«La pire chute depuis 2020»: la Bourse panique
Donald Trump a perdu, et il a perdu lourdement. Ses républicains ont subi une défaite si nette lors des élections de mi-mandat que les commentateurs ont cherché pendant des jours la bonne formule pour la décrire: «bain de sang», «tsunami», «fin de l’ère Trump» ou encore «événement qui a mené les républicains au bord de l’extinction».
Quoi qu’il en soit, cet événement pourrait casser plusieurs tendances à la fois. Il y avait une ère avant les élections de mi-mandat; après elles, une nouvelle commence pour les actions et les taux d’intérêt.
Un avant et un après les midterms
Avant les élections de mi-mandat, un boom historique des investissements se dessinait. Tant d’argent était déjà prévu pour les superpuces, les centres de données et l’énergie nécessaire à leur fonctionnement que tous les autres secteurs promettaient d'être relégués au second plan, y compris la construction des réseaux ferroviaires.
Ce boom des investissements a englouti tant de capitaux à l’échelle mondiale que l’ère des taux d’intérêt ultra-bas semblait révolue. L’argent n’est plus bon marché, il a de nouveau un prix. Aux Etats-Unis comme en Allemagne, les taux des prêts hypothécaires les plus répandus sont déjà presque deux fois plus élevés.
Et ce n’est pas tout. Cette explosion des investissements a aussi permis à l’ensemble de l’économie américaine de continuer à tourner. Selon les experts, elle l’a probablement préservée d’une récession. Et elle a fait grimper les cours de la bourse vers des sommets toujours nouveaux. Les actions du géant des puces Nvidia ont notamment décollé, tout comme celles des hyperscalers, comme le groupe Facebook Meta, Microsoft, Amazon et la maison mère de Google, Alphabet.
Mais, peu avant les élections de mi-mandat, l’économiste américain Paul Krugman osait un pronostic: l'envolée des investissements n’atteindrait pas les dimensions historiques attendues. Car elle se heurterait à un obstacle gigantesque: l'opinion du peuple américain. En effet, plus de 60% des personnes interrogées rejettent la construction de centres de données. Paul Krugman a traduit cela ainsi:
Après les élections de mi-mandat, il est apparu que cette Amérique qui déteste les centres de données détient désormais de nombreux leviers du pouvoir. Comme l’écrit le Wall Street Journal, cinq Etats sont décisifs pour maintenir l'euphorie des investissements, et dans les cinq, ce sont désormais les démocrates qui occupent le poste de gouverneur. Ils peuvent donc freiner, voire stopper la ruée.
Du sol à l'espace? Elon Musk y songe
Donald Trump a peut-être un droit de veto dans la capitale, à Washington, mais dans les Etats, il ne peut pas protéger ceux qui investissent dans les centres de données. La nouvelle gouverneure du Texas, Gina Hinojosa, avait promis à ses électeurs, pendant la campagne, l’interdiction de tous les centres de données jusqu’à l’entrée en vigueur de nouvelles lois protégeant les communes concernées.
Elon Musk avait identifié ce danger bien avant les élections de mi-mandat. L’homme le plus riche du monde avait soutenu les républicains à hauteur de près de 500 millions de dollars (408 millions de francs).
Après la défaite, Elon Musk est d’abord resté serein. Sur sa plateforme X, il s’est contenté d’écrire, laconique:
Mais, il le sait, le boom ne saura se poursuivre dans l’espace. Selon l’avis de tous les spécialistes du secteur avec lesquels le professeur de finance américain Stijn Van Nieuwerburgh s’est entretenu, l’idée est «ridicule». Les centres de données sont bien trop grands et bien trop lourds, et leur transport dans l’espace serait donc «incroyablement coûteux».
Le calme...
La bourse aussi est d’abord restée sereine. Mieux, elle a même salué le ralentissement, comme on pouvait le lire dans la presse financière. Le boom avait avancé beaucoup trop vite, et les gigantesques plans d’investissement avaient pris l’allure d’une course aux armements mégalomaniaque.
Le calme a donc prévalu lors de la première journée après les élections. Des fabricants de puces comme Nvidia ont néanmoins perdu un peu de valeur boursière, puisqu’ils ne pourraient probablement plus vendre autant de superpuces qu'auparavant. Chez les hyperscalers, en revanche, les cours des actions ont continué de grimper, car l'injonction à la vitesse s'était apaisée. Tout allait bien.
...avant la tempête
Mais ce jeudi, plus rien n’allait. «C’est une véritable panique», cite le Wall Street Journal, qui rapporte les propos du patron d’une société financière.
La presse financière américaine parle d’un «changement de perspective».
Lors de ce dernier, l’indice S&P 500, qui regroupe un large éventail de valeurs, perd plus de 4%. L’indice Nasdaq, à forte composante technologique, a cédé encore davantage, plus de 5%. C’est un niveau jamais atteint en une seule journée, soit au total 2500 milliards de dollars. Le Wall Street Journal a titré:
Et l’agence d’information Bloomberg rapporte que, à la banque d’investissement Goldman Sachs, les téléphones chauffent, car des clients veulent savoir comment échapper à l’effondrement de l’IA. Mais comme le titre aussi Bloomberg: «Pire chute de la bourse américaine depuis 2020: les investisseurs n’ont pratiquement plus aucun endroit où se cacher.»
Et si l'engouement pour les investissements devait effectivement s’affaiblir nettement ces prochaines semaines et ces prochains mois, un nouveau monde pourrait aussi commencer pour les taux d’intérêt. Comme l’a dit un banquier de Goldman Sachs dans les médias:
Autrement dit: si le boom de l’IA s’inverse, s’il est freiné et que, par conséquent, les besoins mondiaux en capitaux et la demande d’argent d’épargne diminuent, alors tout le reste suit la même pente: les cours des actions, même si ce n’est peut-être que temporairement, puis les taux d’intérêt dans le monde entier. En Suisse aussi. (trad. ysc)
