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On s'est immergés dans des shows érotiques qui font fureur en Suisse

Les spectacles érotiques rencontrent un beau succès
Les spectacles érotiques rencontrent un beau succès depuis quelques années.

On s'est immergés dans des shows érotiques qui font fureur en Suisse

L'érotisme, le vrai, celui qui ne dévoile pas tout, a le vent en poupe. Pas les images consommées en ligne, on vous parle de vrais spectacles où l'on sent le frisson traverser le public. Tour d'horizon avec deux shows qui titillent.
08.11.2026, 16:0808.11.2026, 16:08
Martina Bortolani / CH Media

Kloten, sur le parking du Holberg. Tel un vaisseau spatial dédié au divertissement qui se serait posé là, un chapiteau illumine la nuit d'octobre. Au-dessus de son toit, un Boeing 737 file vers le sud dans un grondement assourdissant. A l'intérieur, les spectateurs sont prêts au décollage. Une odeur de pop-corn et de parfum flotte dans l'air. Place au spectacle avec Ohlala.

Héritier de la dynastie du cirque, Gregory Knie est le propriétaire et le cerveau créatif de ce cirque de l'amour. Le chapiteau peut accueillir 1250 personnes et sa devise est aussi succincte que les costumes de scène: sexy, crazy, artistic. Gregory Knie explique:

«L'essentiel est toujours de proposer une expérience qui permet de s'évader dans un autre monde pendant quelques heures»

Beaucoup d'hommes

Les basses retentissent. Street dance, hip-hop, une ambiance musicale digne d'un bon club d'Ibiza. Jamais autant d'hommes n'avaient participé à Ohlala. Le résultat est entraînant et électrisant. Des danseurs tournent autour d'une spectatrice et le public est régulièrement invité à participer aux jeux de séduction. Ceux qui sont assis au premier rang doivent s'attendre à tout.

Dans le spectacle, beaucoup de peau nue et d'accrobaties
Dans le spectacle, beaucoup de peau nue et d'acrobaties.Image: Patrik Klaus

Deux hommes artistes de roue Cyr échangent un baiser fougueux après leur numéro. Le chapiteau exulte. Deux séduisants jongleurs se déshabillent et se rhabillent, chaussures comprises, tout en jonglant avec leurs massues.

Sur la chanson Don't Cha, des danseuses ondulent comme les Pussycat Dolls à leur grande époque. Comment parviennent-elles à danser avec autant de sensualité sur des talons de douze centimètres?

Pendant ce temps, un homme fort fait tenir en équilibre des poutres enflammées sur sa bouche et ses épaules. Les hommes du public sont déchaînés et lui réservent une ovation spontanée.

Le rire a aussi sa place. Le duo de clowns s'en charge notamment. Elle joue la patronne, lui, le pauvre Bert. Le fouet claque et tranche le concombre placé sur son entrejambe. Peut-être un clin d'œil à ceux qui aiment les jeux un peu plus corsés au lit?

On commence à avoir faim

Ohlala – The Popcorn Party est un spectacle dense, sexy et plein d'autodérision. Malgré les nombreuses tenues légères, les corps musclés et huilés, on ne tombe jamais dans la vulgarité.

Selon Knie, l'objectif est de «séduire, surprendre et divertir, sans jamais perdre de vue la qualité et le respect de l'art». L'humour fait délibérément partie du programme. Le professionnel du spectacle explique: «Il surprend, déjoue les attentes et permet, au bon moment, de ne pas prendre la mise en scène trop au sérieux.»

C'est sensuel mais jamais vulgaire.
C'est sensuel mais jamais vulgaire.

Pendant l'entracte, nous rencontrons un couple lucernois. Il est banquier et elle travaille dans le marketing d'un groupe de cosmétiques. Tous deux sont tirés à quatre épingles. La femme porte des bottes vernies et une combinaison moulante. Lui, un pantalon de costume et une chemise. L'homme raconte:

«Nous sommes mariés depuis presque vingt ans et nous venons chaque année. C'est comme un cadeau que nous nous offrons à nous-mêmes. Nous adorons cette atmosphère chargée d'érotisme.»

Elle se blottit contre lui et ajoute:

«Cela donne clairement envie de prolonger la soirée»

Le public est très varié. Une graphiste tatouée portant un sweat à capuche de hipster côtoie une femme au foyer vêtue d'un chemisier en polyester.

En Suisse, l'engouement pour l'érotisme soft n'est pas le fruit du hasard. Au cinéma, les films sont devenus plus sages. L'analyste Stephen Follows a étudié les plus grands succès cinématographiques depuis l'an 2000. Il explique à The Economist que les scènes de sexe et de nudité ont diminué d'environ 40% depuis.

Cela ne signifie pas pour autant que le monde soit devenu pudibond. Les contenus explicites ont simplement migré vers Internet. Mais ils ont fini par perdre de leur attrait. C'est pourquoi leur contraire redevient un luxe. Un érotisme vécu en personne, que l'on ressent, qui surprend et qui laisse beaucoup de place à l'imagination, en se contentant parfois de suggérer.

Pour la psychothérapeute et sexologue clinicienne Dania Schiftan, les choses sont claires:

«les gens sont fascinés depuis toujours par les jeux de séduction et l'érotisme, quelle qu'en soit la forme. La mode qui consistait à tout montrer explicitement s'est quelque peu estompée au profit de la subtilité et des nuances. L'approche est devenue plus ludique.»

Selon Dania Schiftan, c'est surtout l'imagination qui connaît un regain de popularité. Elle explique:

«Les femmes, en particulier, apprécient les allusions et la légèreté dans ce genre de spectacles. Cela stimule les sens, et plus les sens sont sollicités, plus l'expérience devient intéressante.»

A cela s'ajoute une touche d'interdit. Dania Schiftan explique:

«Ai-je le droit de regarder ça? C'est un peu osé, mais ça reste acceptable. C'est ce qui renforce le frisson. C'est un jeu entre tension et détente, entre ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas.»

Du rouge à lèvres et des boas

Changement de décor. On est à Zurich, au club Plaza. Le rideau de velours remplace le chapiteau et les rythmes d'Ibiza cèdent la place aux sonorités éclectiques du cabaret. Depuis 2010, Ohh! Lala! Chérie! y organise une soirée burlesque chaque premier samedi du mois. Le public arrive sur son trente-et-un, en robe de cocktail, avec une banane dans les cheveux ou un rouge à lèvres éclatant.

L'idée originale vient d'Alfonso Siegrist, alias Fönse, qui a marqué la vie nocturne zurichoise durant plusieurs décennies. Avec Tony Bolli, le programmateur et une figure emblématique du Plaza, il a introduit ce spectacle burlesque en Suisse. Avec un immense succès.

C'est Emma Mylan, la directrice artistique du spectacle, qui en tire les ficelles. Cette Romande travaille à Zurich, à Paris et en Suisse romande. Son premier grand éclat de rire, elle l'a provoqué à ses dépens. Elle raconte:

«J'étais tellement absorbée par ma danse que j'ai complètement oublié de me déshabiller. Ce qui est un peu problématique quand on est censée faire un strip-tease, non?»

Chaque fois qu'elle montait sur scène, elle se débarrassait non seulement de ses vêtements, mais aussi d'une petite partie de ses complexes, raconte-t-elle. Ses soirées célèbrent la diversité et l'acceptation de tous les corps. L'artiste affirme:

«Etre sexy, c'est une attitude»

Elle ajoute:

«On ne se contente pas de se déshabiller. Ce serait un peu trop facile»
Le public participe aussi aux soirées burlesque du Plaza à Zurich.

Autour des tables de bistrot du Plaza, les femmes sont particulièrement nombreuses, un verre de Prosecco à la main. Une mère de famille de 32 ans, venue avec son compagnon et un couple d'amis, raconte:

«C'est la première fois que je viens. Je pensais que le burlesque intéressait surtout les hommes. Mais j'ai trouvé cela incroyablement sexy, même en tant que femme.»

Elle et son amie trouvent les numéros de strip-tease «tellement inspirants». Leurs compagnons affichent un sourire radieux.

Dans les deux spectacles, les couples sont effectivement nombreux. La sexologue Dania Schiftan explique: «Ce qui compte, c'est de partager une expérience, une excitation commune, de trouver de l'inspiration.» Elle poursuit:

«Ce qu'on découvre durant le spectacle, à une distance rassurante, on peut éventuellement le reproduire plus tard dans l'intimité. Il n'y a aucune obligation, on peut simplement regarder. Dans le meilleur des cas, les couples viennent chercher de nouvelles idées.»

Il y a également des avantages à passer ce type de soirée entre amies. Pour Dania Schiftan, «beaucoup le font parce qu'elles s'y sentent en sécurité.» Elle ajoute:

«Et après le spectacle, elles peuvent en discuter: "Comment tu t'y prendrais?" "Qu'est-ce que t'en penses?"»

Peu avant minuit, les lumières se rallument. Dehors, il fait froid et les joues sont rougies. C'est peut-être précisément là que réside tout l'attrait de ces spectacles. Dans un monde où tout est visible à tout moment, on paie ici pour que certaines choses restent en partie cachées. Et laisser son imagination faire le reste.

Ohlala – The Popcorn Party, c'est jusqu'au 8 novembre, à Kloten. www.ohlalashow.ch
Les soirées burlesques au Plaza de Zürich: www.ohhlalacherie.com

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