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«Bob Marley: One Love» c'est comme le reggae, bien mais mou

C'est l’excellent Kingsley Ben-Adir révélé dans le Barbie de Greta Gerwig que l'on retrouve sous les dreadlocks de Bob Marley
C'est l’excellent Kingsley Ben-Adir révélé dans le Barbie de Greta Gerwig que l'on retrouve sous les dreadlocks.Image: Paramount Pictures

«Bob Marley: One Love» c'est comme le reggae, bien mais mou

One Love n'est pas que le titre d'une chanson mythique de Bob Marley, c'est également le titre du biopic consacré à cette légende du reggae. Un film hommage qui, comme sa chanson, prend la forme d'un plaidoyer pour la paix.
15.02.2024, 18:4916.02.2024, 07:49
Sainath Bovay
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Si les films biographiques sont un genre à part entière, cela pourrait presque être le cas des biopics musicaux tant ceux-ci suscitent un véritable engouement auprès des studios et du public. Des films dont les performances d'acteurs jouant la carte de l'imitation ouvrent souvent la voie à des nominations pour des prix prestigieux.

On se souvient de l'Oscar de Jamie Fox pour Ray (2006), de Marion Cotillard pour avoir incarné Edith Piaf dans La Môme (2007), de celui de Rami Malek sous les traits de Freddy Mercury dans Bohemian Rhapsody (2019) ou des nominations respectives de Joaquin Phoenix pour Johnny Cash, Taron Egerton en Elton John ou encore Austin Butler pour son Elvis. En attendant le prochain film sur Amy Winehouse et Michael Jackson, place à Bob Marley et son biopic.

Produit par Brad Pitt et sa société Plan B ainsi que par la famille Marley via Tuff Gong, le label que le Bob Marley avait lui-même même fondé en 1970, Bob Marley: One Love est la première fiction sur sa vie et prend la forme d'un vibrant hommage. Le long métrage est réalisé par Reinaldo Marcus Green à qui l’on doit notamment La Méthode Williams (2021), le film qui avait sacré Will Smith aux Oscars durant la célèbre cérémonie de la gifle.

Pour incarner Bob Marley dans une prestation qui vire au mimétisme, c'est l'excellent Kingsley Ben-Adir, révélé dans le film Barbie de Greta Gerwig, que l'on retrouve sous les dreadlocks. A ses côtés, Rita Marley, sa femme, est incarnée par Lashana Lynch qu'on avait exceptionnellement pu voir remplacer James Bond au titre de 007 dans Mourir peut attendre (2021).

Si l'on peut s'attendre, comme avec tout film biographique, à voir la vie du «King of Reggae» défiler par chapitres, Bob Marley: One Love prend le pli d'immerger directement le spectateur dans les 70's. On plonge dans une période charnière de la vie de l'artiste, déjà une superstar dans son pays. Le Jamaïcain survivra à une tentative d'assassinat et se réfugiera à Londres avec son groupe The Wailers. De cet exode naîtra en 1978 le plus célèbre de leur album: Exodus. Un album, qui, 20 ans plus tard, sera nommé meilleur album du XXe siècle par Time Magazine et dans lequel on retrouve un des titres les plus fédérateurs de Marley: One Love.

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Vidéo: watson

De la musique politique

Bob Marley: One Love, c'est l'histoire d'un album et d'un artiste qui aura quitté son pays pour mieux le retrouver, découvrant en chemin la maladie qui le condamnera à 36 ans d'un cancer rare de la peau (il y succombera en 1981).

En effet, le film se concentre sur les années 1976 à 1978. Une période de tension en Jamaïque, en proie à une guerre civile entre opposants politiques. À cette époque, Bob Marley bénéficie d'une aura dans son propre pays et ces tentatives d'union des peuples n'est pas toujours bien vue, au point d'être un jour victime d’une tentative d’assassinat dont il sort quasiment indemne, alors que sa femme, Rita, touchée à la tête, échappe miraculeusement à la mort. Une prise de conscience pour le chanteur qui l'amènera en Angleterre, alors en proie à ses propres problèmes sociopolitiques pour l'enregistrement de son album le plus célèbre.

Un disque d'or qui fera de lui une star internationale ainsi qu'un héros national puisqu'une année plus tard, Bob Marley clôture sa tournée en Jamaïque avec le One Love Peace Concert qui le voit réunir sur scène deux opposants politiques se serrant la main en guise de paix. On retrouve également la bête de scène qu’il était, le théologien récitant des proses entre deux bouffées de joints ainsi que le footballeur passionné. C’est d’ailleurs une blessure au pied lors d’un match amical qui révèlera son mélanome en 1977.

Ce choix narratif décrivant cette période charnière peut déboussoler tant elle nous plonge directement dans la vie du musicien sans introduction. Celles et ceux venus regarder un film traitant de la naissance du reggae et d'une icône devront s'assoir sur leur frustration, le film étant juste entrecoupé de quelques flashbacks narrant l’évolution de la musique de Marley, ainsi que la relation avec son épouse Rita et son rapport au rastafarisme.

Rita Marley (Lashana Lynch) était le pilier de Bob Marley (Kingsley Ben-Adir).
Rita Marley (Lashana Lynch) était le pilier de Bob Marley (Kingsley Ben-Adir).Image: Paramount Pictures

Rita, qui fut une épouse tolérant ses écarts, son guide spirituelle et sa partenaire musicale, est un personnage central du film, au même titre que dans la vie de l'artiste. Incarnée avec un talent certain par l'actrice britannique Lashana Lynch, Rita Marley, membre des Wailers et choriste sur de nombreuses chansons, a joué un rôle déterminant dans la vie de Bob. Elle est celle par qui celui-ci a plongé dans la religion rasta. Un mouvement dérivé du christianisme centré sur une africanité qui jouera un rôle majeur dans la vie spirituelle de l’icône du reggae. Le film alterne naturellement entre passé et présent, à l’époque où Rita et Bob n’étaient que des adolescents dont l'amitié s'est transformée en idylle.

Si le film joue un peu trop la carte de l'hommage, quitte à sombrer dans le pathos parfois, sa plus grande réussite réside dans sa bande originale solide, signée Kristopher Bowers. Le compositeur parvient à insuffler de l'émotion, en harmonie avec l'œuvre de Bob Marley, offrant à certaines scènes une véritable puissance. Quant au Britannique Kingsley Ben-Adir, l'acteur s’avère totalement convaincant et habité dans son jeu, notamment dans les passages chantés où sa voix se mêle à celle du vrai Marley dans une parfaite symbiose.

Sans doute la plus belle scène du film, Redemption Song chantée de manière intimiste en famille.
Sans doute la plus belle scène du film, Redemption Song chantée de manière intimiste en famille.Image: Paramount Pictures

En se concentrant sur un épisode crucial de la vie de Bob Marley, le biopic réalisé par Reinaldo Marcus Green contourne habilement l’écueil de la biographie compressé. Cependant, tout semble survolé, propret et parfois caricatural au point que l'hommage policé frôle parfois le spot publicitaire. Une orientation forcément évidente puisque son fils Ziggy Marley a co-produit le film avec sa mère Rita Marley, dont les témoignages ont permis de construire un film véritablement intime.

Bob Marley: One Love n'est pas un film qui sortira du lot tant il ne fait que remplir des coches sur un catalogue d’évènements et aurait pu aisément zapper la sortie en salle pour préférer le format d'une minisérie sur une plateforme de streaming. Difficile, cependant, de ne pas vibrer quand la musique remplit la salle, canalisée par le talent du comédien et le génie musical de son auteur, et ce, même si l'on n'est pas fan de reggae (comme moi). Des moments musicaux qui nous renvoient à l'essentiel: le kif. Un moment de cinéma feel good sur un homme qui aura œuvré toute sa vie pour la paix et qui nous rappelle que les légendes ne meurent jamais.

«Bob Marley: One Love» est sorti sur les écrans romands le 14 février 2024. Durée: 104 minutes

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