On s'est immergés dans des shows érotiques qui font fureur en Suisse
Kloten, sur le parking du Holberg. Tel un vaisseau spatial dédié au divertissement qui se serait posé là, un chapiteau illumine la nuit d'octobre. Au-dessus de son toit, un Boeing 737 file vers le sud dans un grondement assourdissant. A l'intérieur, les spectateurs sont prêts au décollage. Une odeur de pop-corn et de parfum flotte dans l'air. Place au spectacle avec Ohlala.
Héritier de la dynastie du cirque, Gregory Knie est le propriétaire et le cerveau créatif de ce cirque de l'amour. Le chapiteau peut accueillir 1250 personnes et sa devise est aussi succincte que les costumes de scène: sexy, crazy, artistic. Gregory Knie explique:
Beaucoup d'hommes
Les basses retentissent. Street dance, hip-hop, une ambiance musicale digne d'un bon club d'Ibiza. Jamais autant d'hommes n'avaient participé à Ohlala. Le résultat est entraînant et électrisant. Des danseurs tournent autour d'une spectatrice et le public est régulièrement invité à participer aux jeux de séduction. Ceux qui sont assis au premier rang doivent s'attendre à tout.
Deux hommes artistes de roue Cyr échangent un baiser fougueux après leur numéro. Le chapiteau exulte. Deux séduisants jongleurs se déshabillent et se rhabillent, chaussures comprises, tout en jonglant avec leurs massues.
Sur la chanson Don't Cha, des danseuses ondulent comme les Pussycat Dolls à leur grande époque. Comment parviennent-elles à danser avec autant de sensualité sur des talons de douze centimètres?
Pendant ce temps, un homme fort fait tenir en équilibre des poutres enflammées sur sa bouche et ses épaules. Les hommes du public sont déchaînés et lui réservent une ovation spontanée.
Le rire a aussi sa place. Le duo de clowns s'en charge notamment. Elle joue la patronne, lui, le pauvre Bert. Le fouet claque et tranche le concombre placé sur son entrejambe. Peut-être un clin d'œil à ceux qui aiment les jeux un peu plus corsés au lit?
On commence à avoir faim
Ohlala – The Popcorn Party est un spectacle dense, sexy et plein d'autodérision. Malgré les nombreuses tenues légères, les corps musclés et huilés, on ne tombe jamais dans la vulgarité.
Selon Knie, l'objectif est de «séduire, surprendre et divertir, sans jamais perdre de vue la qualité et le respect de l'art». L'humour fait délibérément partie du programme. Le professionnel du spectacle explique: «Il surprend, déjoue les attentes et permet, au bon moment, de ne pas prendre la mise en scène trop au sérieux.»
Pendant l'entracte, nous rencontrons un couple lucernois. Il est banquier et elle travaille dans le marketing d'un groupe de cosmétiques. Tous deux sont tirés à quatre épingles. La femme porte des bottes vernies et une combinaison moulante. Lui, un pantalon de costume et une chemise. L'homme raconte:
Elle se blottit contre lui et ajoute:
Le public est très varié. Une graphiste tatouée portant un sweat à capuche de hipster côtoie une femme au foyer vêtue d'un chemisier en polyester.
En Suisse, l'engouement pour l'érotisme soft n'est pas le fruit du hasard. Au cinéma, les films sont devenus plus sages. L'analyste Stephen Follows a étudié les plus grands succès cinématographiques depuis l'an 2000. Il explique à The Economist que les scènes de sexe et de nudité ont diminué d'environ 40% depuis.
Cela ne signifie pas pour autant que le monde soit devenu pudibond. Les contenus explicites ont simplement migré vers Internet. Mais ils ont fini par perdre de leur attrait. C'est pourquoi leur contraire redevient un luxe. Un érotisme vécu en personne, que l'on ressent, qui surprend et qui laisse beaucoup de place à l'imagination, en se contentant parfois de suggérer.
Pour la psychothérapeute et sexologue clinicienne Dania Schiftan, les choses sont claires:
Selon Dania Schiftan, c'est surtout l'imagination qui connaît un regain de popularité. Elle explique:
A cela s'ajoute une touche d'interdit. Dania Schiftan explique:
Du rouge à lèvres et des boas
Changement de décor. On est à Zurich, au club Plaza. Le rideau de velours remplace le chapiteau et les rythmes d'Ibiza cèdent la place aux sonorités éclectiques du cabaret. Depuis 2010, Ohh! Lala! Chérie! y organise une soirée burlesque chaque premier samedi du mois. Le public arrive sur son trente-et-un, en robe de cocktail, avec une banane dans les cheveux ou un rouge à lèvres éclatant.
L'idée originale vient d'Alfonso Siegrist, alias Fönse, qui a marqué la vie nocturne zurichoise durant plusieurs décennies. Avec Tony Bolli, le programmateur et une figure emblématique du Plaza, il a introduit ce spectacle burlesque en Suisse. Avec un immense succès.
C'est Emma Mylan, la directrice artistique du spectacle, qui en tire les ficelles. Cette Romande travaille à Zurich, à Paris et en Suisse romande. Son premier grand éclat de rire, elle l'a provoqué à ses dépens. Elle raconte:
Chaque fois qu'elle montait sur scène, elle se débarrassait non seulement de ses vêtements, mais aussi d'une petite partie de ses complexes, raconte-t-elle. Ses soirées célèbrent la diversité et l'acceptation de tous les corps. L'artiste affirme:
Elle ajoute:
Autour des tables de bistrot du Plaza, les femmes sont particulièrement nombreuses, un verre de Prosecco à la main. Une mère de famille de 32 ans, venue avec son compagnon et un couple d'amis, raconte:
Elle et son amie trouvent les numéros de strip-tease «tellement inspirants». Leurs compagnons affichent un sourire radieux.
Dans les deux spectacles, les couples sont effectivement nombreux. La sexologue Dania Schiftan explique: «Ce qui compte, c'est de partager une expérience, une excitation commune, de trouver de l'inspiration.» Elle poursuit:
Il y a également des avantages à passer ce type de soirée entre amies. Pour Dania Schiftan, «beaucoup le font parce qu'elles s'y sentent en sécurité.» Elle ajoute:
Peu avant minuit, les lumières se rallument. Dehors, il fait froid et les joues sont rougies. C'est peut-être précisément là que réside tout l'attrait de ces spectacles. Dans un monde où tout est visible à tout moment, on paie ici pour que certaines choses restent en partie cachées. Et laisser son imagination faire le reste.
Ohlala – The Popcorn Party, c'est jusqu'au 8 novembre, à Kloten. www.ohlalashow.ch
Les soirées burlesques au Plaza de Zürich: www.ohhlalacherie.com
