Pourquoi ma traversée de la Laponie avec cinq huskies a tout changé
Je n'aime pas les chiens. Je ne sais pas quoi faire avec eux. Je ne me souviens même plus d'où me vient cette aversion. Mais le gros chien noir de notre voisin y est certainement pour quelque chose.
Je devais avoir 6 ou 7 ans. Un matin, alors que j'allais sortir de la maison pour me rendre à l'école enfantine, j'ai aperçu le chien qui courait devant l'immeuble, à travers la porte vitrée. Je n'ai pas osé sortir. Au lieu de remonter chez moi, je suis descendu me cacher à la cave.
Depuis, je n'ai jamais réussi à me sentir à l'aise avec les chiens. Que je sois en randonnée, à vélo ou ailleurs, je suis plus tranquille quand il n'y a pas de chiens autour de moi.
Pourtant, j'adore les animaux. A la maison, nous avons des poules, et c'est génial. Vaches, chevaux, lions, requins, serpents, araignées: aucun problème. Mais avec les chiens, je reste toujours sur mes gardes, même quand leurs maîtres me répètent que le leur est le plus gentil du monde.
Une invitation surprise
Et puis, un jour, j'ai été invité à découvrir les traîneaux à chiens dans l'Arctique. Direction le nord de la Suède, où j'ai participé ce printemps à un voyage de presse organisé par Fjällräven Polar. Chaque année, 20 personnes venues du monde entier sont sélectionnées pour vivre cette aventure. Au programme: trois jours d'expédition, chacun aux commandes de son propre traîneau à chiens, sous la supervision de guides professionnels.
Les conditions sont simples: avoir plus de 18 ans, parler anglais, être en assez bonne forme physique et être ouvert à de nouvelles expériences. Et il faut savoir que les températures peuvent descendre jusqu'à –30 °C. Pour dormir, ce sera sous la tente ou à la belle étoile, dans la neige.
Ce n'est pas un voyage qu'on peut simplement réserver: il faut s'inscrire et faire partie des heureux élus. Les participants sont ensuite accompagnés par des professionnels.
Vous avez jusqu'au 3 novembre 2026 pour vous inscrire. Vous trouverez toutes les informations pour tenter votre chance ici. Bonne chance!
Rendez-vous à Poikkijärvi, près de Kiruna, en Laponie suédoise, à quelque 200 kilomètres au nord du cercle polaire. Au bord d'un lac gelé, on nous distribue l'équipement nécessaire pour affronter les nuits glaciales et on nous apprend rapidement à conduire un traîneau.
Une règle d'or: ne jamais lâcher le traîneau
Notre guide, Mel, nous donne le conseil le plus important: «Les chiens veulent toujours avancer. Si vous tombez, accrochez-vous au traîneau et essayez de le faire basculer pour le freiner. Si vous le lâchez, il partira sans vous et nous aurons beaucoup de mal à rattraper les chiens à temps.»
Mel ajoute: «Juste après le départ, une descente assez raide d'une cinquantaine de mètres vous attend jusqu'au lac. Ne freinez pas trop fort, mais évitez aussi de rentrer dans les chiens avec le traîneau. Les lignes de trait doivent toujours rester tendues, sans toucher le sol. Vous y arriverez!»
La puissance impressionnante des huskys
On me confie un traîneau tiré par cinq huskys: Reesa, Cocos, Disney, Sky et Raven. Les chiens aboient d'impatience et ne demandent qu'à partir. Seule l'ancre retient encore mon traîneau. Dès qu'on la retire, je dois appuyer de tout mon poids sur le frein. La force de ces cinq huskys est impressionnante.
Mel donne le signal du départ et je m'élance tant bien que mal. J'essaie de garder l'équilibre dans la descente vers le lac gelé. Je me laisse porter, et heureusement, les chiens savent ce qu'ils font.
La première journée ne présente pas de grandes difficultés techniques. Nous traversons la toundra enneigée sans incident majeur. Dans l'attelage, chaque chien a son rôle. Les deux à l'arrière (wheel dogs) assurent la traction, celui du milieu (swing) veille à l'équilibre de l'ensemble, tandis que les deux chiens de tête (double lead) donnent la direction.
Nous glissons sur les lacs et à travers les forêts, loin de toute civilisation. Une fois arrivés au campement, nous devons d'abord nous occuper des huskys. Nous leur préparons leur ration de viande et prenons soin de leurs pattes. Très vite, des liens se tissent. Ils n'ont plus grand-chose à voir avec les chiens déchaînés du matin.
Dormir à la belle étoile
Nous montons les tentes par équipes de deux. Mon coéquipier, Josh, est originaire du Nigeria. Il a découvert la neige à 16 ans. Aujourd’hui, il vit en Ecosse et passe beaucoup de temps en montagne, notamment en hiver.
Notre tente servira uniquement à entreposer nos affaires. Car nous avons bien l’intention de dormir à la belle étoile. Après la soirée autour du feu de camp, de timides aurores boréales apparaissent. Ici, aucune lumière artificielle ne vient troubler la contemplation du ciel étoilé. Un moment absolument magique.
Le sac de couchage résiste sans problème aux températures négatives. Une simple bouteille transformée en bouillotte apporte un peu de chaleur supplémentaire.
Apprendre à faire équipe avec les chiens
Avant le départ, le deuxième jour, Mel nous annonce: «Hier, vous étiez des passagers. Aujourd’hui, vous faites partie de l’équipe. Les choses vont devenir plus techniques, et les chiens ont besoin de vous.» Et effectivement, quelque chose a changé. Les chiens de tête se retournent régulièrement vers moi lorsqu’ils désapprouvent mes coups de frein ou que mes indications pour changer de direction ne sont pas assez claires.
Dans les montées et les passages difficiles, les chiens se retournent vers moi, comme pour réclamer un coup de main. Alors je pousse le traîneau, je cours, je transpire et je m’active pour les aider. Quand leurs lignes de trait s’emmêlent, je m’arrête pour les démêler moi-même. Et tandis que nous traversons des lacs déserts et slalomons entre les arbres, j’apprends peu à peu à connaître le caractère de chacun des huskies.
A la fin de la journée, tout se fait beaucoup plus naturellement. Je détache les chiens, je les nourris et leur fais même quelques câlins. C’est impressionnant de voir à quelle vitesse des liens se créent. Nous formons désormais une véritable équipe. Sans eux, je serais perdu. Et sans moi, ils auraient plus de peine à avancer.
Déjà la fin de l'aventure
La météo est aussi de notre côté. Le soleil brille presque tout le temps et il ne fait pas trop froid. Pas de chutes de neige, pas de vent violent ni de tempête hivernale. Pour notre dernière nuit, nous faisons halte dans un camp équipé de petits chalets en bois. Il y a un sauna et même la possibilité de se plonger dans l'eau glacée du lac. Les chiens aussi dorment à l'abri, dans de petites cabanes garnies de paille. Le lendemain, nous rejoignons Poikkijärvi en quelques heures.
L'aventure la plus froide de ma vie se termine bien trop vite. Trois jours qui m'ont paru durer une semaine, tant ils ont été riches en événements. Jamais je n'aurais imaginé m'attacher autant à mes cinq huskies, en plus des autres participants. Sans eux, rien de tout cela n'aurait été possible.
Il y a trois jours encore, ces cinq chiens qui aboyaient devant mon traîneau m’étaient totalement inconnus. Aujourd’hui, je fais mes adieux à Reesa, Cocos, Disney, Sky et Raven. Grâce à eux, je repars avec le souvenir d’une aventure que je n’oublierai jamais. (trad.: mrs)
