A Montreux, Tyla a prouvé qu’elle n'est pas juste la «nouvelle Rihanna»
Le concert n’a pas encore commencé que l'Auditorium Stravinski ressemblait déjà à une cocotte-minute, ce mercredi, sur le coup de 22 heures. Un public sous forme de marée scintillante de micro-bikinis à strass, jupes en jeans, maillots de basket et croc-tops moulants. Sur la scène, en revanche, rien ne cherche à en mettre plein la vue. Le décor est dépouillé. Presque austère, en fait. Il suffira d’une jeune femme de 24 ans à la voix chaude et à la chevelure noire XXXXL pour remplir l’espace, sans avoir jamais besoin d’en faire trop.
Micro-top, jean taille basse et nombril couvert de paillettes, sur le papier, Tyla, sublimée par les chorégraphies fluides et organiques de ses six danseurs, semble tout droit sortie d'un clip de l’âge d’or du R’n’B des années 2000. Mais réduire son esthétique à un simple hommage nostalgique serait une erreur. Si la jeune native de Johannesburg emprunte les codes de Rihanna ou de Beyoncé, elle les digère à sa manière, les modernise et y injecte l’âme sud-africaine qu’elle revendique depuis ses débuts, avec ce mélange d’amapiano, d’afrobeats et de pop qui fait aujourd’hui sa signature.
Sa présence est magnétique, son charisme inné. Tantôt gamine malicieuse qui éclate de rire avec le public, tantôt diva séductrice, tantôt fragile et vulnérable lorsqu’elle interprète Breathe Me, issue de son premier album, elle change de personnalité avec une facilité déconcertante.
Reste qu'on la sent sincèrement heureuse d’être là, loin de l’assurance parfois froide des mégastars. Tyla ne boude pas son plaisir et ses fans le lui rendent bien. Face à elle, la marée humaine ondule avec une ferveur quasi religieuse. Même les adultes, plus rares, se prennent au jeu, sourire jusqu’aux oreilles.
Pour ceux qui seraient tentés de réduire Tyla à un phénomène TikTok, sa voix achève de dissiper les derniers doutes. Douce, chaude, légèrement voilée, elle possède cette texture soyeuse qui a fait les grandes heures du R'n'B. Les enchaînements entre chant et danse lui semblent d’une facilité insolente. A aucun moment l’énergie ni l'artiste ne s'essoufflent.
Le point d’orgue arrive naturellement avec Water, le tube planétaire devenu un défi mondial visionné et partagé des centaines de millions de fois sur les réseaux sociaux, lorsque la désormais superstar convie trois fans à grimper sur scène pour partager une chorégraphie et un twerk bouillant. La salle explose. Rien ne semble mécanique, encore moins calculé. Le show est juste d'une délicieuse et rafraîchissante spontanéité.
On comprend mieux pourquoi Tyla collectionne déjà les Grammy Awards, les festivals de renom et les comparaisons flatteuses. Son histoire, celle d’une adolescente qui enregistrait des freestyles sur YouTube avant d’oser les envoyer en message privé à Rihanna ou Drake, nourrit évidemment le conte de fées.
Mais le conte ne tiendrait pas sans le talent. A Montreux, la jeune artiste n’a pas seulement confirmé qu’elle était une formidable performeuse. Elle a surtout prouvé qu’elle possédait déjà ce petit truc en plus qui distingue les artistes dont on se souvient longtemps. Rihanna, Beyoncé ou Alicia Keys? Les comparaisons sont flatteuses. Après une heure et quart de concert, on a surtout envie d’une seule chose: laisser Tyla devenir tout simplement… Tyla.
