La nouvelle affiche du Montreux Jazz cache des détails inattendus
Le Montreux Jazz Festival vient de dévoiler le visuel officiel de sa 61e édition, programmée pour l’été prochain. Une œuvre majeure qui célébrera également le soixantenaire du mythique «Summer of Love» de 1967. Pour l’affiche de cette édition, le festival s’offre un duo d’artistes. C’est une première depuis près de quarante ans, le dernier duo en date étant celui formé par Keith Haring et Andy Warhol en 1986.
Dix ans après sa première collaboration avec la manifestation sur la Riviera vaudoise, l’illustratrice française Malika Favre fait son grand retour aux côtés du plasticien sri-lankais Kumkum Fernando.
Il y a dix ans, l’artiste réalisait pour Montreux une œuvre épurée mêlant danseuses et instruments dans un jeu d’illusion en noir et blanc.
L'affiche 2017 par Malika
Rêvant de célébrer cette décennie écoulée, l'illustratrice s'est vu suggérer par le Festival de suivre l'exemple de Keith Haring, pour un duo inédit. Elle a immédiatement pensé à Kumkum Fernando, réputé pour ses sculptures monumentales croisant rétrofuturisme et motifs sud-asiatiques.
Elle confie, via le communiqué du MJF:
Un objet 3D, puis une affiche
En mêlant des influences venues des traditions d'Asie du Sud et l'énergie des années soixante, les deux créateurs ont imaginé une silhouette hybride et hors du temps. Cette composition se pare de motifs folkloriques et floraux, évoquant tout à la fois un «robot, un autel ou un juke-box géant.»
Le plasticien sri-lankais relève d'ailleurs que le point de départ de leur démarche est né d'un constat visuel: «le déclic est venu quand nous avons remarqué la similarité entre la forme de certains autels religieux et celle d’un jukebox, qui partagent le même sens de la symétrie.»
Le binôme a donc voulu d'abord penser l'affiche en trois dimensions, dans la lignée du style de Kumkum, avant de transférer l'objet à plat.
L'œuvre prend ainsi la forme d’un cabinet vinyle intégrant un compartiment dédié à la platine et des tiroirs pour ranger les disques.
L'oeuvre dans sa forme 3D...
... Et voici l'affiche 2027!
De cette intuition commune a germé l'idée de concevoir une véritable «porte d’entrée vers un univers sacré de la musique». Sous les pinceaux des deux artistes, cette silhouette prend les traits d'«une entité intemporelle», oscillant entre «robot rétrofuturiste et être mythologique», pensée pour incarner la musique comme «une expérience joyeuse et universelle».
Une affiche «coquine»
Déclinées en une multitude de formes et de couleurs, les fleurs évoquent les quais de Montreux mais aussi le mouvement «Flower Power» des années hippies. Car Malika Favre aime glisser un double sens dans ses œuvres. Cette fois-ci, «les motifs fleuris dessinent en creux des lèvres, baisers et visages féminins, autant de symboles d’amour, de plaisir et de sensualité».
Cette éclosion des sens fait un clin d’œil à l'histoire du festival: le Montreux Jazz est né durant le «Summer of Love» de 1967, dont on célèbre les soixante ans l’été prochain.
Une intention immédiatement validée par son binôme sri-lankais dès la réception des premiers croquis:
Pour l'illustratrice française, le motif floral s'est imposé comme une évidence dès lors qu'elle a imaginé «la musique qui fleurit à Montreux» et l'effervescence de «toute la ville qui s’éveille» au rythme des concerts. Dans un contexte mondial morose, l'artiste tenait avant tout à véhiculer un message festif et lumineux, rappelant qu'un tel rendez-vous reste une parenthèse dédiée à la fête.
Depuis ses origines, le rendez-vous musical confie la conception de son affiche historique à des créateurs venus de tous horizons, de Suisse comme d'ailleurs. Dès 1982, Jean Tinguely a forgé une empreinte devenue aujourd'hui l'emblème même de la manifestation. Le mythique Keith Haring a ensuite pris le relais en signant trois variations graphiques en 1983, avant de s'associer en binôme avec Andy Warhol quelques années plus tard, en 1986.
La liste des illustres participants s'est ensuite allongée au fil des décennies, voyant notamment David Bowie prêter son talent en 1995, ou plus récemment des personnalités artistiques telles que Yoann Lemoine (Woodkid), Christian Marclay, Lakwena et Kévin Germanier enrichir cette prestigieuse collection.
(jod)
