville pour abattre son propre client.
Il est vrai qu’elle aurait pu prendre un Uber, mais le méchant tenant à tout prix à l’avoir à l’œil grâce aux caméras de la ville, elle n’a pas d’autre choix que d’éviter les coupures de réseau en se tapant un sprint. Heureusement pour elle, Maia est capable de courir une heure entière en zone 5 sans jamais transpirer ni s’essouffler, et va même jusqu’à courir plus vite que le métro quand son téléphone se fait voler par un malfrat. Car oui, le film est bourré de péripéties, l’héroïne étant forcée de contourner de nombreux passants et autres obstacles qui jonchent son parcours.
Sauf que Maia n’est pas seulement une sportive de haut niveau, elle est aussi maligne comme un singe et piège le ravisseur lors du dénouement, en faisant semblant de se soumettre à ses ordres tout en orchestrant une fausse exécution.
Mais comment s’y prend-elle, Jamy? Eh bien, c’est très simple! Tout au long de sa course à travers Londres, Maia profite des angles morts des caméras et des quelques secondes d’inattention de son ravisseur pour laisser discrètement des instructions à des tiers, à l’insu de ce dernier, en envoyant simplement des SMS afin qu’on lui procure des balles à blanc et des poches de sang.
Car c’est bien connu: les vrais amis sont ceux qui parviennent à vous trouver des balles à blanc et des poches de sang en moins d’une heure, en plein cœur de Londres.
En effet. Tout ceci n'a aucun sens.
Mais tout est bien qui finit bien: le méchant est arrêté, le petit Noah reçoit son insuline alors qu’il ne lui restait plus que 1% de batterie, et tout rentre dans l’ordre. Et comme le cinéma est aussi parfois une leçon de vie, lorsque Maia reçoit un ultime appel provenant d’un numéro inconnu, elle refuse de décrocher et jette son téléphone, reprenant enfin le contrôle absolu de sa vie.
The Runner, c’est un plaidoyer contre l’invasion des smartphones et la paranoïa liée à la surveillance de masse que l’on aurait commandé sur Wish, les plateformes de streaming prouvant, une fois encore, qu’elles en sont souvent l’équivalent cinématographique.
«The Runner» est disponible sur Prime Video. Durée: 84 minutes.
