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Suisse: les salaires augmentent et on n'en profite pas tous

L'inflation grignote beaucoup de pouvoir d'achat.
L'inflation grignote beaucoup de pouvoir d'achat.photo: KEYSTONE

Les salaires augmentent et on n'en profitera pas tous de la même manière

Une enquête du Centre de recherches conjoncturelles suisse (KOF) montre dans quelles branches les salaires pourraient être augmentés d'ici un an, et de quel montant et si les syndicats ont mal négocié.
29.10.2022, 08:03
Niklaus Vontobel / ch media
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«La Suisse se trouve dans un automne salarial relativement délicat, car controversé», écrit le Centre de recherches conjoncturelles de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich dans ses dernières prévisions économiques. Les exemples les plus récents sont une grève des pilotes de Swiss qui a été évitée de justesse et une confrontation qui se dessine maintenant parmi les employés des cockpits. Dans le bâtiment, les luttes sont également vives, des protestations ont eu lieu à Bellinzone. Et le chef de l'Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard, a clairement fait savoir que les augmentations de salaire devraient au moins compenser le renchérissement, ce qui, à lui seul, exige un «minimum de décence».

L'emploi en plein boom

L'automne salarial controversé est dû à un marché du travail en plein essor, qui a fourni des chiffres impressionnants. Fin juin, par exemple, il y avait 128 000 postes vacants, comme l'écrit le KOF:

«C'est de loin le plus grand nombre de postes vacants jamais recensé sur le marché du travail suisse»

En parallèle, un nombre énorme de nouveaux emplois à temps plein ont été créés: 127 000 entre juin 2021 et juin 2022 (ce qui correspond à peu près à la population de la ville de Berne). Enfin, le taux de chômage est tombé à 1,9% en septembre, à savoir le niveau le plus bas depuis plus de 20 ans.

Les employés en position de force

Le boom économique a modifié les rapports de force. En effet, les travailleurs peuvent menacer de manière crédible de changer d'emploi si leurs exigences ne sont pas satisfaites, car de nombreux employeurs cherchent désespérément du personnel. Comme l'écrit le KOF:

«Différents indicateurs relatifs à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et aux difficultés de recrutement atteignent des niveaux inconnus auparavant.»

Dans les secteurs de la construction et de l'hôtellerie et de la restauration, près de la moitié des entreprises se plaignent de ne pas avoir assez de personnel.

En même temps, les entreprises ne savent que trop bien ce que cela signifie pour elles si des collaborateurs insatisfaits démissionnent:

  • Elles doivent chercher des remplaçants et ça prend beaucoup de temps.
  • Dépenser de l'argent pour des offres d'emploi.
  • Former les nouveaux collaborateurs.
  • Verser à ces dernières un salaire plus élevé que celui de leurs anciens collaborateurs et entre-temps, elles risquent de perdre du chiffre d'affaires.

Les temps sont bons pour les employés, mais mauvais pour les entreprises qui cherchent du personnel.

L'inflation n'est pas la même pour tout le monde

En effet, les salaires augmentent, comme le montre une enquête du KOF auprès des entreprises. En moyenne, ceux-ci augmenteront de 2,2%, tous secteurs confondus. Il y a toutefois une exception. En effet, dans l'hôtellerie et la restauration, il devrait y avoir une augmentation de 4,4% - soit presque le double de ce qui est négocié en moyenne dans toutes les branches.

Le KOF est parvenu à ces chiffres salariaux grâce à une enquête dans laquelle 4500 entreprises ont indiqué comment les salaires bruts allaient évoluer chez elles au cours des 12 prochains mois. On peut ainsi également s'attendre à une forte croissance des salaires dans l'industrie horlogère et l'industrie de traitement des données. En revanche, les assureurs et les détaillants s'attendent à des négociations salariales décevantes: l'augmentation des salaires y reste nettement inférieure à 2%.

Une augmentation de salaire de 2,2% ne semble pas mauvaise au premier abord. Plus d'un travailleur devrait se réjouir de voir un chiffre plus élevé figurer sur son certificat de salaire. Or en contrepartie, tout devient plus cher. Un ménage moyen devra dépenser environ 3% de plus pour tous les biens et services. Et il y a encore un gros morceau à payer: les primes d'assurance maladie, qui augmenteront en moyenne de 6,6% l'année prochaine. En outre, certains ménages seront bien plus durement touchés que ne le suggèrent les chiffres moyens. Pour l'électricité par exemple, un ménage moyen paiera l'année prochaine exactement 27% de plus en moyenne nationale, à peu près autant dans le canton de Zurich, mais 263% de plus à Oberlunkhofen, en Argovie, par exemple.

Les syndicats ont-ils mal négocié?

Au final, les négociations salariales s'annoncent donc plutôt décevantes. Comme l'écrit le KOF dans ses prévisions, la hausse des salaires couvrira certes le renchérissement, pas plus, mais pas moins non plus:

«De 2022 à 2023, les salaires augmenteront à peu près autant que les prix à la consommation»

Du point de vue des travailleurs, on peut considérer cela autant comme un échec qu'un succès:

  • C'est un succès si on le compare à d'autres pays, comme l'Allemagne, où l'inflation y est 10% plus élevée qu'en Suisse, ce qui risque d'entraîner une perte massive de pouvoir d'achat.
  • Toutefois, les négociations salariales en Suisse peuvent aussi être considérées comme une déception. Sans l'inflation élevée, il aurait été possible d'obtenir de meilleurs résultats sur un marché du travail aussi florissant.

Ou alors les syndicats ont-ils mal négocié? Une telle question fait l'objet de vifs débats en Allemagne ou aux Etats-Unis, car certaines statistiques indiquent une augmentation massive des bénéfices des entreprises. Selon ces données, la forte inflation ne serait pas uniquement due à la forte hausse des prix de l'énergie, au renchérissement des denrées alimentaires et à la paralysie des chaînes d’approvisionnement. En réalité, les entreprises auraient profité d'un moment difficile pour imposer des bénéfices plus élevés.

Pierre-Yves Maillard, SP-VD, stellt eine Frage in der Debatte um die moegliche Rettung von Unternehmen der Elektrizitaetswirtschaft durch den Staat, an der Herbstsession der Eidgenoessischen Raete, am ...
Pierre-Yves Maillard, patron de l'Union syndicale suisse.Image: sda

Mais en Suisse, on peut s'abstenir de s'indigner de ce genre de choses, du moins selon le Centre de recherches conjoncturelles KOF. En effet, les entreprises n'ont pas augmenté leur part de la valeur ajoutée totale, c'est-à-dire du produit intérieur brut. Au contraire, par rapport à ce chiffre, la part des salaires a même légèrement augmenté.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

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