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La Suisse «corrompue» ou «incompétente» face à Moscou, selon les Américains

Des critiques sévères ont été émises à Washington sur la position de la Suisse dans la guerre en Ukraine. La Suisse s’est dit «très désagréablement surprise».
06.05.2022, 11:4606.05.2022, 12:05
Renzo Ruf, Washington / ch media

Jeudi dernier a eu lieu la séance d'information de la Commission d’Helsinki sur la prétendue coopération de la place financière suisse avec le Kremlin. Ignazio Cassis s’en était plaint en début de semaine auprès du ministre américain des Affaires étrangères, Anthony Blinken. Cette séance n’a toutefois pas apporté l’éclairage nécessaire.

La «rumeur» selon laquelle la justice suisse se trouve à la botte du gouvernement russe n'a pas été étayée davantage.

Commission d'Helsinki
La Commission d'Helsinki est un organe gouvernemental indépendant, proche du Parlement américain, mais financé par le budget du ministère des Affaires étrangères.
Le financier Bill Browder a porté de graves accusations contre la justice suisse.
Le financier Bill Browder a porté de graves accusations contre la justice suisse.image: keystone

Cela ne veut pas dire pour autant que la Commission d'Helsinki a brossé un beau tableau de la Suisse pendant 60 minutes. Au contraire, l'investisseur Bill Browder, aujourd'hui l'un des principaux critiques du président russe Vladimir Poutine en Occident, n'a pas manqué une occasion de décrire les péchés présumés de la Suisse.

Il a ainsi mentionné les aventures russes de l'ancien procureur général de la Confédération Michael Lauber, au cours de la dernière décennie. Il est également revenu sur la manière dont les autorités pénales suisses prendraient régulièrement parti pour les oligarques russes.

Le principal reproche de Bill Browder reprenait le fait que la justice suisse est soit «corrompue», soit «totalement incompétente».

Figure centrale de l’affaire de Magnitsky, Bill Browder s’en est également pris à Stefan Blätter, le successeur de Michael Lauber. L’actuel procureur général de la Confédération a récemment déclaré lors d'une conférence de presse que son autorité fonctionnait bien et était bien gérée. Une réforme fondamentale n'était donc pas indiquée. Mais le financier britannique a alors répondu:

«Ce n’est pas comme ça qu’on nettoie une institution qui a été salie»
Bill Browder
Un homme déguisé en Thomas Gottstein, CEO du Crédit Suisse, manifeste avec un tonneau de Gazprom.
Un homme déguisé en Thomas Gottstein, CEO du Crédit Suisse, manifeste avec un tonneau de Gazprom.image: keystone

Browder a fait référence aux deux adjoints du procureur, qui avaient déjà travaillé avec Michael Lauber. Le service de presse du Ministère public de la Confédération a alors fermement rejeté ces accusations dans une longue prise de position.

Browder a également proposé de revoir la coopération des autorités d'enquête américaines avec l'Office fédéral de la justice et l'Office fédéral de la police. «Peut-être que les autorités suisses ne méritent plus la confiance que leur accorde Washington», a-t-il déclaré.

Il a ensuite ajouté: «La Suisse appartient peut-être à une autre catégorie d’Etats que le Canada», pays avec lequel les Etats-Unis entretiennent des liens d’amitié étroits.

Dans un autre contexte, Browder a évoqué les listes noires avec lesquelles l'Amérique et l'Europe ont régulièrement menacé la Suisse dans le passé sur des questions financières. Mais tout cela s'est déroulé avant l'introduction de l'échange automatique d'informations.

La loi sur le blanchiment d'argent doit être relancée

Les remarques du participant suisse, Mark Pieth, étaient constructives. L'expert bâlois en matière de corruption a évoqué la réforme de la loi sur le blanchiment d'argent qui a échoué en 2021 en raison de l'opposition des avocats. Il a déclaré qu'il était indispensable qu'à l'avenir, les avocats soient également soumis à ces règles en Suisse. Un porte-parole du Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales, qui fait partie du département d’Ueli Maurer, a déclaré à ce sujet jeudi:

«Nous avons l'intention de prendre contact cette année encore avec les différents acteurs de la branche pour discuter des solutions possibles»
Département fédéral suisse des finances

Mark Pieth s'est également dit favorable à ce que l'administration Biden fasse pression afin que la faille suisse soit fermée pour les oligarques russes sanctionnés. Une solution proposée serait que Berne se joigne aux groupes de travail occidentaux. Ces derniers cherchent à geler les avoirs des alliés de Poutine dans le monde entier.

A l’issue de la manifestation, l’expert a déclaré à CH Media que la solution proposée pourrait causer des maux de tête en Suisse. En effet, Washington ferait preuve de peu de compréhension si la Suisse freinait le processus en invoquant le secret bancaire et juridique.

La Suisse est «très désagréablement surprise»

L'audition de jeudi, aussi sec qu'ait été le ton employé à l'égard de la place financière suisse, n'aura donc probablement pas de conséquences directes sur les relations bilatérales entre Washington et Berne.

Un membre important de la Commission d'Helsinki, le sénateur républicain Roger Wicker, a toutefois annoncé qu'il mettrait le sujet sur le tapis lorsqu'il se rendra au WEF à Davos.

Il ne trouvera peut-être pas beaucoup d’auditeurs. Le porte-parole du Conseil fédéral André Simonazzi a déclaré jeudi que la Suisse était «très désagréablement surprise» que cette réunion d'information ait eu lieu.

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