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Des informaticiens aux cuisiniers: l'impact du manque de bras en Suisse

En ce moment, le nombre de postes vacants sur le marché du travail suisse n'a jamais été aussi élevé depuis des années. Les employeurs recherchent désespérément du personnel. Alors que les associations professionnelles s'inquiètent pour leurs entreprises, les syndicats trouvent que tout cela n'est pas si grave. D'un coup, ce sont les travailleurs qui tiennent les rênes.
10.05.2022, 05:49
Chiara Stäheli / ch media

En vous promenant dans les ruelles des villes et des villages, vous avez sans doute remarqué quelque chose au cours des derniers mois: dans les vitrines, devant les entrées et sur les camionnettes devant les magasins d'artisanat, les offres d'emploi s'affichent en masse. Les restaurants, les menuiseries, les commerces de détail et les installateurs sanitaires ne sont pas les seuls à chercher désespérément du personnel : les maçons, les informaticiens et les infirmiers sont également très recherchés.

Dans le secteur de la restauration, des milliers de postes sont actuellement vacants.
Dans le secteur de la restauration, des milliers de postes sont actuellement vacants.photo: keystone

En effet, un nombre d'emplois supérieur à la moyenne reste actuellement vacant, comme le montrent les évaluations du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Le taux de chômage se situait, en avril, à un niveau record de 2,3% et le nombre de demandeurs d'emploi est en baisse constante: il est actuellement inférieur de plus de 25% à celui de l'année dernière à la même période. Actuellement, seules 183 000 personnes sont à la recherche d'un emploi.

Le Jobradar suisse, dans lequel la société de recrutement zurichoise x28 analyse chaque trimestre les offres d'emploi, fournit des points de repère sur le nombre de postes vacants. Selon ces évaluations, près de 250 000 postes sont restés vacants au premier trimestre 2022. Un chiffre qui n'avait plus été atteint depuis des années.

Les branches qui sont les plus concernées

Les emplois dans l'informatique, la direction, la construction et la vente figurent en bonne place dans le classement des postes les plus recherchés. Mais c'est dans les métiers de l'artisanat que la pénurie de main-d'œuvre qualifiée est de loin la plus évidente. Ce sont surtout les monteurs électriciens, les menuisiers et les jardiniers qui se font rares. Barbara Jenni, de l'association de la branche Jardin Suisse, le confirme:

«La pénurie de main-d'œuvre qualifiée est un énorme problème. Nous cherchons désespérément de la main-d'œuvre formée.»

Dans la restauration et l'hôtellerie également, le manque de personnel qualifié est «très aigu», déclare Claude Meier, directeur de l'association de la branche de l'hébergement Hotellerie Suisse. Il était déjà difficile de trouver le personnel adéquat avant la pandémie. Maintenant, la situation s'est encore aggravée. C'est ce que confirme Florian Senn, Head of Recruiting chez SV Group, qui est actif aussi bien dans la restauration collective que dans l'hôtellerie et le catering: «Nous avons actuellement environ 450 postes disponibles en Suisse». Ce sont surtout les cuisiniers qui sont recherchés.

La situation est similaire dans le secteur de la santé: plus de 13 000 postes sont vacants dans le secteur des soins, les hôpitaux cherchent désespérément du personnel. Et ce, bien que la charge exceptionnelle due au Covid ait nettement diminué. De nombreux hôpitaux et homes se voient contraints de fermer des lits.

Les causes de la pénurie de main-d'œuvre qualifiée

Daniel Kopp, expert du marché du travail au Centre de recherches conjoncturelles de l'EPF de Zurich (KOF), observe également la forte demande de main-d'œuvre:

«Dans de nombreux secteurs, les entreprises se plaignent de difficultés de recrutement et de longues périodes de vacance.»

Daniel Kopp y voit en premier lieu l'effet de la «situation économique générale»: «La fin des mesures Covid a très rapidement entraîné une reprise de l'économie». Actuellement, de nombreuses entreprises recruteraient en même temps de nouveaux travailleurs, ce qui entraînerait une pénurie sur le marché du travail.

Les raisons de cette pénurie sont en partie spécifiques à chaque secteur. Par exemple, il semblerait que certains anciens employés du secteur de l'événementiel et de la restauration se soient tournés vers d'autres secteurs en raison de la pandémie. Dans d'autres professions, il y a trop peu de jeunes formés. «D'autres branches ont certes encore beaucoup de travailleurs formés, mais ceux-ci changent ensuite assez rapidement de métier ou suivent une formation continue», explique Kopp. L'abandon de la profession serait en partie lié aux conditions de travail:

«Celui qui gagne peu, travaille de longues journées et doit constamment faire des remplacements réfléchira probablement vite à la question de savoir si sa situation est satisfaisante à long terme.»

Simon Wey, économiste en chef à l'Union patronale suisse, observe également la situation tendue sur le marché du travail: «dans nos échanges avec nos membres, nous sentons qu'il manque du personnel à tous les niveaux». Il y voit des raisons similaires à celles de Kopp, mais renvoie également à l'évolution démographique comme moteur à long terme de la pénurie de main-d'œuvre qualifiée: «Au cours des dix prochaines années, plus d'un million de personnes en activité partiront à la retraite, mais moins de la moitié les remplaceront». Autrement dit, la pénurie va continuer à s'accentuer.

Les conséquences des nombreux postes non pourvus

«En fin de compte, c'est toute l'économie qui souffre de la pénurie de main-d'œuvre», explique Wey. En effet, si les employeurs ne parviennent pas à pourvoir leurs postes vacants, la productivité et la performance économique baissent à long terme. Chez les horticulteurs, par exemple, le manque de personnel «se manifeste en premier lieu dans la qualité des travaux», explique Barbara Jenni de Jardin Suisse. De plus, l'absence de main-d'œuvre conduit «à ce que les entreprises horticultrices soient contraintes de refuser des commandes».

Le secteur de l'hébergement en ressent également les conséquences concrètes: comme le dit Claude Meier d'Hotellerie Suisse, les hôtels doivent limiter les heures d'ouverture de la réception ou renoncer au nettoyage quotidien des chambres. Dans la restauration également, le manque de personnel n'est pas sans conséquences. Par exemple, SV Group est actuellement tributaire de nombreux intérimaires de courte durée pour pouvoir assurer son fonctionnement.

Daniel Lampart de l'Union syndicale suisse.
Daniel Lampart de l'Union syndicale suisse.photo: keystone

Alors que les associations professionnelles s'efforcent désespérément de recruter du personnel, les syndicats voient «les effets positifs de la pénurie de main-d'œuvre qualifiée», comme le dit Daniel Lampart. L'économiste en chef de l'Union syndicale suisse (USS) en est convaincu :

«Lorsque la main-d'œuvre qualifiée fait défaut, les entreprises sont contraintes d'investir dans la formation du personnel.»

Pour lui, le problème vient surtout des employeurs: «de nombreuses entreprises ont le sentiment qu'elles peuvent mettre au concours un poste avec des exigences très spécifiques et que la personne qui répondra précisément à toutes ces exigences viendra». Or, on ne peut tout simplement plus exiger cela aujourd'hui.

Les solutions contre la pénurie de main-d'œuvre qualifiée

Pour Daniel Kopp du Centre de recherches conjoncturelles, il est clair que «les entreprises et les branches qui ne parviennent pas à remplir leurs postes vacants doivent réfléchir à la manière dont elles peuvent modifier les conditions de travail afin d'augmenter leur attractivité en tant qu'employeur». Kopp cite différents points de départ:

«Outre des salaires plus élevés ou des prestations salariales auxiliaires améliorées, il peut s'agir d'horaires de travail plus courts, de plus de possibilités de travail à temps partiel, d'une flexibilisation du temps et du lieu de travail ou de réglementations plus généreuses en matière de congé parental.»

Daniel Lampart de l'USS salue ces propositions. Il est convaincu que «les salaires doivent être adaptés et que les employeurs doivent aussi engager des personnes qui ne remplissent pas toutes les exigences du profil recherché». Il observe que le processus d'embauche a fortement changé: «Autrefois, les entreprises sélectionnaient aussi les travailleurs en qui elles voyaient un potentiel». Les entreprises auraient ensuite soutenu ces personnes et les auraient formées en continu «sur le terrain».

Les associations professionnelles et l'Union patronale suisse sont conscientes que les employeurs et l'Etat doivent se rapprocher des besoins des travailleurs en termes de conditions-cadres afin de pouvoir pourvoir leurs postes vacants. Mais pour Simon Wey, économiste en chef, il n'y a pas que les conditions de travail qui doivent être améliorées: «Nous devons agir sur plusieurs plans pour pouvoir réduire la pénurie de main-d'œuvre». Il pense par exemple à des mesures politiques dans le domaine de l'immigration ou à l'amélioration des conditions-cadres pour les mères et les travailleurs plus âgés. (aargauerzeitung.ch)

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