Ces destinations touristiques très connues reposent sur un mensonge
Il n'y a rien de plus grisant que de découvrir enfin de ses propres yeux un endroit tant attendu, qu'il s'agisse d'un antique amphithéâtre romain, d'un véritable tableau de Van Gogh ou d'un site marqué par l'Histoire. Le moment où l'imaginaire rencontre la réalité conserve une magie presque intacte. Jusqu'à ce que le charme se rompe.
Certaines curiosités sont ancrées dans l'imaginaire collectif, à l'image de La Joconde au musée du Louvre à Paris. D'autres deviennent difficiles à apprécier en raison des foules de touristes, comme la chapelle Sixtine au Vatican. Mais pour quelques attractions, la déception franchit un cap supplémentaire: elles ne sont tout simplement pas ce qu'elles prétendent être. Reste à savoir si cela dérange vraiment les visiteurs.
Voici quelques-uns des «faux» monuments les plus célèbres au monde. Et une question: n'aviez-vous pas, vous aussi, envie de succomber à ce (beau) mensonge?
Le balcon de Juliette - Vérone, Italie
Vérone, la ville de l'amour. Chaque année, des millions de romantiques s'y rendent en pèlerinage pour admirer le balcon depuis lequel Juliette, l'héroïne de William Shakespeare, a déclaré sa flamme à son Roméo. Beaucoup restent persuadés que cette histoire tragique repose sur des faits réels. La réalité se révèle bien plus prosaïque.
La demeure appartenait autrefois à la famille Dal Cappello, dont le nom présente une certaine ressemblance avec les Capulet fictifs de Shakespeare. Le lien historique s'arrête là. Dans les années 1939 et 1940, la ville de Vérone a décidé de transformer le mythe en réalité: la maison a été restaurée et dotée d'un balcon semblable à celui décrit dans la pièce. Roméo et Juliette n'y ont jamais mis les pieds. Cela n'empêche pas les touristes d'y affluer.
221b Baker Street - Londres, Royaume-Uni
Tout le monde sait évidemment que Sherlock Holmes est un personnage de fiction. Pourtant, des centaines de milliers de visiteurs se rendent chaque année sur Baker Street à Londres pour visiter le fameux Sherlock Holmes Museum. Au-dessus de la porte trône le célèbre numéro 221b. On s'imaginerait presque voir surgir le docteur Watson, fidèle acolyte du détective, au détour du couloir.
La réalité est tout autre. L'adresse 221b n'existait même pas à l'époque de la parution des enquêtes écrites par Sir Arthur Conan Doyle, la numérotation de Baker Street ne montant pas aussi haut. Le musée occupe en fait un bâtiment dont la véritable adresse est le 239 Baker Street. La plaque 221b relève du pur décor. Mais qui s'en soucie vraiment au milieu des pipes, des loupes et des violons?
Checkpoint Charlie - Berlin, Allemagne
Difficile de visiter Berlin sans passer par là: Checkpoint Charlie, le célèbre point de passage de la rue Friedrichstraße datant de la guerre froide. Il reliait le secteur soviétique au secteur américain. Les curieux y découvrent aujourd'hui, au milieu de la chaussée, une aubette portant l'inscription «Allied Checkpoint, US-Army Checkpoint». Des comédiens en uniforme d'époque y montent la garde et posent pour les photos.
Pourtant, le poste devant lequel s'étirent de longues files d'attente n'a rien d'original. Après la chute du Mur en 1989 et la réunification en 1990, le vrai Checkpoint a été entièrement démonté. L'édifice actuel a été construit sur mesure pour attirer les touristes. La guérite authentique est conservée au musée des Alliés, dans le quartier berlinois de Zehlendorf. Il faut donc s'éloigner un peu pour contempler la véritable Histoire.
Sleepy Hollow - New York, Etats-Unis
La nouvelle de Washington Irving consacrée au cavalier sans tête (La Légende de Sleepy Hollow, parue en 1820) et son adaptation cinématographique fantastique réalisée par Tim Burton en 1999 ont marqué des générations de passionnés. Beaucoup rêvent de se rendre un jour à Sleepy Hollow. Seul problème: cette localité n'existait pas.
Il n'existait à cet endroit que la modeste bourgade de North Tarrytown, dans l'Etat de New York. Irving avait passé beaucoup de temps dans la vallée de l'Hudson et s'était inspiré des paysages alentour pour façonner son célèbre récit. L'auteur achètera plus tard le domaine de Sunnyside dans cette même ville, où il s'éteindra en 1859.
Constatant la déception répétée des visiteurs face à l'absence de leur destination de rêve, la municipalité a pris la décision la plus pragmatique qui soit: elle a changé de nom en 1996. Depuis, la ville s'appelle officiellement Sleepy Hollow et est devenue l'attraction la plus populaire du comté. Il arrive parfois qu'on doive façonner sa propre histoire.
La Table ronde du roi Arthur - Winchester, Royaume-Uni
Elle est suspendue dans la Great Hall de Winchester (le seul bâtiment principal encore debout de l'ancien château de Winchester): la Table ronde du roi Arthur, autour de laquelle se seraient rassemblés les chevaliers.
Un détail pose néanmoins problème: Arthur reste un personnage mythologique et, selon la légende, il aurait vécu au Vᵉ ou VIᵉ siècle. Or, la table conserve ses origines au XIIIᵉ siècle. Le guide Atlas Obscura, spécialisé dans les lieux exceptionnels, résume bien la situation: «S'il est avéré qu'il s'agit d'une réplique de la table légendaire, l'objet lui-même date du Moyen Age tardif.»
Le plateau, accroché sous la charpente du grand hall, a vraisemblablement été fabriqué vers 1290 à l'occasion d'un tournoi ou de fiançailles. Les peintures visibles aujourd'hui remontent au règne d'Henri VIII, qui a fait ajouter la rose des Tudor au centre de la table.
Le village de la paix - DMZ, Corée
Ceux qui observent la Corée du Nord aux jumelles depuis la Corée du Sud aperçoivent un village. Kijŏng-dong, désigné officiellement par le régime nord-coréen sous le nom de «village de la paix», constitue l'un des vestiges les plus étranges de la guerre froide. En Occident comme en Corée du Sud, on le surnomme plutôt le «village de la propagande».
Erigé dans les années 1950, au lendemain de l'armistice de la guerre de Corée (1953), il se situe dans la partie nord-coréenne de la zone démilitarisée (DMZ). L'objectif était d'étaler la prospérité du camp communiste. Ses immeubles en béton aux façades claires et toits bleus, ses écoles, ses hôpitaux et ses crèches devaient inciter les agriculteurs et soldats sudistes mécontents à franchir la frontière.
Il s'agit pourtant d'un simple décor, une véritable ville fantôme. Si le régime affirme aujourd'hui encore que 200 familles y résident et exploitent une ferme collective, les observations réalisées au télescope et par satellite révèlent des logements déserts.
Le château de Dracula - Bran, Roumanie
Un voyage en Transylvanie passe presque obligatoirement par le château de Bran. Cette bâtisse médiévale domine le paysage et fascine les passionnés du sanglant comte Dracula. Mais s'agit-il vraiment de son château?
La forteresse existe bel et bien, construite au XIVᵉ siècle. En revanche, le lien avec Dracula relève surtout d'une stratégie marketing habile. Aucun document n'atteste une présence prolongée de Vlad l'Empaleur, le personnage historique ayant inspiré le mythe.
Quant à Bram Stoker (1847-1912), l'auteur du célèbre roman, il n'a jamais mis les pieds en Roumanie. L'écrivain irlandais s'est contenté d'emprunter des éléments historiques pour nourrir sa fiction. Le château de Bran en récolte aujourd'hui les fruits.
Le palais de Knossos - Crète, Grèce
Le palais de Knossos en Crète est un site d'une valeur historique majeure. Considéré comme le berceau de la civilisation minoenne et le théâtre du mythe du Minotaure, il compte plusieurs millénaires d'existence. Mais tout ce qu'on y contemple aujourd'hui n'a rien d'origine.
Les colonnes rouges et les fresques colorées datent de l'époque moderne, sous l'impulsion de l'archéologue britannique Sir Arthur Evans. Au début du XXᵉ siècle, il a entrepris de restaurer le palais en faisant appel à des matériaux contemporains. Le musée Ashmolean d'Oxford commente son intervention avec diplomatie: «La décision la plus controversée fut sans doute la restauration d'un palais du bronze ancien au moyen de matériaux modernes.»
Le quai 9 3⁄4 vers Poudlard - Londres, Royaume-Uni
Partout dans le monde, petits et grands restent fascinés par Harry Potter et son univers fantastique. Le jeune sorcier et ses camarades rejoignent Poudlard en train depuis Londres, en partant d'un quai légendaire: le 9 ¾.
Où dénicher ce quai dans le vrai Londres? De nombreux fans se sont mis en quête de ce passage secret dans la gare de King's Cross, cherchant l'accès magique entre les voies 9 et 10. Au fil du temps, cette affluence a fini par gêner le trafic quotidien des usagers.
La direction de la gare a dû trouver une solution. King's Cross s'est ainsi dotée d'une vraie «Platform 9 ¾», équipée d'une plaque officielle et d'un chariot à bagages à demi encastré dans le mur. Conçue à l'origine pour éloigner la foule des voies ferrées, l'installation est devenue une attraction londonienne à part entière.
(traduit par jod)

