On a vu le docu-série sur Matthew Perry et un détail gâche tout
C’était un samedi soir, à la fin d’octobre 2023. Les insomniaques et les fêtards sur le chemin du retour l’ont appris les premiers: Matthew Perry était mort, à 54 ans. Pour la grande famille de Friends, le choc fut immense. La bande perdait Chandler Bing, le plus drôle d’entre tous. Un ami de 236 soirées, du temps où, de 1994 à 2004, on regardait encore les séries à la télévision, au rythme patient d’un épisode par semaine.
Le voici aujourd’hui raconté en trois épisodes dans Celui qui s'appelait Matthew Perry pour Netflix, à travers la lentille de Mary Robertson. Face caméra, ses amis, ses producteurs et surtout sa demi-sœur, véritable colonne vertébrale du documentaire, déballent leurs confidences, entre rires et larmes, entre souvenirs calcinés et deuil impossible à refermer.
7 millions pour combattre son addiction
Il y a eu le rôle de Chandler, décroché en quelques secondes. Il y a eu les quelque 7 millions de dollars engloutis dans la quête de la sobriété, ce compagnon des Alcooliques anonymes hébergé sous son toit pendant une année, ces amis embarqués dans une série qui n'a pas passé la rampe de la première saison.
Et, derrière tout cela, un homme qui ne parvenait pas à combler un vide. Il tentait d’y coller des sparadraps en travaillant comme un forcené sur les plateaux, en voulant être à tout prix le plus drôle de la pièce, quitte à s’agacer lorsqu’un autre lui volait la vedette. Mais l’hémorragie était trop importante. Il livrait chaque jour bataille à ce grand nuage noir qui planait au-dessus de sa vie, comme il l’avait un jour confié à la télévision. L’archétype même du clown triste, de la lignée d’un Robin Williams, qui s’est ôté la vie en août 2014.
Tout cela, on le savait déjà, en grande partie grâce à Perry lui-même, qui avait tout couché dans ses mémoires parus en 2022. C’est là que le bât blesse. Mais pour le reste, la série empile confessions et séquences lacrymales en un bloc de trois heures et s’enlise dans une hagiographie qui traîne en longueur.
A force de ressasser, la série finit par ressembler à cet ami qu’on aime, mais qu’on écoute raconter pour la dixième fois la même histoire. Un bâillement s’échappe, puis un deuxième, puis un troisième.
Et puis il y a ces absents, dont le silence pèse plus lourd que bien des témoignages: Jennifer Aniston, Courteney Cox, Lisa Kudrow, Matt LeBlanc et David Schwimmer n’ont pas répondu aux sollicitations de la production. Ils n’apparaissent qu’en creux, à travers des archives et le récit de la sœur de l’acteur. Le jour de l’enterrement, raconte-t-elle, les cinq se sont rassemblés autour du cercueil, main dans la main, et ont pleuré leur ami au moment du dernier adieu. Absents de l’écran, présents à la dernière heure: c’est peut-être là, dans cette image qu’on ne verra jamais, que le documentaire touche enfin juste.
Matthew Perry méritait mieux qu’un album de souvenirs. Il méritait qu’on le regarde avec la même lucidité, parfois cruelle, qu’il portait sur lui-même.
Celui qui s'appelait Matthew Perry est disponible sur Netflix depuis le 27 octobre.
